Les fleurs, ne pas oublier les fleurs

 

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Le pain d’épices terminait doucement sa cuisson au four. Une bonne odeur de cannelle et d’anis étoilé flottait dans toutes les pièces de la maison.

Maman s’affairait aux derniers préparatifs. Elle n’avait pas encore eu le temps de se poser et d’embrasser du regard tout le travail effectué. C’est en automate que depuis quelques jours elle rangeait, astiquait, nettoyait de fond en comble les moindres recoins. Tout devait briller, rutiler : les cuivres, les glaces et même les planchers. Il lui faudrait encore inspecter le linge de table, la grande nappe blanche légèrement amidonnée pour l’occasion, trier les couverts et les plats. Rien ne devait être laissé au hasard pour le grand soir.

Les fleurs, ne pas oublier les fleurs…

Ces préparatifs planifiés dans le temps, codifiés, ordonnés, ne laissent pas de place au ronron habituel de la pensée. Nul besoin de chasser ce qui viendrait attrister le fête. L’occupation à elle seule remplissait cette office ; c’est plus tard, quand tout sera en ordre, fin prêt, qu’il faudra un peu s’étourdir pour ne pas trop penser.

Pour l’heure, l’urgence était à parer la volaille, préparer farce et garniture.

Quand je suis entrée dans la cuisine, maman venait d’allumer la lumière. Celle du jour déclinait rapidement et bientôt la nuit recouvrirait toute chose à l’identique, de la plus jolie à la plus terne, telle celle qui s’accommode très bien de l’ombre et ne brille que sous la pluie.

Maman se tenait debout devant la grande table de la cuisine. Un tablier protégeait ses habits, il avait une large bavette et maman le nouait toujours après avoir fait plusieurs fois le tour de sa taille. Le jeu de mon petit frère était alors de tirer sur le nœud et de partir en courant.

Mais ce soir là, il y avait dans l’air quelque chose de spécial, et tout prenait allure de cérémonial.

Maman ne leva pas la tête à mon arrivée. Elle semblait triste et lasse. C’est à peine si j’osais lui parler ou la regarder, tant cela aurait été comme une intrusion dans son intimité. Elle aussi gardait le silence. Elle avait les gestes lents et mesurés des gens qui sont là sans y être. Je m’approchais doucement et vis qu’elle épluchait soigneusement oignons et échalotes qui devaient servir à la farce. Quelques larmes glissaient le long de ses joues.

Maman tourna la tête, puis sourit au milieu de ses larmes en me voyant dans ma jolie tenue de fête.

La joie est une fleur sauvage, elle pousse très bien sur les sols en jachères.

6 réflexions sur “Les fleurs, ne pas oublier les fleurs

  1. Tres belle description des préparatifs dun événement spécial…Mais pourquoi la mère fait- elle semblant de ne pas voir arriver sa fille? Pourquoi la fille craint de faire intrusion comme dans l’intimité de sa mère? De quelle nature sont leurs sentiments lune vis à vis de l’autre? Ce texte plein de résonnance pose au lecteur de nombreuses questions. Peut on avoir un début de réponse?

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  2. J’avais puisé ici la belle empreinte d’une grand-mère.
    Et maintenant, j’y trouve l’image vivante d’une mère.
    En même temps que quelques larmes,
    ce conte aura fait monter un souvenir de mon enfance.
    De ce jour où, très petite, j’ai vu que ma mère pleurait,
    au-dessus de l’évier, en s’affairant à la vaisselle.
    Merci Josette. Et que vos Fêtes soient belles.

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