Les mots

Et ces mots
rangés dans leur tombeau
de papier
qui viendra
en exhumer
la substance
par quels yeux
seront-ils saisis
sortis de l’ombre
tels ces esprits
qui resurgissent
quand les médiums
les appellent
fantôme d’encre
égrégore d’écriture
spectre d’imprimerie
que le temps
finit par effacer.

Nous n’écrivons que pour faire reculer l’oubli.

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À l’aune des heures battues

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Le temps puise à l’infini
La cadence des saisons
Quelques fleurs en demi-deuil
Partagent aux feuilles d’automne
L’âpreté d’un sol meurtri.

À l’aune des heures battues
Par le ressac de l’absence
Comme palpitent les ombres
Sur les dernières lueurs
Avant que la nuit ne pèse
Sur ce coeur qui ne bat plus
Autrement que dans mes veines.

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Si rien ne vient du dehors, c’est que rien est occupé ailleurs…

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Si rien ne vient du dehors, c’est que rien est occupé ailleurs… Peut-être, finalement, accepter de ne pas être, mais simplement exister.

Qu’importe ! Les portes fermées, les murs épais, les fenêtres grillagées ; la plainte vient toujours de l’intérieur.

Toi seule a le pouvoir de te libérer de son chant. La nommer, c’est déjà la reconnaître, ensuite et seulement après il sera en ton pouvoir de l’interpeller. Il te faudra pour cela ouvrir davantage, décloisonner tes peurs, ne garder que ce qui s’écoule pur et clair après s’être frotté au rugueux de la pierre, au tranchant du silex, mais avec obstination et patience, jusqu’à ce que la pierre devienne lisse et douce, passant du gris au vert, puis de vert prenne l’aspect soyeux de la moire changeante.

Peut-être alors, et seulement après cela, la plume glissera sur le papier comme l’eau sur la pierre, sans retenue autre que celle de la lumière, et la plainte deviendra poésie.

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Un jour, ailleurs…

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Si mes plus jolis vers sont pour vous à venir
C’est qu’au fond de mon cœur je les garde à dormir
Jamais cœur ne fut plein d’un tel engorgement
Ressemblant à la mer soudain grossie de vent.

Mon rêve de la nuit s’est perdu jusqu’au bord…
Du jour, là où fleurit une herbe frisée d’or
J’ai voulu le garder comme on garde un secret
Morphée m’en a ôté et la porte et la clef.

Contrarié l’amour en perd jusqu’au repos
Il erre triste, seul, aux rives du bardo
Entendez-vous la plainte, elle arrive alanguie
Faisant vibrer l’archet de la mélancolie.

Si mes plus jolis vers sont pour vous à venir
C’est qu’au fond de mon cœur je les garde à dormir
Peut-être un jour, ailleurs, dans votre paradis
Je vous dirais les vers que je n’ai jamais dits.

Ne présume pas du temps qu’il fera demain

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Tu peux tout écrire ici, sur cette page de brouillon, au crayon à papier, tu finiras pas édulcorer, tu le sais bien, en recopiant puis encore quand tu appuieras sur le bouton « éditer » Il suffira pour cela de prendre juste un peu de distance, de celle qui permet de dire sans choquer le lecteur, de laisser passer assez de poésie pour préserver les différentes sensibilités entre celui qui conçoit et celui qui reçoit, pour cela tu voileras ton discours d’un tissu caméléon qui saura s’adapter à chaque âme.

Une fois les mots écrits, ils ne t’appartiennent plus en totalité ; ces mots parfois secrets, souvent intimes, et cela même si le mot n’est pas la chose.

Tu crois que la poésie te sauve, mais c’est sa musique qui est le vrai passeur, le vrai sauveur. Aujourd’hui, tu la voudrais douce et remplie de lumière.

Le temps retranche, rajoute, rebat cent fois les cartes. Ne présume pas du temps qu’il fera demain. En devançant les chagrins, tu pensais pouvoir les mettre à distance, tu sais aujourd’hui qu’il n’en est rien. Un reste de pensées magiques de l’enfance ; ce que l’on a pensé ne peut arriver…

Une collection de petites joies n’en fait pas une grande, mais ne dépare jamais, bien au contraire. Une petite joie même infime, même si réelle seulement pour toi, une petite joie pour que les mots, eux aussi, profitent et rayonnent d’une présence.

Et toi, mon bel été, ma plus belle saison
Tu es parti matin emportant ma raison
Depuis dans toute chose après le grand transfert
Je regarde une rose et j’y vois ta lumière.

La musique et moi

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Il y a les jours, les mois et les années, les dates qui pèsent plus lourd et que le temps ne peut plus soulever, alors ceux qui restent les supportent et puis… il y a la musique. Elle éclaire tout, sans aveugler car sa lumière n’est pas de ce monde. C’est à elle que je confie les secrets de mon cœur…

C’est comme un amour, quand il est assez grand pour contenir l’infini. Aussi, elle et moi, nous nous devons un respect mutuel. L’accord est parfait.

Chaque jour, je lui dis un grand merci pour la joie qu’elle me donne. Elle ne m’en veut nullement de mes maladresses et ne porte aucun jugement sur mes choix. Le plaisir est gratuit, la récompense immense.

Tout le monde connaît cette citation de Friedrich Nietzsche : « La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. »

La musique ne devrait pas être un choix, elle qui participe à l’essence même de l’être ; elle le construit, le grandit, lui donne respiration et autonomie.

En voulant me rapprocher, comprendre davantage celui à qui j’ai donné la vie, je me suis façonnée autre, et par là enfantée, même si différente. Mon cœur s’est agrandi, ouvert davantage… il a retrouvé la puissance du cœur enfant. La musique a ce pouvoir d’expansion de l’être.

De façon presque insidieuse, mais merveilleusement insidieuse, elle s’est glissée dans ma vie, dans mon quotidien. D’abord petite joie puis de plus en plus essentielle, elle a grignoté du temps sur la poésie, la lecture, et sur tout ce qui peut donner plaisir à l’existence.

Ce soir, je veux encore la remercier de m’accepter de rester son élève, et de me soutenir.

De l’été qui s’éternise

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Bien avant la fin du jour
Tu es entré dans la nuit
En emportant le secret
De l’été qui s’éternise.

L’ultime page s’écrit
En se frottant au silence
Et au ressac de l’absence
Ces creusets de solitude.

D’un jour faire une neuvaine
D’un ciel sans fin un abri
La lueur d’une aube pleine
Baigne l’été qui finit
Et sur ton front endormi
L’empreinte de l’infini
Grave son sceau sur nos cœurs.

Bien avant la fin du jour
Tu es entré dans la nuit
En emportant le secret
De l’été qui s’éternise.