Ne pas se retourner…




Quelques curieux, regroupés sur la berge, regardent l’eau redevenue miroir.
Un brouillard confondait à présent leurs silhouettes et l’on ne distinguait plus l’effroi qui avait un temps marqué les visages.
Ils resteront là pourtant, tous tournés dans la même direction comme si l’eau leur devait une explication ; c’était bien elle, cette eau, placide à présent, calme comme un remord qui gardera le secret.

Plus haut on pouvait encore voir quelques effets, soigneusement rangés, comme pour laisser quelque chose du soi hors la portée de l’eau. Une écharpe, un sac à main, des chaussures. C’était attendrissant, cette dernière attention, ce soin aux choses simples du quotidien.

Quand l’eau arriva à sa taille, sa robe se répandit autour d’elle et on aurait dit un nénuphar flottant sur l’onde.
Marie s’était laissée glisser, tout doucement, et ses yeux fermés distinguaient encore quelques myriades colorées de vie. Le noir n’est jamais total sous les paupières baissées.

*******

En cette fin de journée, Marie ne retient plus sa fatigue. Pourtant elle n’a rien fait de plus ce jour que celui d’hier ou ceux d’avant… : un peu de lecture et d’écriture, quelques morceaux joués sur le vieux piano, rien qui puisse peser davantage sur le corps. Ce poids vient de plus loin, d’une lassitude que le sommeil n’atteint plus.
Les ombres insidieuses de la mélancolie avaient fini par gagner l’esprit de Marie.

Elle écrit quelques mots à glisser dans sa poche. Le crayon crisse sur le papier, ce sera son dernier cri.

 » Je demande pardon aux personnes que j’ai pu blesser, volontairement ou involontairement. »
 
Celui que l’on ne voit pas est peu réel n’est-ce pas ?
Alors ça change quoi. !
Le temps était venu de réintégrer son ombre, de la pénétrer, comme fera l’eau tout à l’heure, tout doucement, sous un léger remous.

Un dernier regard sur ce qui fait partie de son univers depuis tant d’années ; ce regard il emporte et intègre ce qui se trouve déjà être enveloppé de pénombre :

Ne pas se retourner…










 

Sens et quête de sens

On cherche du sens
quand en dedans du mystère
il est tout entier

Ne pas attendre derrière la porte ; sauter à pieds joints dans le mystère comme on entre dans la vie, propulsés que nous sommes dans le brut, l’entier, le dit réel. En accepter de ne pas tout comprendre, c’est en respirer l’essence.

L’essence, le sens… on voudrait tout saisir, la fleur et son parfum, quand c’est dans son suc que se contient le mouvement intérieur, que s’exprime sa quintessence.

C’est après avoir franchi la porte que l’on peut s’absenter sans se perdre, desserrer les liens sans perdre le fil, marcher sur le sable sans en craindre la mouvance, patiner sur la glace en confiance.

Il ne s’agit pas de se couper du monde, mais de garder la folie propre à l’enfance, son ingénuité, l’élan pour se réinventer.




La mélodie du vent

Ce jour, j’ai entendu la mélodie du vent

Je le croyais auteur, il n’était qu’instrument

Mélodie déposée au creux de mon oreille

Arrivait c’est certain du pays des Merveilles.

*

J’étais à me laisser porter par le courant…

Du flot de mon chagrin devant ta sépulture

Mon âme mise à nue, sans fard et sans armure…

Scrutait le marbre lisse et le poids du néant.

*

La froidure du temps paralysait mon corps

À lever le regard je devais faire effort

C’est alors que le son me parvint aux oreilles

La symphonie du vent me parlait ton éveil.

*

Je le croyais auteur, il n’était qu’instrument

Impossible à saisir, sortait-il du levant ?

C’est un souffle de vie guidé par une main

Que ce souffle divin sur ta tombe au matin.

Quelques éclats de lune

De ces jours où s’échappent quelques éclats de lune
Tel est l’or sur le bleu, Venise en sa lagune
La rambleur d’un été aux beaux reflets moirés
Danse au creux des miroirs sur les heures enchantées
Et voilà que vivants et joyeux à la fois
Eros et Agapè s’invitent en votre voix
Ce jour par le poème ils arrivent à moi
Sur mes rêves éteints sur mon cœur impavide
Pour de joie mon berceau plus jamais ne soit vide.

Vite ! Que tu reviennes !

Tu ressembles au printemps et tu dois revenir !

Puisque tout recommence avec cette saison

Le soleil et les fleurs seront dans la maison

Si avec le printemps me revient ton sourire.

Tu ressembles au printemps, tu en as la jeunesse

Tu accueilles en ton sein berceau du renouveau

Les délicats rayons du soleil la caresse…

Chauffant sans la rider, de la terre, la peau.

Puisque tu lui ressembles éclatant de promesses

Quand tapisse à mes pieds ce délicat gazon

Où fourmillent de vie jeunes pousses à foison…

Surprises et étourdies par autant de hardiesse.

Tu ressembles au printemps ! et voici le troisième…

Qui arrive, je le sais, je connais bien son nom

Mais ne dissocie plus des autres la saison

Le printemps est sous terre ! vite, que tu reviennes !

Quelques éclats de lune

De ces jours où s’échappent quelques éclats de lune
Tel est l’or sur le bleu, Venise en sa lagune
La rambleur d’un été aux beaux reflets moirés
Danse au creux des miroirs sur les heures enchantées
Et voilà que vivants et joyeux à la fois
Eros et Agapè s’invitent en votre voix
Ce jour par le poème ils arrivent à moi
Sur mes rêves éteints sur mon cœur impavide
Pour de joie mon berceau plus jamais ne soit vide.

L’infini dans les mains

A ce moment précis où la lampe se brise

Où le ciel se rapproche où les lointains s’épuisent

Quand le cordon d’argent à terre n’est plus rien

Qu’un symbole rompu, un fil sans plus de lien

Le temps remontera dans son couloir de glace

Dans l’ordre rétabli tout reprendra sa place

Aux limites d’un monde où s’écrit le destin

j’arriverai à toi l’infini dans les mains.

Tu me survivras.

Janvier 2020

Poème écrit pour les personnes qui ont perdu un compagnon, une compagne

Il faut changer nos habitudes

Et balayer nos certitudes

Hier, encore… c’était si bien

Quand nous marchions main dans la main

Aujourd’hui, je suis incrédule

Et si je reste dans ma bulle

Quand on me dit par compassion

Que renaîtront d’autres saisons

C’est que le rire dans la maison

Ne passe plus le pas de porte

Et si la tristesse l’emporte

C’est que tu manques à ma raison

Mon compagnon…

J’ai découvert la solitude

Hier encore… c’était si bien

Quand nous marchions main dans la main

Seuls, nous étions… hors solitude.

Le Graal est à ciel ouvert

À remplir les espaces

Nous nous ingénions

Grande est notre impatience

À mêler notre haleine

Au souffle des lointains

Le Graal est à ciel ouvert

Mais nous ne savons plus

Comment boire à sa coupe

Sans y tremper des lèvres

Assoiffées de paroles

Quand c’est par l’indicible

Que le mythique vase

Ouvre sur les délices

Notre appétit est grand

Mais notre temps est limité

Et de notre passage

Nous ne laisserons

Au mieux

Qu’un peu de sable

Qui retournera à la mer.

Le rêve et sa rambleur

Mon rêve en continu ne connaît pas l’ennui
Renaissant de lui-même il œuvre jour et nuit
D’un sentiment empreint d’une double effigie
De l’amour la rambleur et la mélancolie
Je ne vous attends plus mon souvenir d’été
Nous nous sommes perdus avant d’avoir été
Ce qui a existé ne serait-ce qu’un jour
Garde sertis au cœur la gemme et le velours.