La sagesse de l’Ange.

Juin 2015 vacances Palavas 347

Seulement s’il le veut m’a répondu le ciel

Le choix doit être libre il n’est de bon conseil

Qu’à celui qui est prêt à tendre son oreille

Notre rôle n’est pas de répondre à tes souhaits

Mais d’être à tes côtés pour te faire évoluer.

 

Si nous sommes avec toi tu portes tes valises

Les contours restent flous aux âmes indécises

L’amour n’a d’autre loi que d’en avoir aucune

Les assauts de la mer le calme des lagunes

Quand tu offres ton cœur n’attends pas qu’il revienne

Car tu perdrais ta joie à la désirer sienne.

 

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Entre veille et sommeil.

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« L’intuition artistique ressemble en effet aux hallucinations hypnagogiques par son caractère de fugacité- ça vous passe devant les yeux-, c’est alors qu’il faut se jeter dessus, avidement. »

Gustave Flaubert.

 

J’aime à prolonger ce moment entre veille et sommeil, ce passage hypnotique particulier à l’endormissement. Dans cet espace,  conscient et inconscient semblent se jauger dans un aller-retour, chacun rivalisant d’images, de souvenirs, d’idées jamais explorées, parfois de phrases entières ou de simples et douces rêveries. Il arrive, dans cet état, que poèmes ou textes s’ébauchent sous mes yeux.

Cet état de conscience modifié pourrait ressembler à de la méditation, sauf que le méditant est acteur quand il incite sa pensée à ne pas penser alors que dans l’état hypnagogique le sujet est spectateur.

Toutes ces informations venant de l’intérieur sont autant de voyages intimes au labyrinthe de la mémoire. Mais « qui » donne l’information au cerveau pour que tel ou tel neurone s’illumine plutôt qu’un autre à ce moment précis ? Peut-être un super neurone qui superviserait le disque dur où s’engrangent tous les souvenirs…

Là, j’imagine, j’irai même jusqu’à extrapoler, que « tout » ce que nous avons vécu serait enregistré dans cet îlot nommé mémoire. Que de ce « tout » remonterait aléatoirement tel ou tel souvenir, au gré du hasard, d’une probabilité, ou sous la dépendance de multiples causes.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à ceux que je ne comptais pas hier soir…

J’étais donc dans cet état hypnagogique, à la porte du sommeil, et bien que j’avais orienté mon esprit vers de beaux souvenirs espérant qu’ils me suivent dans les bras de Morphée, quand deux images très nettes s’imposèrent à ma rêverie.

Je connaissais ces photos pour les avoir vues, enfant, chez ma grand-mère. Les deux représentaient mon père. Sur l’une il devait avoir quatre ans: il posait debout, les bras réunis derrière le dos, dans un petit costume de marin.

L’autre avait été certainement prise le jour de sa communion puisqu’il portait son bel habit de communiant, un missel serré contre lui.

Une main me montrait ces photos, main que je reconnaissais pour être celle de ma grand-mère sans toutefois avoir besoin de discerner le reste du corps.

C’est seulement ce matin que j’ai fait le rapprochement pour l’une des photos. Mon souvenir enfoui avait trouvé un support pour s’exprimer… l’image dans un film que j’avais visionné dans la soirée avant de m’endormir : le père avait fait confectionner pour son fils un costume de marin à culotte courte, taille adulte.

 

 

Il est de ces endroits de suite reconnus.

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Hâte de respirer ce délicat mélange

D’un soleil déclinant sous ses lueurs orange

Un écheveau tressé de tons et de parfums

L’air fleuri d’un coteau et de marins embruns.

 

La campagne est si proche… on peut voir de la mer

Les pommiers entourant la normande chaumière

On dirait d’un vaisseau la coque renversée

Que la mer en colère aurait là rejetée.

 

Ce petit paradis, ce pays merveilleux

Où le ciel et la mer se fondent en camaïeu

Où les pins se grandissent pour regarder la mer

Où les gens se tapissent taiseux et solitaires.

 

Il est de ces endroits de suite reconnus

Où l’on se sent chez soi sans y avoir vécu

Les seules roches ici portent le nom de noires

Mais ne feront jamais d’ombre sur nos mémoires.

 

Le son du violon.

 

Le son du violon ouvre sur la lumière

 

Les cordes sous mes doigts se sont mises à vibrer

 

La musique a jailli! et ta voix familière

 

A cette mélodie s’est doucement mêlée.

 

 

 

Quel beau songe, mon fils, est venu m’habiter

 

Plus d’ombre sur mon cœur en cet instant de grâce

 

La tristesse évanouie, délitée dans l’espace

 

Et l’amour qui remplit et prend toute la place.

 

 

 

Quand le ciel vient ainsi combler pour un instant

 

La béance du manque en un rêve magnifiant

 

Par la douce harmonie deux âmes à l’unisson

 

Fini et infini deviennent même maison.

 

 

 

Une nuit, un violon a fait son ouverture

 

La musique en fusion colmate les blessures

 

Projette sur nos âmes une pluie de mystères

 

Puis dans un vibrato allume la lumière.

 

Quand dans la peine le temps s’égrène

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Quand dans la peine le temps s’égrène

 

Quand au chagrin ses corollaires

 

Graine d’ivraie, grain de poussière

 

Enrayeront ton sablier…

 

Il faudra que tu te souviennes

 

Tout peut se faire et se défaire

 

Rien n’est immuable sur  terre

 

Poussière d’étoiles, rai de lumière

 

Graines d’amour je veux semer

 

Au ciel pareront nos mystères

 

Couleront en ton sablier             

 

Et que de ce temps il advienne

 

Une promesse d’éternité.

 

Écrire.

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Au souffle du matin premier

Mêler l’éphémère rosée

Y tremper sa plume sauvage

Faire d’un mot un paysage.

 

Tels les enfants qui ne voient pas

Que le danger guette leurs pas

En jouant fustiger l’épreuve

Écrire avec une âme neuve.

 

Oublier tout de ces savoirs

Qui empoisonnent nos mémoires

Écrire l’âme au bout des doigts

Entre les mots scinder la joie.

 

Laisser le tracé à la plume

Être le marteau et l’enclume

Être la pierre et le maçon

Du silence le diapason.

 

Je prends l’air en lisant, mais c’est en écrivant que je respire.

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« Il y a tant de mots pour dire ce qu’on ne pense pas, et ne pouvoir pas trouver le seul qui exprime ce qu’on pense! »

Adolphe D’Houdetot

 

Agités par la pensée, les mots vont, viennent, se regroupent en phrases plus ou moins élaborées. Certains attendent longtemps une ouverture pour s’exprimer. D’autres un choc, un réveil, une secousse, une échéance à venir.

Ceux qui résistent à franchir le seuil de l’intime sont encore embués de silence. Ce sont les plus graves, les plus beaux, ils ont pris de la valeur, de la profondeur, avec le temps.

Certains restent longtemps au bord de leur petit cratère avant éruption.

On ne choisit pas, l’écriture est une respiration qui vient à nous quand on est en apnée, c’est la bouteille d’oxygène des grands fonds dont les bulles sont les mots.

Dans ces allers-retours de la pensée à la main, de la synapse au récepteur, il leur arrive de s’échapper, de se perdre en chemin. C’est que le voyage est rempli d’embûches. Les mots ne sont pas responsables du chemin, les mots ne sont que voyageurs.

De cette vacance, ils nous reviennent défigurés ou transfigurés, vieillis ou embellis, jamais à l’identique. Le temps œuvre aussi sur les mots.

On pensait les avoir récupérés et voilà qu’ils nous échappent de nouveau. Certaines personnes ont trouvé la parade, à peine ébauchés, elles les enferment dans de petits calepins, toujours à portée de main. Ils gardent ainsi la fraîcheur de l’instantané, du premier regard, de la pensée photographiée.

Il suffit alors de les reprendre, de les ajuster, après ce séjour transitoire dans cet espace entre saisie fugitive et pensée remaniée.

Les mots justes échappent à cette règle, les mots justes ne sont jamais pauvres ou dénaturés pas plus qu’ils n’ont besoin d’être embellis. Leur force est dans leur pouvoir de résistance aux changements et à l’épreuve du temps.

Ces mots-là aiment le large, les grands vents et les grands espaces. Vous leur fermez la porte, ils passent par la fenêtre. Le calepin vieillit, mais eux gardent leur fraîcheur. Ils font les grands livres et les grands auteurs.