Avant qu’un monde sans couleur Emprisonne les bleus

D’or le sable des grèves
Sépia l’intissé des chagrins
Avant qu’un monde sans couleur
Emprisonne les bleus
Glisser sur le merveilleux
Les rêves de cobalt
Instruisent les poètes
À y tremper leurs plumes
Leurs archets, leurs pinceaux
L’iris de leurs yeux
En a gardé la trace.

Me revient de lui Me revient de toi

Me revient de lui
Me revient de toi
L’amie de toujours
L’éclat des jours heureux

Sans atteindre hélas
Encore moins recouvrir
La peine immense
Incompressible
De la perte
De l’être cher
Et quand cet être
Est l’enfant
Celui que l’on a chéri
Bien avant sa venue
Et que l’on a tenu
Et bercé sur son cœur
Celui qui dessinait
De sens notre chemin
Sans lequel l’avenir
N’est plus qu’un jour sans fin
Toi ! Amie dans la peine
Sœur dans le chagrin
Je voudrais ôter
De ton cœur ce glaive.

Tel le vent se déplace

Tel le vent se déplace
Nous ne laissons de traces
Qu’un battement léger


Qui donc est de passage
Une ombre, un mirage
Un promeneur ailé ?


Ou cette âme tremblante
Dessous la flamme ardente
D’un désir avorté


Quelle est donc cette peur
Qui à ton cœur effleure
Les affres de l’oubli ?


L’éternel flottement
D’un corps en mouvement
Et son ombre en sillage.

Je vous ressens si bien

Je vous ressens si bien se peut-il que mes sens

De votre âme aient volé toute la quintessence ?

Le rêve inachevé porte en lui l’infini

Et vous êtes le soir et l’aube de ma vie

Ainsi en ce moment vous seriez près de moi

Que le ciel ne pourrait me donner plus de joie

Je rêve de matins tout frissonnants de fièvre

Sertis de fous baisers dont vous seriez l’orfèvre

On ne peut négocier au ciel l’inexprimable

L’indicible se mire aux vasques bleues des âmes

Aux ailes des moulins précieux est le vent

Tel le rêve à la vie son souffle tout autant

Comme une vague pleine attendue sur la grève

Comme la fleur saisie par la poussée de sève

Je vous ressens si bien se peut-il que mes sens

De votre âme aient volé toute la quintessence ?

Nous n’écrivons que pour faire reculer l’oubli,dans le cœur de l’autre.

Et ces mots
rangés dans leur tombeau
de papier
qui viendra
en exhumer
la substance ?

Par quels yeux
seront-ils saisis ?
sortis de l’ombre
tels ces esprits
qui resurgissent
quand les médiums
les appellent…

Fantôme d’encre
égrégore de papier
esprit d’écriture
spectre d’imprimerie
que le temps
finit par effacer.

Nous n’écrivons que pour faire reculer l’oubli,
dans le cœur de l’autre.

L’impossibilité du dire frissonne derrière chaque phrase.

Peut-être tu me dirais :  » Mais ce n’est pas ta mort ! « 

Comme pour me décourager de me glisser dans la tienne.

Savoir de la mort de son vivant, n’est pas un privilège.
Pas plus qu’être confronté à penser l’impensable.
Cela n’arrive pas chez tous les endeuillés ni pour n’importe quel deuil.

Pour cela il faut que le deuil soit contre nature, comme celui qui touche un être dans sa jeunesse, ou la perte d’un enfant.
Avec cette disparition le parent endeuillé perd une partie de lui-même.

Se perdre dans l’innommable, l’inachevé, l’incomplétude.

Irréversible douleur !

Nous tenons à distance la réalité de la mort tant que ce n’est pas elle qui nous tient, qui nous tend son miroir.

Les espaces vides s’occupent à se combler.

Cette part perdue de nous-même qui rejoint le disparu, l’investit, c’est encore tendre à lui donner de la vie.
Mystérieuse union.

Il lui faudra ouvrir cette fosse par l’écriture ou autrement, creuser davantage le trou, y glisser ce rien qui contient le tout.

Écrire la disparition ne suffit pas à lui donner corps ou alléger la souffrance.

L’impossibilité du dire frissonne derrière chaque phrase.

Cette écriture-là ne peut s’achever, elle se doit de rester l’inachevée, de devenir aussi errante que celui auquel elle est destinée.

Du souvenir et de l’oubli

Tout est là
À la tangente
Du souvenir et de l’oubli
Point minuscule
Et immense
Parfois éclipsé
Le temps d’une lune
Ou de deux ou de mille
Parfois émergé
À la vertical
Des sommets et des abrupts
Au rapprochement des lointains.


Tout est là
À la tangente
Du souvenir et de l’oubli
L’insaisissable
Perdu dans le vaste
Horizon qui s’échappe
Ou
S’attarde
Le temps d’un soupir
Brassant un air devenu plus léger.