Faire de l’écriture une minute de silence

Blanche est la page. Blanche comme ma peur, blanche comme la neige non encore piétinée, blanche comme la plume légère échappée de l’oiseau qui s’ébroue.


L’écriture me tend sa main silencieuse.

Le crayon glisse sur la feuille lisse, les lettres se dessinent, incertaines, timides.

Chaque fois la même hésitation. Quand il n’y a pas de mots qui soient aussi forts que le silence, faut-il écrire ? L’écriture n’engage pas seulement celui qui écrit, elle sollicite l’adhésion de celui qui reçoit. Ce qui ne peut-être débattu, expliqué, peut finir par perdre le sens souhaité.

Ne pas blesser. Les mots écrits doivent être pesés quand leur but est de soulager, porter, adoucir la peine.

Le mot n’est pas la chose prend ici toute sa signification, il ne peut s’y substituer.

L’écriture comme passerelle pour que la douleur ne reste pas isolée.

En faire une minute de silence.

Le bonheur amplifie la plus infime chose

Le bonheur amplifie la plus infime chose
Je voyais tout plus grand dans cette apothéose
À l’heure où tout s’endort tout se métamorphose
Où le ciel broché d’or se couvre de velours
Puis de rose et de bleu dans ses plus beaux atours
Ce bonheur que l’on peut toucher du bout des yeux
La nature nous l’offre et le bien est précieux
Le bonheur amplifie la plus infime chose
Et combien dans l’infime il y a de grandiose.







Derniers éclats du jour

C’est l’heure où le soleil tire sa révérence
Derniers éclats du jour dans la chaleur qui danse
Avant que l’océan dans l’azur ne se fonde
Ne capture en ses bras la lumière du monde


Le ciel devant la terre à cet instant s’incline
L’astre d’or et de feu dans son plus bel atour
Embrase de désir tous les yeux alentour
L’offrande de l’amant avant son désamour


Jamais loin du doré l’heure bleue se dessine
Puis de rose l’estran à présent se praline
Les mystères du soir mettent au repos le corps
Que déjà en éveil l’âme se pare d’or


N’attends pas que la nuit vienne tout recouvrir
Les ombres au crépuscule emportent loin les rires
Ton songe te devance il te faut le saisir
Les poètes finissent eux aussi par mourir.

Ma vagabonde, ma souterraine, ma solitaire

Ma vagabonde
Ma souterraine
Ma solitaire

Fugueuse tu es
Si mon corps cherche à te retenir
C’est pour la bonne cause

Tu répliques

Que mon corps ne t’est rien
D’aucune utilité
Qu’il n’est ni ton père ni ta mère
Encore moins ton enfant

Tes fugues

Je les perçois pourtant
Et mes nuits sont alors agitées

À grands cris

Je te conjure
De rester

Ma vagabonde
Ma souterraine
Ma solitaire

Tu répliques

Que je ne suis ni ton double ni ton ombre
Je m’incline
Mes bras voudraient te donner leur chaleur
Te bercer

Tu me dis

Que ce n’est pas encore l’heure
Qu’un jour
Tu partiras pour ne plus revenir
Que je dois avoir confiance
Que tu ne partiras pas
Sans prendre avec toi
Un peu de mon bagage

Ma vagabonde
Ma souterraine
Ma solitaire
Mon âme.

La cueillette de champignons

Ils sont partis le coeur léger, les bottes aux pieds, le panier sous le bras, le bâton à la main.

Ils ont quitté la route goudronnée afin de pénétrer plus avant dans la forêt.
L’air était doux et rien n’aurait indiqué que l’hiver s’installait en catimini chez les arbres, sans la mosaïque de feuilles pigmentées d’ocre, de bruns, de rouges et d’oranger. Les feuilles mortes, vidées de leur substance vitale, continuaient leur transformation en tapissant le sol dans un ultime flamboiement.

C’est de mystère que nous avons besoin, et quel lieu plus mystérieux que la forêt pour abriter nos fantasmes entre animaux non domestiqués, champignons aux noms surprenants : pied de mouton, trompette des morts, bolet satan, amanite panthère et tue-mouches etc., fantasmes alimentés des contes et légendes de notre enfance.
C’est peut-être cela le plus surprenant, cette nature encore intacte qui nous ramène au plus profond de nos racines, comme son nom latin l’indique : natura… naissance…

Les œuvres ont leur propre mystère, la nature en est la plus parfaite illustration.
Ce que nous voyons comme si naturel, car habituel à nos yeux, dépend d’interactions très complexes entre espèces et milieux, entre milieu préservé et intervention humaine.

Ainsi ils allaient, retrouvant l’instinct ancestral du cueilleur, sans plus s’inquiéter de l’heure ou de l’égarement possible, l’esprit en immersion totale et parfaitement oxygéné.

« Qui ne sait le charme des Landes ? « 


« Qui ne sait le charme des landes ?… Il n’y a peut-être que les paysages maritimes, la mer et ses grèves, qui aient un caractère aussi expressif et qui vous émeuvent davantage. Elles sont comme les lambeaux, laissés sur le sol, d’une poésie primitive et sauvage que la main et la herse de l’homme ont déchirée. »

Extrait de : L’ensorcelée
Jules Barbey d’Aurevilly

En arrière-plan un début de cette lande peut-être, sauvage et mystérieuse, dont la nostalgie se recouvre d’un tapis de bruyère à la tonalité rose et parme.

Quelque revenant au détour du chemin ? Non, c’est le maître des lieux sur son cheval, traversant la baie en bordure de la lande qui jouxte ses terres.

Le voyez-vous venir ce cavalier vêtu d’un long manteau de laine brune, à la double cape recouvrant les épaules, capable de résister aux plus fortes pluies ?

Remarquez- vous encore, dépassant le drap épais, les grandes bottes rythmant le silence et le pas du cheval à la robe baie ?

Et quand le soir tombe sur la lande, c’est à peine si le visiteur étranger distingue, sous la bure de nuages bas, une ombre qui persiste.




La peur… cette vague sans la mer

La peur a revêtu ses habits de tous les jours. Je la vois revenir avec sa litanie. –  » C’est moi, pensais-tu pouvoir m’écarter ? Ton chemin est pavé de mes intentions…

Le cœur se serre, le souffle se cherche pendant que la respiration s’accélère.

On ne sait jamais quand ça va revenir…
Combien de temps cette fois avant que le jour et la nuit ne se percutent ?
Et qui du jour ou de la nuit l’emportera ?

 

L’écrit…les cris…

Quand l’écrit recherche la distance afin de toucher le lecteur, quand il devient caméléon pour entrer dans toutes les demeures, quand il se moire d’autres couleurs que le noir ou le blanc, c’est qu’il a oublié. .. que les cris le suivent, qu’ils soient de joie, de plaisir, de chagrin ou d’épouvante.