Absence, manque et ennui.

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« La vie se passe en absence, on est toujours entre le souvenir, le regret et l’espérance. »

Marie du Deffand

L’absence est mère du manque

Le manque est père de l’ennui.

Décider de l’être sans l’avoir. Flouter son ennui. Pelletées de mots sur le désœuvrement d’un temps au présent englouti. Le désœuvrement appelle l’œuvre, l’éblouissement qui perdure une fois les paupières baissées, les yeux refermés. L’éblouissement ricoche de lumière en lumière jusqu’à trouver sa lumière intérieure.

L’ennui n’existe qu’en comparaison d’un passé embelli par l’aura du temps, d’un futur extrapolé par l’imagination, mais manque et absence absorbent jusqu’à leur propre finitude.

 

 

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Vibrations invisibles…

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Vibrations invisibles

Portées par tant de voix

Qui nous parlent d’un monde

Que nous ne savons pas.

 

Notre royaume est fait

De baumes et d’ivresses

De douleurs et de joies

Sur des chairs éphémères.

 

Ondes universelles

Briques de l’infini

Qui caressez nos vies

Comme pluie sur du verre.

 

Mon souffle, mon apnée

Pour quelle destinée

Mon esprit est coiffé

Que mon corps ne sait pas.

 

Demain…

Recueil Intemporel 004 2

 

Le temps s’écoulera sans le poids des années

Et toutes les saisons auront un goût d’été

Je lirai votre prose et vous direz mes vers

Nous vivrons au pays de Beuve et de Flaubert.

 

La joie, sève du cœur, coulera dans nos veines

Nos corps seront plus forts, nos têtes plus sereines

De nouvelles douceurs inconnues à nos lèvres

Un miel aux mille fleurs pour apaiser nos fièvres.

 

À nos jardins secrets aux communes fragrances

Ces parfums émanés de mêmes espérances

À nos demains rêvés, nos aujourd’huis vécus

Paradis retrouvés d’une enfance perdue.

 

Nos pas soulèveront autres réminiscences

Ces impressions vécues qui fleurent à la conscience

Les gens diront de nous devant cette harmonie

– Ces âmes ont dû s’aimer, ailleurs, dans d’autres vies !

 

Un soir d’été…

Objets inanimés, avez-vous donc une âme

Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?…

Alphonse de Lamartine

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Marie hésitait à se retirer dans sa chambre. Malgré toutes les précautions prises, fenêtres et volets fermés depuis le matin, la chaleur, en cette journée caniculaire, avait fini par filtrer dans toutes les pièces de la maison.

Dans les premiers jours de cet épisode de fortes chaleurs, les gens étaient plutôt contents. L’hiver pluvieux et froid était encore dans les mémoires et il n’était pas question de jouer les rabat-joies. Les commerces de vêtements avaient écoulé, avant les soldes, leur stock d’été, les restaurateurs sortaient les parasols, et les magasins de bricolage étaient en rupture de ventilateurs.

On rappelait sur les ondes les recommandations pour les personnes les plus fragiles. L’hécatombe de 2003 restait dans toutes les mémoires.

Depuis quelques années Marie se fatiguait, elle n’avait plus la force d’entretenir le jardin comme elle l’aurait souhaité. A chaque printemps, elle attendait l’été avec une impatience mêlée d’inquiétude ; et si c’était son dernier…

Le cardiologue avait été formel, elle devait se ménager, pas de lourdes charges ou de travail sous la chaleur dans son état. Cela risquait de lui être fatal.

En ce début de soirée, Marie se sentait particulièrement fatiguée. Pourtant elle n’avait rien fait de plus qu’à son habitude ; un peu de lecture et d’écriture, quelques morceaux joués au piano, rien qui puisse peser davantage sur la fatigue. Elle n’avait même pas eu le courage de passer à la boulangerie, pourtant située proche du domicile ; bah ! depuis quelques temps, il lui arrivait de sauter des repas, ce sera un de plus à passer à la trappe ce soir se dit-elle.

Un peu de fraîcheur pénétrait enfin la maison par la fenêtre ouverte donnant sur le jardin. Avant de partir s’y installer, Marie jeta un regard sur ce qui faisait partie de son univers depuis tant d’années. Une lumière ocrée traversait le salon pour venir mourir sur le piano. Marie chercha du regard ce qui restait dans la pénombre : la bibliothèque, le vieux fauteuil proche de celle-ci, le buffet à deux-corps. Elle savait bien qu’il lui faudrait bientôt tout quitter, cent fois elle se l’était répété « ne pas s’attacher aux choses », mais les choses ne gardent-elles pas près d’elles un peu de l’âme qui les a aimées ?

Ne plus se retourner…

Marie déplaça sa chaise longue pour la mettre au milieu du jardin, elle se voulait être, ce soir, au plus proche de la nature.

Les fleurs, qui avaient souffert durant tout le jour, penchaient dangereusement la tête en direction du sol, mais Marie ne se sentait pas la force d’un arrosage. Elle se demandait si les fleurs lui en voudraient, elles étaient devenues si fragiles de par leur dépendance à la main de l’homme. Les délicats arômes dégagés par certaines la rassurèrent sur ce point.

Le soir et la chaleur tombèrent d’un même accord pendant que les derniers rayons ocrés  délitaient le restant de bleu. Marie à cet instant aurait voulu tout retenir. Sa silhouette gracile se fondait entre les ombres et les silences. Le jardin coiffé de nuit avait posé sur ses épaules son étole parfumée de mystère.

A présent la chaleur de la journée semblait flotter dans l’invisible. Un fil conducteur la reliait avec les êtres et les choses. Marie ne faisait plus qu’un avec tout ce qui constituait son environnement :  fleurs et  arbres,  mais aussi jusqu’à l’herbe qu’elle sentait délicieusement fraîche sous ses pieds nus.

Un léger frisson caressa sa peau, comme une réminiscence.

Le temps en ce moment était bien suspendu, elle aurait aimé l’instant éternel.

Marie bougea à peine quand la lune éclaira son visage. Les fleurs reprenaient souffle tandis que le sien s’évanouissait vers un ailleurs au commencement sans fin.

 

 

 

Quelques haïkus

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Mettre des couleurs

Sur la toile de l’absence

En faire un tableau.

 

Laisser la lumière

Et de nouveaux souvenirs

Franchir notre seuil.

 

Soupir retenu

À peine un frémissement

Aux lèvres du temps.

 

Derrière la brume

Un horizon en éveil

Et des oiseaux fous.

 

 

Tourbillon de vie

Au solstice de l’amour

Le temps va chemin.

 

C’est par ses fissures

Qu’un cœur absorbe le plus

De rayons de joie.

 

Dilater le temps

Avant qu’il ne nous compresse

Et nous éternise.

 

Écrivons les pages

Que nous ne tournerons pas

Ou avec regrets.

 

Tels les nuages

Nos souvenirs retiennent

Les pluies de nos étés.

 

Mon amour de rêve

Passe toutes les épreuves

Sans se départir.

 

Le vent funambule

Sur la ligne d’horizon

Entre vert et bleu.

 

 

 

 

 

 

 

L’inespéré venait du ciel.

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D’où venait-il exactement ?

Elle ne l’avait enfanté

Ni en son sein ni en pensée

Ni dans ces heures les plus sombres

Celles qui étalent leurs ombres

Longtemps après le jour passé.

 

Cette âme ne pouvait venir

Que d’un passé sans avenir

Une porte sur le néant

Qui traversait tel un présent

Inébranlable et impavide

Survolant l’insondable vide.

 

Elle ne se souvient plus quand

Cela devait être son heure

Cette descente sur son cœur

Ce baume oint sur les tourments

Ce beau cadeau, cet essentiel

L’inespéré venait du ciel.

Recueil Intemporel 004 2

 

Choisir le beau…

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Au miroir du réel

Mouvant et éphémère

Nos regards floutés.

 

Choisir…

L’insouciance du jour neuf

Non encore traversé

Par l’épaisseur du temps.

 

Prendre…

La lumière

Y glisser

Avec pour seule attache

Sa voile

Bombée d’immense

Et d’infini.

 

Traverser…

 

Les étendues

Désertées

De mémoire.

 

Poser…

 

Sur l’intangible

Ses yeux d’aquarelle

Noyés d’océan.

 

Appareiller…

 

Aux berges

Du beau

Terre promise

Ciel épousé.

 

Glisser encore…

 

Aux limites des verts et des bleus

Pour ramener au monde

Les plus belles images

Ces éclats oubliés.

 

 

J’ai vu l’or du levant…

 

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J’ai vu l’or du levant

Dans le matin fébrile

D’un monde nouveau-né

Vierge du pas des hommes

Et de leurs Dieux sans Dieu.

 

J’ai vu l’aile de l’oiseau

Dans l’azur frémissant

Sous la poussée du vent

Faire chanter les blés.

 

J’ai vu l’éternité

Épouser l’éphémère

Murmurer au silence

Les secrets de la vie.

 

J’ai vu l’or du levant

Écrire ton absence

Au bleu de l’infini

Union crépusculaire

Du ciel et de la terre.