Une heure, une seconde, un an… l’éternité.

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« Trois mille six cents fois par heure,

la seconde chuchote : Souviens-toi. »

Charles Baudelaire

***

 Suspendre le temps

D’une année à l’autre

D’un monde à l’autre

L’après est mystérieux

Une heure ne suffit pas

Une vie non plus

À tout embrasser

En équilibre

À la limite des possibles

Gel de la pensée

Jusqu’au verbe

Nimbé de silence

Glisser dans l’oubli

Le langage est puissant

Mais le silence est plus grand

Plus rien ne s’écoule

Seule avec le vent

Le temps d’un poème

D’une sonate

Fixer l’intangible

L’impénétrable

L’insaisissable

L’intemporel

Mieux que les hommes

Les ombres et les soleils

Les crépuscules, les aurores

Les fleurs

Savent le faire

Plus rien ne bouge

Dans ce concert

Enveloppe et noyau

Même substance

Du rose au pourpre

Du bleu au cyan

Une seconde

Chuchote

L éternité.

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Un rêve récurrent.

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« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant »

Paul Verlaine

Comme un regret, un tourment, une erreur, une injustice non réparée, ce rêve étrange et pénétrant, récurrent.

Surgit-il du passé, débarrassé des liens qui l’entravaient, libéré par l’entremise du songe ? Passé vécu, oublié, réinventé, nourri d’imaginaire, indéfinissable, troublant, inquiétant.

Ma tristesse est profonde. J’entre dans la maison, maison que je connais sans la connaître, pour l’avoir habitée dans un ailleurs, une autre existence peut-être.

Pour m’y rendre, je dois marcher longtemps, m’éloigner d’un village, puis de la route, le plus souvent traverser un bois. C’est loin, très loin, et le temps, s’il n’est pas franchement sombre, reste assez couvert, sans luminosité. La maison se trouve être en hauteur, très isolée, elle domine un terrain en partie en friche. La propriété n’est pas clôturée autrement que par des buissons, branchages entrelacés, feuillus et épineux que sont ces haies naturelles sculptées par le temps, le vent et les saisons, et par un changement de nature du sol à cause d’une pente naturelle.

Les pièces du rez-de-chaussée sont grandes, je ne m’y attarde pas, c’est l’escalier qui m’attire. Tout en montant les marches pèse sur moi cette décision, prise dans un moment de folie sans doute. Au premier palier, un œil-de-bœuf laisse passer un jour éteint. La vue plonge loin sur la vallée, presque jusqu’à la lisière du bois. Je devine ce que je ne peux voir pour avoir (je le sais) souvent regardé le paysage de cette fenêtre. Mon esprit vagabonde… rêverie à l’intérieur du rêve.

Si je suis si triste c’est que je viens de vendre cette maison, et que tout mon être repousse cette idée. Je regrette tellement… mais il est trop tard ! Impossible de revenir en arrière, d’ailleurs la maison est vide de tous ces meubles et objets qui donnent vie.

Ma maison, c’est ma maison, un peu de mon âme, et je l’ai vendue !

Je continue mon ascension, me retrouve au deuxième étage, sans avoir eu à m’arrêter au premier. C’est toujours dans la même pièce que le songe me conduit, à droite de l’escalier, dans cette petite chambre exigüe et sombre . Je sais que c’est ma chambre ou plutôt qu’elle l’était. Il y règne une atmosphère particulière, indéfinissable. C’est comme un vêtement que vous endossez et qui vous sied parfaitement, qui semble avoir été confectionné pour vous ; il se trouve avoir été déposé dans votre garde-robe par une main inconnue.

Ce trouble, toujours le même, semble venir d’une présence invisible ou plutôt d’une réminiscence qui s’attacherait à la pièce, serait-ce une partie de mon âme, exilée en ce lieu dans un temps ancien ? Son onde diffuse, pénètre les moindres recoins de mon corps comme pour y pénétrer à nouveau.

Je saisis la crémone de la petite fenêtre qui ouvre sur le jardin, je sais par ce geste l’avoir fait très souvent. Avec la fraîcheur du dehors, pénètrent les odeurs et les bruits, mais aussi la douceur d’un lieu jadis habité de joie. Il court un parfum d’au-delà. Au-delà de la raison, du réel, de l’espace et du temps.

Un petit cabinet de toilette sépare cette chambre, que je sais mienne, d’une autre pièce, beaucoup plus grande.

Tout l’étage a cette pesanteur des lieux habités par les ombres. Je ne m’y sens pas particulièrement bien, mais c’est chez moi. Quelle étrange et inconfortable sensation que d’avoir abandonné le lieu d’où vous savez qu’une partie de vous, en un temps révolu, liée d’un attachement invisible et secret, ne pourra en dissoudre les liens. Comme un amour impossible qui erre, prisonnier à jamais de votre cœur.

Là se finit le rêve, dans cette chambre qui fut mienne. Je me réveille sans avoir résolu l’énigme. Aucune clef, aucun indice à ce jour, juste la sensation d’avoir traversé le temps.

Sur la page du temps.

mer 14 02 2016 003

La vague de l’éphémère

Répand sa blanche écume

Sur mon âme endormie

 

Une ombre au loin s’embrume

En recherche de lune

Dans le matin qui fuit

 

Les mots sans leur mystère

Aux rêves ensevelis

Sont des corps au tombeau

 

Les heures sans mémoire

Sous la poussée du vent

Rejoignent le néant

 

Aux ailes rabattues

Le ciel reste couvert

Sans percées de désir

 

Dans une onde de joie

Une lueur résiste

Aux brumes de l’ennui

 

Un cri, une musique

Un plume s’invite

Sur la page du temps.

 

 

Quand les mots se perdent, il y a la poésie avec ses images, sa musique, pour réamorcer le langage

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 » Mais ici, dans la nudité sans mémoire de l’hiver, plus rien n’avait même de nom ni de couleur, le silence aspirait tous les mots, tous les souffles et le temps lui-même paraissait avoir déserté la scène et déguerpi sans demander son reste, avec la vie qu’il emportait, avec le secret. »

Jean-Louis Ezine  » Les taiseux »

 » J’ai cueilli ce brin de bruyère

L’automne est morte souviens-t’en

Nous ne nous verrons plus sur terre

Odeur du temps brin de bruyère

Et souviens-toi que je t’attends  »

« L’Adieu » Apollinaire

Une brèche, une ouverture, une faille peut-être… un poème. C’est comme cela d’abord que le flux est revenu. Ce qui ne peut se dire avec les mots de tous les jours se couvre d’images. C’est moins violent le poème, chacun peut se l’approprier, y mettre de son histoire. La poésie, dans son murmure, dit très bien ce que l’on voudrait taire.

Perdus les mots… envolés les mots ! Quand il n’y a pas de mots il reste la poésie et la musique, les deux échappées belles au silence. De ce silence, cette part d’éternité, qui s’exprime à l’intérieur du vivant. À ceux qui n’ont le choix ni de leur destin ni des émotions qui en découlent, le silence est une élégance.

Le silence a aboli le temps, la parole seule pourra réamorcer son écoulement, la parole ou sa petite sœur l’écriture qui trace un chemin, quand les mots inexprimés sont comparables à la charge d’un orage.

Le rien serait manque de substance, mais le manque, oh le manque! immanquablement plein.

Il faudrait pourvoir tout effacer, tout oublier, mourir pour renaître mais sans les cicatrices, sans la mémoire.

L’écriture n’est pas un but en soi, mais le plus souvent l’effet d’une cause qui dépasse l’entendement. Pas dans ce cas, pas aujourd’hui ; aujourd’hui, je sais pourquoi j’écris : l’écriture me tient en éveil.

Entre l’avant et l’après, il y a eu ce Noël. Celui de ta rémission. Impossible de décrire cette joie sans la connaître. Seuls ceux qui ont connu la maladie ou la peur de perdre un être cher en ont au cœur la substance.

C’est même incroyable comme tout peut revenir, presque comme avant… gommées pour un temps, quelques heures : les épreuves, les opérations, les souffrances, seule cette joie d’un Noël dans l’espérance.

En cette veille de Noël c’est celui-là qui me revient, comme un rappel de ce qui est important. De ce qui est vraiment important.

 

 

Il fait si froid dehors et si chaud en dedans.

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Notre monde n’est pas clos. Les pages non tournées ne peuvent mentir. Au-delà de nos limites, de nos horizons, se forment d’autres limites, d’autres horizons, toujours à repousser, à embrasser. La vie n’est qu’une mutation vers cet ailleurs. Faut-il avoir peur de le découvrir ? La découverte n’ouvre t- elle pas sur l’étonnement et l’étonnement sur l’émerveillement ?

La joie, cette vie augmentée, tient le plus souvent de la surprise, de l’inattendu, voire de l’inespéré . En ce qui concerne Noël, la faculté à nous émerveiller sans passer par l’étonnement fait partie certainement de ce que nous appelons la magie de Noël. Une aura mystérieuse qui tient de l’invisible nous enveloppe, plane tout aussi bien sur les êtres et les choses pendant cette veillée intime que nous perpétuons malgré les aléas de la vie, que nous soyons croyants, agnostiques, ou athées .

Il fait si froid dehors et si chaud en dedans.

Ne rien déranger

De ce souffle qui traverse

Nos deux mondes

Embrassés

Dans l’instant.

Un souffle glacial a passé la porte. Qu’il y ait de la neige ou pas, une cohorte de flocons voltige sur les consciences. Ils sont tous là ! ce sont nos absents. Les autres mois de l’année, ils restent à l’abri dans le réceptacle cœur. En ce vingt quatre au soir, ils n’ont pas attendu le signal pour investir les maisons, ni pour venir se glisser à la table des vivants, passant tantôt par la voix des convives, tantôt par les regards. L’infini, c’est le silence qui en parle le mieux.

Fleur du souvenir que cette antienne entonnée par nos absents. À chaque Noël qui se grossit d’un nouveau silence.

Vous, nos invisibles, où cernent et sourdent nos souvenirs, vivants parmi les vivants, vous êtes l’aubier tendre de nos cœurs.

Les voyez-vous passer

Ces âmes du passé

Ces frêles libellules

Bleuies de crépuscule ?

 

 

 

L’esprit de Noël

En ces derniers jours de l’Avent

Se mettre entre parenthèses.

 

Y laisser à l’extérieur : Les polémiques, les politiques, les commentateurs, les dictateurs, les intolérants, les revanchards, les excessifs, les agressifs, les tueurs d’humour, les tueurs d’amour, les impatients, les rabat-joie et les râleurs, les ronchonneurs, mauvais coucheurs, désenchanteurs etc.

 

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Le neige retient l’enfance

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 » Chacun recèle en lui une forêt vierge, une étendue de neige où nul oiseau n’a laissé son empreinte. »

Virginia Woolf

C’est un lieu inhabité, un refuge intemporel. On y entre le cœur débarrassé de ses vieux oripeaux. Ne reste que le blanc et ce silence ouaté des espaces infinis encore vierges du pas de l’homme.

 Le blanc recouvre tout dans une joie première, naïve, et pure. La neige tourbillonne sur les ans, efface les traces embourbées d’un temps assassin.

Danse du blanc, voltige de la poudreuse, effervescence de l’air. Le ciel n’est jamais loin, la neige en a pris un peu de son bleu.

L’esprit est cinéaste, le cœur est photographe.

Le neige retient l’enfance.

*———–*

Bonnets et cagoules

La neige retient l’enfance

Flocons sur le cœur

 

 

Comme une vague pleine

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Je vous ressens si bien se peut-il que mes sens

De votre âme aient volé toute la quintessence ?

Le rêve inachevé porte en lui l’infini

Et vous êtes le soir et l’aube de ma vie.

 

Ainsi en ce moment vous seriez près de moi

Que le ciel ne pourrait me donner plus de joie

Je rêve de matins tout frissonnants de fièvre

Sertis de fous baisers dont vous seriez l’orfèvre.

 

On ne peut négocier au ciel l’inexprimable

L’indicible se mire aux vasques bleues des âmes

Aux ailes des moulins précieux est le vent

Tel le rêve à la vie son souffle tout autant.

 

Comme une vague pleine attendue sur la grève

Comme la fleur saisie par la poussée de sève

Je vous ressens si bien se peut-il que mes sens

De votre âme aient volé toute la quintessence ?