La Toussaint au cimetière

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Balaye du regard… cela faisait longtemps

Jardinier de Toussaint cherche l’emplacement

Les bras chargés de fleurs, en pots, en jardinières

Les chrysanthèmes auront toute une année à faire.

 

Pour quelques jours d’automne, en fleurs, le cimetière

Ressemble à un jardin quadrillé de parterres

Mais reviendra l’hiver et les allées désertes

Et de feuilles les tombes à nouveau recouvertes.

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La poésie c’est cela

« La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime dans tout. »

Victor Hugo

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La poésie c’est cela

Un cœur invisible

Qui dans les mots palpite

Pour que la vie respire

Même en silence

Même dans l’absence

Dans les espaces

Entre les blancs

Au débord du soi

À la marge des sentiments

À la frange du saisissable

Partout où se tient en suspens

L’indicible.

Une petite lampe allumée

 

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Parce que malléables donc vivantes, certaines fragilités sont une force.

Ce qui se fige finit toujours par se scléroser et la sclérose n’est-elle pas l’antichambre de la mort ?

Il faut avoir en soi assez d’insouciance pour porter cette dernière très loin, bien au-delà des regards qui l’emprisonnent. Nous ne pourrons pas récupérer la vision de ce que nous n’avons pas su voir, tant que nous resterons cloisonnés par la certitude de ne pouvoir dépasser nos peurs.

Pourquoi passons-nous donc de l’enfant sans peur à l’adulte confiné dans un schéma tracé d’avance par une société qui a perdu les clefs de la maison enfance ?

Il faut reprendre le chemin de l’école… non pas de l’école de l’apprentissage, des savoirs (celle-là elle devrait être le livre qui accompagne toute une vie ; livre que l’on pourrait ouvrir, reprendre et relire et cela depuis n’importe quelle page ). Je parle ici de celle que nous savons d’instinct depuis l’enfance : celle du jeu, du rire, de l’insouciance, du « oser » : oser croire en ses rêves, au beau, au bon, ou au moins au meilleur ; celle qui coupe les pieds à la peur, celle qui nous redonne nos jambes d’enfant afin de pouvoir courir…

Courir partout, par tous les temps… qu’il pleuve ou qu’il vente, sauter pieds joints dans les flaques, offrir son visage à la pluie, nu et transparent d’humilité. il y a derrière cela un apaisement, une résilience, une douceur à venir.

Il arrive qu’un tableau, une photo, ouvrent mieux le regard que ce que nous avons pourtant devant les yeux. Nous sommes souvent aveugles devant le réel quand il nous faut l’image pour reconstituer ce que nous n’avons pas su reconnaître.

Avoir la force de ses faiblesses, oser être différent, ne pas renier celui, celle, que nous avons été.

Chacun sa traversée, dans la nuit ou dans la lumière… et si nous n’avons pas droit à la lumière des hommes, souvent artificielle et passagère, gardons dans notre main une petite lampe allumée.

Dans sa robe de bure

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L’aube tremblait encore

Dans sa robe de bure

Grisée à l’encolure

D’un nuageux remord.

 

Quelques âmes défuntes

Maudissant le destin

Projetaient aux lointains

Leur ombre telle une plainte.

 

Tout désormais disait

Au crépuscule rose

Le précaire des choses

Leur puits de vacuité.

 

La brume sous l’emprise

D’un rêve d’alizé

Vient ôter sa chemise

Et se prend à danser.

 

C’est la métamorphose

Le poème devient prose

Et le jour de pointer.

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C’est un nom qui revient…

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C’est un nom qui revient se perdre sur mes lèvres

Recherchant un baiser resté inassouvi

Un désir que le temps avec des mains d’orfèvre

A ciselé le jour pour mieux briller la nuit.

 

En gardant le meilleur de ce qui nous obsède

Ce temps qui en son sein porte tous les remèdes

Est-ce un rire d’enfant dont l’écho s’éternise

Ou la fuite du temps qu’un rien immobilise ?

 

Le baiser ne sera ni reçu ni donné

Sur l’objet de désir la douleur est passée

Tel l’oiseau dans son vol sur la fleur agitée

Il reste suspendu aux lèvres du passé.

Le petit cheval de bois

« Chaumière où du foyer étincelait la flamme,

Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,

Objets inanimés, avez-vous donc une âme

Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »

Alphonse de Lamartine

 

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Ce qui n’existe pas n’a pas d’histoire, mais ce qui a existé ne serait-ce qu’une fois, une heure, une journée, que cela soit un objet, une pensée, un poème, laisse une trace, une cicatrice du visible sur l’invisible.

Ainsi ce petit jouet de bois, ce cheval articulé monté par un cavalier en uniforme, remontait de manière vertigineuse, presque à la vitesse de la lumière, dans un espace-temps reliant les mémoires entre elles, tandis qu’on le descendait du grenier.

La flèche du temps venait de changer de sens pour se tourner vers le passé, donnant au présent la possibilité d’une intrusion dans le passé.

L’objet restituait par sa présence une mémoire intacte de toute subjectivité. Combien d’années avaient passé, je ne saurai le dire, tant les couleurs de ce temps retrouvé étaient réelles, vives, intègres. Le temps déroulait l’histoire et l’objet en était au centre.

Dans ce voyage temporel, l’objet nous enchâssait avec lui dans sa matrice. En prenant vie de nouveau devant nos yeux, il s’accaparait aussi un peu de notre âme et de l’âme de celui qui l’avait tenu, aimé, tiré pour le faire avancer à l’aide de la cordelette.

Plus jamais il ne sera oublié dans un carton, mis au rebut dans un grenier, plus jamais il ne voyagera de maison en maison, du moins tant que je vivrai. Il a repris sa place et en la reprenant a remis le temps en mouvement.

Comment cela pourrait-il être mieux après ?

 

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Prendre conscience de notre propre mort décuple notre appétit de vie. Il ne suffit pas de gommer un mot de notre langage pour lui en interdire la pensée. Si le mot n’est pas la chose, il en est le reflet. Venir du rien pour retourner au rien est tellement inimaginable que nous nous employons à occulter ce vide qu’est le rien par du plein, par du plus, quand il faudrait apprendre à perdre, à soustraire, à se fondre dans le silence.

Sauf que nous sommes habitués à croître et cela depuis la première cellule, de division en division, naissance et apoptose même combat, même destinée. L’un sans l’autre ne peut exister, se soustraire sans mourir. Ce dynamisme de croissance et de mort est le moteur même de la vie.

Et pourtant…

Comment cela pourrait-il être mieux après ?

Accepter la rupture entre le corps et l’esprit qui ne sont plus du même voyage, qui jusqu’à lors avaient marché, grandi, évolué ensemble.

Pas une minute à perdre autrement que par le rire, le beau, le merveilleux. Exacerber son intelligence afin qu’elle obéisse à de nouvelles exigences. Tout prendre, tout retenir, apprendre à mieux regarder, mieux aimer, devenir hybride de soi-même. Pointer l’indicible, l’innommable, au stylet dur du réel, s’en détacher pour réécrire s’il le faut, comme on peut, avec d’autres outils, mais dans la joie, même factice, en faire une fiction.

C’est en chemin que les mots prennent sens, se peignent aux couleurs de la vie.

Apprivoiser avec des mots le silence avant qu’il ne devienne la seule présence.

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L’arpège du silence aux notes roses et bleues

 

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Deux mondes se partagent un horizon de feu

L’arpège du silence aux notes roses et bleues

L’éternité plus proche à l’indéterminé

Dans le soir flamboyant d’un rendez-vous d’été.

 

Se perdent dans l’image les rivages du temps

Le réel devient rêve et le rêve présent

Sous la plainte du vent la mer en mouvement

Balaye au rivage tous ses atermoiements.

 

Le ciel sert à la mer son coulis de fruits rouges

Un banquet pour les Dieux… puis seul le soleil bouge.