Ce temps qui en son sein porte tous les remèdes

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C’est un nom qui revient se perdre sur mes lèvres

Recherchant un baiser resté inassouvi

Un désir que le temps avec des mains d’orfèvre

A ciselé le jour pour mieux briller la nuit.

 

En gardant le meilleur de ce qui nous obsède

Ce temps qui en son sein porte tous les remèdes

Est-ce un rire d’enfant dont l’écho s’éternise

Ou la fuite du temps qu’un rien immobilise ?

 

Le baiser ne sera ni reçu ni donné

Sur l’objet de désir la douleur est passée

Tel l’oiseau dans son vol sur la fleur agitée

Il reste suspendu aux lèvres du passé.

La gloriette

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La nuit chuchote au jour quelques vers du poète

Endormi pour toujours dessous la gloriette

Plus rien ne chante ou danse en dehors cet écho

Transporté par le vent ou l’aile de l’oiseau.

 

Les arbres sous l’effet de la métamorphose

Recouvrent de bleu cyan les mauves et les roses

Avant que de glisser leurs branches alanguies

Dans l’onde aux doux reflets où dort la poésie.

 

Me souviendrai-je alors dans ce décor ouaté

Du matin, de son chant, de sa douce clarté

L’amour épelle au ciel ses lettres de noblesse

Et combien de regrets ici-bas je vous laisse.

 

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Le retour

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🎨 Bernard Buffet  » L’enterrement  »

En quittant sa maison, Faustine était loin d’imaginer ce qu’elle y trouverait à son retour.
Ces dernières heures, la maison transpirait un air lourd, inhabituel. Des voix basses, chargées, presque étouffées, remplissaient tout l’espace.
Parents, amis, voisins, tous étaient venus réconforter Faustine, mêlant leurs larmes aux siennes, leurs mots usés à sa fatigue.
Tant qu’ils étaient tous là, un étranger n’aurait rien pu deviner de ce qui se jouait à l’intérieur. Les choses restaient à leur place, les murs de la maison ne suintaient pas encore le silence et l’absence. Le changement sourdait pourtant, battant sa mesure et le temps en égrenait le chapelet.
On avait tiré les rideaux. Le soleil brûlant de cette fin d’août était à lui seul un outrage à la mémoire, au recueillement. Quelques fentes oubliées dispensaient une lumière à glisser sur les chagrins, à défaire l’ombre du deuil.
Les hommes s’échangeaient déjà leurs souvenirs communs avec le disparu, pendant que les femmes s’affairaient autour des tenues couvrantes, trop chaudes pour la saison, les plus âgées cachant leurs yeux rougis sous de grands voiles de crêpe noir.
Puis l’on s’était mis en marche sous un soleil de plomb.
Quand la procession arriva près du tournant, là où la route plonge sur le cimetière, Faustine se retourna pour apercevoir une derniere fois sa maison dans la lumière de l’été. Il lui sembla la regarder pour la première fois.

Après la cérémonie, les dernières condoléances, les promesses de se revoir très vite, Faustine avait fait le chemin à l’envers avec la hâte de ceux que la vie ne retient pas.
Comme pour mieux accompagner son humeur, le ciel s’était brutalement couvert et même quelques nuages menaçaient un début d’orage.

De retour dans la maison, elle avait très vite expérimenté le poids du silence. Rien à voir avec celui que l’on choisit, celui-là était criant, il avait vraiment quelque chose à lui dire.
Faustine n’en revenait pas ! Tout autour d’elle avait pris une autre dimension. Les objets aussi semblaient avoir absorbé le silence, mais sans l’ivresse, le vertige.
La mort lui sauta alors au visage, plus encore que l’absence, par la non présence définitive qui flottait ici, jusque dans l’air respiré.

Elle pensa soudain à ces trous noirs qui absorbent les étoiles et toute la matière qui s’approche trop près. Était-ce cela le but de la vie ?

Faustine à cet instant manqua de courage.
Elle s’assit, sans prendre le temps de se dévêtir, sur la première chaise à sa portée.
Pourquoi résister… Jusqu’à cette minute, elle avait tenu devant tous, droite, un peu fermée, pouvant paraître hautaine. C’est qu’elle avait agit telle une automate, avançant serrée dans la gaine du malheur même, et ravalant son chagrin. Le corps sait très bien mettre l’esprit à l’abri quand la situation est trop extraordinaire pour être supportée.

Mais là, devant le chemin à parcourir, face à cette solitude, aux choses toutes simples à réapprendre, ses larmes se mirent à couler.

Vibrations invisibles

 

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Vibrations invisibles

Portées par tant de voix

Qui nous parlent d’un monde

Que nous ne savons pas.

 

Notre royaume est fait

De baumes et d’ivresses

De douleurs et de joies

Sur des chairs éphémères.

 

Ondes universelles

Briques de l’infini

Qui caressez nos vies

Comme pluie sur du verre.

 

Mon souffle, mon apnée

Pour quelle destinée

Mon esprit est coiffé

Que mon corps ne sait pas.

La vie dans la vie

 

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Sous la cassure des vagues

L’horizon infini

Tangue et se versifie

La douce poésie

Est césure à mon âme

Quand de l’or sur la flamme

Chahute la cadence

Céladon de mes yeux

À l’heure dite  bleue

Dessine le silence

Impénétrable, immense

De la vie dans la vie.

Une fenêtre s’ouvre, une se referme

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De la traversée du temps.

Une fenêtre s’ouvre sur l’extérieur, une autre se referme sur l’intérieur. Entre ces deux attitudes, le battement de la vie.
Et si en se fermant nos yeux s’ouvraient à nouveau, comme la toute première fois, tels ceux du tout-petit enfant, dans la candeur et la transparence, dans l’éblouissement du cœur. Tout se dit, s’écrit, aux deux extrêmes de la vie et c’est peut-être dans ces deux périodes, très intenses, que nous savons d’instinct ce qui n’a plus besoin d’être révélé.

Derrière sa fenêtre

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Vilhelm Hammershøi 🎨

Debout, derrière sa fenêtre, elle attend ! Mais au fait, elle attend quoi ? À vrai dire, elle n’avait fait que cela de toute sa vie, attendre. Qui, quoi, quel, lequel, et pourquoi ? Était-ce une chose, un être, un rêve, son double?  Quel sauveur viendrait l’arracher à cette fenêtre, lui donner l’envie de l’ouvrir pour que l’air pénètre son intérieur… Serait-ce un père, un fils, un amour, un ami, un Dieu peut-être ? Toute attente est prétexte à la sclérose. De l’autre côté, la vie défilait ; celle qui chante, qui vibre, qui prend tout : les orages, les crachins, les pluies qui fouettent le visage, qui inondent les plaines et celles qui les nourrissent. Les gouttes qui s’accrochent aux carreaux glissant tels des remords. Elle pouvait voir ainsi toutes les pluies, mais aussi tous les soleils, ceux des douceurs et ceux des morsures. Elle aurait aimé pourtant qu’un vent disperse toute cette nostalgie embuée derrière la vitre, et que son chant emporte avec lui quelques trilles de ses silences.

La vie était hors, dehors, mais pas en elle. Peut-être, en désespoir de cause, casser la vitre ? Pour y voir plus clair ? Mais alors quoi faire de tous ces débris qui joncheraient le sol ? Il n’y aurait pas seulement des éclats de verre à terre, mais aussi des souvenirs, des rires, ceux qui partagés dans un mimétisme font danser la lumière. Il y aurait des espérances, des solitudes, des joies et des chagrins. À vouloir quitter cette vie de derrière la fenêtre ne prenait-elle pas le risque de tout perdre, jusqu’à cette vie même qui lui semblait si peu…

Remettre à demain… Le soir tombe déjà. Bientôt elle ne verra plus au dehors, les rêves rempliront tout l’espace. Demain peut-être, un vent doux comme un sourire viendra non pas la délivrer, mais lui donner la force de se projeter dans le temps du réel et de danser avec lui.