Est-ce la brume ou ma vision qui s’ennuage ?

 

Est-ce
la brume
ou
ma vision
qui
s’ennuage ?

L’horizon
incertain
décime
mon espérance
nappe
la nébuleuse
du plaisir
recouvre
de lambeaux
opaques
la promesse
déverse
son encens
au val
de ma mélancolie.

 

Caspar David Friedrich 

Le Voyageur contemplant une mer de nuages

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Du pouvoir du rêve sur l’esprit et le corps.


Du pouvoir du rêve sur l’esprit et le corps.

Le rêve plus réel que le réel quand il finit par investir le corps, jusqu’à le phagocyter.
Mais que ferions-nous d’un réel qui ne serait traversé par l’inouï ?

La poésie pour support.

Le ciel contient tant de bleus que l’azur pourrait bien s’y perdre, et que dire de la mer qui le reflète si bien ?
La réalité pourtant est que 2% seulement de la couleur observée est due aux reflets célestes.
Le réel, tel que nous le concevons, ne dependrait-il que de la perception que nous en avons ?

Je veux garder la dissonance du rêve, sa fraîcheur, son illimité. C’est lui qui me fait vibrer, provoque mon imaginaire.

Là où le réel limite, cloisonne, le rêve ouvre les portes de l’esprit, débride la conscience. Aucune porte ne lui résiste. Le rêve est la clef du trousseau vie qu’il ne faut jamais perdre.

Je vis en poésie, ne me réveillez pas !

 

 

 

 

La résilience de la nuit c’est son aube.

C’est là que tout a commencé…

On n’imagine pas de quoi sont faits nos radeaux de survie.
On aimerait que l’embarcation soit et solide et légère. Choisir des bois flottants qui n’ont pas vocation à durer, mais juste résister le temps du passage d’une rive à l’autre, ou jusqu’à ce gué où la rivière moins profonde semble se verdir.

L’écriture est un autre radeau. Celui-ci est fait de papier, de signes, d’encre noire que les phrases finissent par déliter.
L’écriture ne comble rien, elle n’est qu’un support, un passeur.

La résilience de la nuit c’est son aube.

Une transition nourrie de nuit en recherche de jour.

Sans rien vouloir effacer, assécher, il faut beaucoup d’aubes : ses lavis d’aquarelles, ses nuances déposées sur l’humide des larmes, pour juste se laisser approcher, émouvoir. Tel un effleurement à la soie sur la blessure, et de cette caresse faire un début de joie.





Haïkus en Janvier

 

 

 

Ses sandales ailées
au passage de l’Amour
tressaille la feuille

La force du chêne
la tendresse sous l’écorce
l’amour son essence

Que tombe la neige
la joie des enfants piétine
au sol les chagrins

L’amour, l’amitié
notre plus grande richesse
de l’or dans l’obscur

Poète est l’hiver
qui confie aux perce-neige
sa blanche lumière

Ton monde n’est pas tout du monde

La pluie n’avait cessé de tomber de toute la journée. Avec le jour qui finissait, des ombres s’étiraient sur les bas-côtés de la route, débusquées du fossé par le halo jaunâtre des phares du véhicule.

Était-ce à cause de la fatigue, de cette pluie incessante, ou du bruit de métronome railleur et monotone des essuie-glaces sur le pare-brise, mais cette route ne semblait jamais devoir finir.

Il y avait pourtant du bon à traîner ainsi en chemin, un avantage certain.
Comme laisser l’esprit vagabonder, dissocié du réel.
Le charme de la monotonie d’un temps qui n’a rien à perdre, rien à gagner.
Un temps pour rien. De ce rien qui s’étire sans autres choses à dérouler que cette route qui défile.
Les mains sur le volant comme seule attache.

Et puis personne ne l’attendait.
Personne non plus pour dévier ou stopper le véhicule. Seul le manque d’énergie pourrait venir à bout de cette course.
La route pouvait bien s’éterniser.

Ce sont toujours les derniers kilomètres qui sont les plus longs, les plus éprouvants.
Pourtant le paradoxe est bien celui de vouloir retenir jusqu’à l’éprouvant quand il signe la fin d’un parcours.
Aussi on décélère autant que faire se peut.

À présent la nuit avait tout recouvert.
On ne distinguait plus les champs ni les fermes isolées perdues entre deux villages.

La fatigue gagnait jusqu’aux yeux qui clignaient dangereusement hypnotisés par la route.

Coup d’oeil dans le rétroviseur :

On dit : c’était mieux avant !
L’avant oblige à l’après. Pourtant envisager un avenir c’est déjà être infidèle au présent.

Dans le rétroviseur un panneau indique  » Le manque ». Ce n’est ni une commune, ni un lieu-dit. Non,  » Le manque  » ne sert qu’à dissocier l’avant de l’après ; ce qui s’est perdu en chemin.

Dernière ligne jaune à ne pas dépasser. Dernier virage…


Quelques tours de roues dans le vide fendent l’air.
Les essuie-glaces comme une plainte battent déjà une absence.
La pluie a cessé de tomber.

La route seule continue de s’écrire sans main pour en tenir la plume.
La plume est redevenue plume, libre et légère dans le vent.

Ton monde n’est pas tout du monde.

 

 

 

L’échappée belle restera imaginaire…

Elle ne poussera pas la porte.
Elle sait déjà qu’elle n’ira pas voir ce qui se trouve de l’autre côté.
L’ouvrir ? Maintes fois elle y avait pensé, mais toutes ces clefs n’appartenaient qu’à ces songes édifiés pour aider à vivre, et on ne peut rien contre ses propres verrous.

L’échappée belle restera imaginaire…

Les images, elle savait les évoquer. Mettre un visage sur l’amour était même une de ses activités favorites.
Cela passait par l’écriture, le poème.
Là, toutes les portes étaient à ouvrir sans crainte de se confronter au réel.
Un passeport sur l’ouvert, l’infini des grands espaces vierges.
Fleurs sauvages, paradis artificiels ; sans drogues… un parfum, mélange d’anis étoilé et d’opium, enveloppait le berceau de l’imaginaire.
Tout à visiter, à découvrir.
Même sa part d’ombre ne pouvait se refléter sans être absorbée par ce puits aux parois glissant sur la lumière.

Est-ce nous le passant
Ou cette vie
Qui nous échappe
Et que nous tentons
De rattraper ?

Ou de dépasser par le rêve.