Quand l’auto-guérison du cœur Changera le chardon en fleur

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Retenu le parfum des fleurs
Attend pour exhaler son heure
Nous ne faisons qu’aller, venir
En nous l’infini qui respire.

Notre âme sait déjà son chant
Elle est le fleuve et l’océan
Rien ne sert vouloir retenir
En nous l’infini qui respire.

La sève qui monte et descend
Dans l’homme se contient l’enfant
Aucune ride à venir
En nous l’infini qui respire.

Quand l’auto-guérison du cœur
Changera le chardon en fleur
Notre genèse en avenir
En nous l’infini qui respire.

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Une matinée étrange

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Coiffé sous un halo de brume, le jour s’attardait derrière la fenêtre. A l’intérieur c’était encore la nuit. Les lourds rideaux, encadrant les ouvertures, avaient été tirés pour laisser la chambre dans la pénombre et la préserver ainsi de la chaleur annoncée, tambour battant, par les médias depuis quelques jours.

Cela aurait pu être un matin comme les autres, pourtant il n’en était rien. Le temps semblait s’être arrêté ou plutôt en attente d’un événement qui viendrait bousculer l’ordre habituel. Un événement insolite, quasi extraordinaire.

Ce matin-là, Louise n’entendit pas, comme à son habitude, la sonnerie du radio-réveil. Un mal de tête intense, couplé à l’ engourdissement de ses membres, semblait vouloir la clouer au lit pour le restant de la journée. La peur arriva quand elle voulut bouger un de ses orteils, puis un de ses doigts, puis une jambe, et que rien ne se passa. L’angoisse monta encore d’un cran en constatant qu’elle n’arrivait pas non plus à ouvrir les yeux.

Elle pensa d’abord être dans un cauchemar. Elle allait se réveiller et tout redeviendrait normal. Ou alors elle était dans le coma ; c’est ainsi qu’elle imaginait le coma, elle avait même vu des personnes dans cet état à l’hôpital, ne pouvant ni bouger ni communiquer. Mais pour quelle raison un coma ? Elle ne se sentait pas malade, hormis cette grande fatigue qu’elle traînait depuis plusieurs mois. A la batterie d’examens que le médecin avait prescrits, rien de bien méchant n’avait été trouvé.

Se rendormir ou forcer l’éveil, tout plutôt que cet entre-deux. Hélas, il semblait à Louise aussi difficile de se rendormir que de sortir de cet état. L’angoisse tourna à la peur panique sans qu’aucun muscle de son visage n’en soit le témoin. Combien de temps dura cette lutte dans une inertie imposée, une éternité pour Louise certainement, tant il paraît impossible d’évaluer le temps dans ces circonstances.

Tandis que son mal de tête se dissipait, elle put enfin soulever une paupière, puis l’autre, bouger une main, puis l’autre, enfin tout le corps et se redresser peu à peu.

Elle se dirigea vers la fenêtre pour l’ouvrir. Un souffle glacial pénétra la chambre. Elle ne remarqua pas tout de suite la brume extérieure qui s’engouffrait à l’intérieur de la pièce et qui maintenant la suivait telle une ombre blanche ; la chambre après son passage ressemblait à un bain laiteux. Encore fragile, elle dut s’appuyer à la rampe de l’escalier pour descendre, pendant que le cotonneux nuage remplissait les lieux derrière elle, au fur et à mesure de son avancée.

Il faut que j’écrive cela, sinon personne ne me croira. Elle se dirigea vers son ordinateur, c’est là qu’elle consignait ses écrits. Sa surprise fut grande en constatant que ses comptes twitter et wordpress avaient été fermés ainsi que sa messagerie. Plus aucun lien, elle se retrouvait seule, isolée, dans une maison remplie de brume.

A présent, elle craignait que la brume ne pénètre jusqu’à son propre corps. Ce matin tout semblait possible.

Pas de panique, tout a un sens ici-bas et cette matinée étrange devait en avoir un. Il fallait se raccrocher à quelques chose de palpable, de tangible, d’habituel, mais d’abord se rafraîchir le visage et les idées. Certes, rien de ce qui se passait ici n’était normal, mais les mystères ne sont-ils pas faits pour être démystifiés ?

Louise avait toujours eu la tête sur les épaules, mais sentit un peu de sa confiance s’ébranler en constatant que vêtements et affaires personnelles n’étaient plus en place. On la disait ordonnée, au point d’ aller à l’aveugle rechercher un chandail ou un chemisier dans une armoire.

Son piano, lui, était bien là, ouvert. Les partitions posées à leur emplacement habituel. Elle allait pouvoir jouer ; elle ne savait plus vivre sans musique. Elle s’assit et commença à entamer un Nocturne de Chopin. Elle aimait particulièrement cet op.9 n°2, délicat et nostalgique. Ses doigts reprenaient vie, légers, souples, agiles. Jamais elle n’avait aussi bien joué. Tandis que son corps se détendait, la brume autour d’elle commença à se dissiper, laissant place peu à peu à une belle lumière, très douce. Les notes et la lumière maintenant emplissaient tout l’espace, formant un égrégore joyeux. La lumière courait dans ses cheveux après avoir glissé sur sa nuque, au rythme de la musique.
Tout ce qui était obscur devenait lumineux. Elle ne pouvait plus s’arrêter de jouer, c’était comme si la lumière le lui demandait.

Notre pensée n’influe pas seulement notre humeur, notre bien-être, notre santé, elle imprègne aussi les choses auxquelles elle donne vie.

C’est à ce moment, dans cette musicalité propre à Chopin, que Louise entendit qu’on l’appelait. La voix disait : «  Maman… maman… » La voix s’accrochait aux notes, les prenant comme support, tantôt douce, tantôt plaintive, allant jusqu’à former une phrase : « Maman, si tu m’entends, si tu es là, dis-moi que tu vas bien »…
Étrangement, sans savoir pourquoi, Louise répondit à la voix : » Je suis là, Je vais bien ». Après tout, depuis ce matin, rien n’était ordinaire ou logique, et même l’impossible devenait probable, perdant ainsi en étrangeté.

Le temps ne semblait plus avoir d’importance, les limites entre les mondes se fracturaient jusqu’au délitement. Il fallait remettre une chronologie, raccrocher le temps au monde réel. Elle se revit petite fille, puis adolescente, jeune femme et maman. Elle ressentit les émotions de l’enfant et de l’adulte, vécut de nouveau les chagrins et les joies dans toute leur intensité. L’instant présent contenait tout son vécu. Elle comprit d’instinct que rien ne se perd, ni de nos pensées ni de nos actes. Que cet ensemble nous constitue autant qu’il nous dépasse et que se trouve tapi là, dans cette mémoire, sans cesse remaniée, renouvelée, jamais inerte, et pourtant indivisible, la composante de notre âme.

Puis Louise se leva et ouvrit la porte qui donnait sur le jardin. La brume, à présent totalement dissipée, laissait place à un ciel bleu de toute beauté.
Quelques pas plus avant, dans la partie délimitée que l’on nomme potager, elle aperçut son mari. Il lui apparut un peu vieilli et triste. Le potager avait pris de l’ampleur et le cabanon du fond n’existait plus. Elle avança vers lui, lança un  bonjour ! et un sourire. Lui, ne la voyait pas, ne l’entendait pas.

Et elle comprit.

L’inaudible aux vivants

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L’invisible est sœur de l’étrange
Ce qui ne se voit pas dérange
Ce qui ne se voit pas se perd
Le ciel à l’aveugle est désert.

Le monde semble entendre mieux
Ce qu’il discerne avec les yeux
Serait-il un sourd de naissance
À ce qui ne sert pas la science ?

Une onde court sur le néant
Elle en concentre tous les chants
Et sur la partition du monde
L’unique note vagabonde.

Une entité au cœur immense
Un murmure né du silence
Perce le monde de l’absence
Et de l’inaudible aux vivants.

Aux mille fleurs de saison, la sève est respiration

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On ne fait que colmater
Les brèches de son passé
Naviguer dans les eaux troubles
En recherche de son double
Quand il nous faudrait construire
Façonner un avenir.

Aux mille fleurs de saison
La sève est respiration
Vois ! Ce bleu à la fenêtre
Une invite qui pénètre
L’intérieur de la maison
Et le peu de ta raison.

N’attends pas pour respirer
Du soir la douce vesprée
Boucle vite les valises !
La lagune de Venise
Garde en ses eaux les secrets
Et des amours le reflet.

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Notre appétit est grand, mais notre temps limité

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À remplir les espaces
Nous nous ingénions
Grande est notre impatience
À mêler notre haleine
Au souffle des lointains
Le Graal est à ciel ouvert
Mais nous ne savons plus
Comment boire à sa coupe
Sans y tremper des lèvres
Assoiffées de paroles
Quand c’est par l’indicible
Que le mythique vase
Ouvre sur les délices
Notre appétit est grand
Mais notre temps est limité
Et de notre passage
Nous ne laisserons
Au mieux
Qu’un peu de sable
Qui retournera à la mer.

Se souvenir des déjeuners sur l’herbe au temps des cerises

« Le temps des cerises »

Quand nous chanterons le temps des cerises,

Et gai rossignol, et merle moqueur

Serons tous en fête !

Jean-Baptiste Clément.

Se souvenir des déjeuners sur l’herbe, au bord de la route, quand le Tour de France doit faire étape dans la région, et ainsi passer à quelques mètres d’où les familles se sont installées pour la circonstance.

Devenir supporter d’un jour…

– Vas-y Bobet !

Faire une table de la nappe de cuisine vichy rouge et blanc à grands carreaux, s’asseoir autour en tailleur, ou jambes allongées sur le côté pour les dames aux jolies robes en cotonnade.

Du coffre de la 4 CV Renault ou de la deudeuche (cette dernière bien pratique avec son siège avant démontable), sortir le grand panier recouvert d’un torchon, lui aussi à carreaux, contenant : poulet en gelé,camembert, teurgoule, cerises et cidre bouché du pays d’Auge.

Garder quelques cerises pour les accrocher à ses oreilles.

Se confectionner un chapeau de fortune avec le dernier Ouest-France afin de se protéger du soleil.

Entonner le temps des cerises au dessert, avant de sortir le jeu de cartes pour une belote à quatre.

S’amuser de voir se précipiter grands et petits quand la caravane publicitaire distribue casquettes et bonbons.

Applaudir les coureurs, et dans un même temps crier aux enfants qui courent sur le bord de la route derrière les premiers cyclistes: attention !

Se dire que le père gardera les marques du Marcel quand il quittera son maillot de corps.

Espérer rentrer à temps à la maison pour ne pas manquer « Les misérables » retransmis par le théâtre de la jeunesse sur le petit écran.

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Il me faut endormir ce chagrin à présent

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Il me faut endormir ce chagrin à présent
Sur mon cœur le tenir, le bercer tendrement
Telle une jeune mère offre l’apaisement
En posant sur son sein la tête de l’enfant.

Celui-ci n’a plus peur, il ferme doucement
Ses yeux humidifiés par la brume du temps
Et s’il sursaute un peu dans ce sommeil sans songe
Au-delà du soupir c’est la vie qui s’allonge.

Il me faut endormir ce chagrin à présent…

Où vibre l’insaisissable

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Entre nous et l’invisible il y a cet intermédiaire auquel nous prêtons rarement attention, pourtant présent partout où vibre l’insaisissable, mais qui passe de façon si subtile et inattendue que nous avons du mal à le discerner, faute de ne voir pas plus loin que notre regard.

L’indiscernable partout où nos yeux sont fermés, l’impalpable où nos mains sont liées. Entre ces deux fuyants qui nous subjuguent, entre le visible et l’invisible, passe l’inépuisable instant qui s’en va et que nous n’avons pas su approcher, encore moins retenir.

Il y a bien ces tableaux accrochés sur nos murs qui nous parlent des choses enfouies, remontées à la surface le temps de toucher l’esprit du peintre, puis venues se déverser sur la toile comme un petit miracle.

Ou ces notes mystérieuses, parfois lugubres, échappées d’un violoncelle, qui parlent la langue d’un monde étrange propre à son compositeur.

Et encore cette brume effleurant un château sans âge, qui se délitera dans l’espace, perlée de morceaux de ciel, insaisissable elle aussi, sublime, vaporeuse et éphémère.