De désir et de pluie

Jamais nous ne saurons

La joie des grands espaces

Où l’indicible embrasse

De l’amour tous les chants.



Et ces prairies soleil

Ouvertes sur le ciel

Que jardinent au réveil

Des lèvres emmiellées

De candeur et de fièvre

Jamais nous ne saurons.


Jamais nous ne saurons

Ces rendez-vous secrets

Après le déjeuner

Ces échappées sauvages

Ces fabuleux voyages

Au goût d’éternité.



Jamais nous ne saurons

Qu’au détour du chemin

Un malicieux crachin

Aux cabanes retient

Les amoureux transis

De désir et de pluie.

En chemin

Voilà ce que m’a dit un oiseau en chemin
C’est de sérénité que ton cœur a besoin
Et son chant tout empli de sagesse et de grâce
Venait de ces contrées que le mystère embrasse.

L’heure pour toi n’est plus à ces débordements
Ces contraintes des sens, ces faux enchantements
La joie vraie appartient aux âmes libérées
Vaincre ces parhélies sera ton jubilé.


Un tressaillement

Un tressaillement
Une mise au monde
Combien de tourments
Pour une seconde ?

Nos regards croisés
Dans cet hyménée
Ont escaladé
Les plus hauts sommets

Un tressaillement
Une mise au monde
Combien de tourments
Pour une seconde ?

De félicités
En félicités
De ciel et d’enfer
L’imprévu transfert

Ce chavirement
Des sens en émois
Et le désarroi
D’y trouver ma joie.

Forte et fragile

Comme les falaises s’érodent sous le ressac de la mer, de longue haleine et d’usure progressive, le temps gagne sur nos remparts, et cela malgré la distance apparente mise avec l’événement traumatisant.
Les défenses indispensables placées pour tenir s’effritent, le corps décompense ce que l’esprit tente de compenser. La volonté ne peut pas tout. La résilience est patience.
Cet aller-retour de la vague, pleine de sédiments, finit par habiter l’âme, la recouvrir. Il faudrait une nouvelle jeunesse pour en secouer le manteau.

Forte et fragile…

Forte :


D’avoir tenu toutes ces années, debout et droite. Forte d’avoir contourné les dangers, paradis artificiels et autres leurres. Forte d’avoir choisi l’amour pour seule alternative à la souffrance ; l’amour qui panse les blessures, met du baume sur les failles et les manques.
Comment pouvait-il en être autrement…

La passion de la musique, la joie de vivre, le partage des idées, la fraternité, ces valeurs ne pouvaient disparaître avec ton envol.
Il doit y avoir un échange invisible, un égrégore d’énergie qui passe d’âme à âme.
Ta naissance et ta mort (ceci est un tel paradoxe), m’auront tout donné, tout appris.

Pourtant il n’est pas toujours facile d’être à la hauteur de ce que l’on a reçu. Le manque déchiquette plus qu’il ne tranche, à coup de cisailles, ce qu’il faut de volonté.

Forte et fragile…

Fragile :

Ainsi, je ne peux plus écouter le débat sur la fin de vie sans être submergée par la douleur, que mon corps perçoit intacte.

Le temps n’aura donc dilaté, agité, propulsé au gré du vent qu’un ballon de baudruche. Et avec lui toutes les résistances que nous pensions acquises.

Il a posé sa joue sur sa joue endormie

Il a posé sa joue sur sa joue endormie
Elle n’a pas ressenti la fraîcheur de la nuit
Juste un tressaillement au contact du soupir
Qui courait sur les lèvres empreintes de désir

Il faut par la pensée exercer ses pouvoirs
Jouer d’éternité la valse des miroirs
Les nuits de pleine lune à l’amour sont propices
Qui parfument en secret les roses et les lys

Ces retrouvailles hors temps sous la course du vent
Passent tous les obstacles et les atermoiements
Cette fois c’est bien lui venu la visiter
C’est son ami le vent qui le lui a confié

Il a posé sa joue sur sa joue endormie
Elle n’a pas ressenti la fraîcheur de la nuit

Tourment et délice

Je crois qu’à le revoir le cœur ne tiendrait pas
Le voir sans le toucher serait trop grand supplice
Et la joie un tourment et le tourment délice
À ne pas défaillir le jeu devient combat


Mieux vaut le souvenir qui hante les désirs
Retenir la primeur la fraîcheur d’un sourire
De le savoir si loin et si proche à mon âme
Se consume le feu sans en brûler la flamme


L’aurore est une grâce à qui sait en cueillir
La candeur de ces fleurs qui résistent à s’ouvrir
Garder vert le printemps, bleu le premier regard
À l’esprit de jeunesse il n’est besoin de fards


Au creux du lent sommeil les rêves sont légion
Les nuits ne pèsent plus aux corps en pâmoison
J’attendrai du hasard qu’il veuille organiser
Son regard à venir sur le mien se poser.

Ce regard… un peu perdu

Et le sillon engendre et la fosse enfouit,
Et tout se développe et tout s’évanouit « 


Victor Hugo.

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Ce regard…
un peu perdu
presque enfantin
cette interrogation
à la limite
du désespoir.

Les noeuds du passé
enkystés dans le coeur
ne se dénouent pas
dans l’incomplétude.

Ce regard…
un peu perdu
de l’enfance
non libérée
de son passé
l’inachevé
véhicule
ses friches
au présent.

Courir plus vite
que le temps
nos points de côté
sont remplis
de réminiscences
d’albums
aux images
venues tôt nous hanter
fantômes et héros
fabulés
aux aurores de la vie.

Ce regard…
un peu perdu

La liberté du poème c’est d’être indéchiffrable

Mon souffle, mon apnée
Pour quelle destinée
Mon esprit est coiffé
Que mon corps ne sait pas.


Rien de plus secret que le poème.
Son langage musical sublime ce que le réel contraint ; il devient impossible à décrypter tant le ressenti est unique à chacun.
Le poème est l’équivalent de l’étoile, visible quand toujours plus de nuit, cachée à nos yeux quand rayonne une autre étoile, le soleil. Le roman est au plein jour ce que le poème est à la nuit.
Qui sait voir autrement que par les yeux peut étreindre plus facilement l’invisible, se glisser dans l’encre des mots, instruire l’imaginaire de toutes les formes et visages, en inspecter les auras.
Nous voulons absolument interpréter, rendre clair l’obscur, mais il y a autant d’interprétations à donner à un poème que de synapses et de neurotransmetteurs fusionnant d’informations entre cellules.

Le poème s’affranchira de tous les dictats, coulera son écriture en chacun de nous, débordera à la marge, se glissera dans nos mots, nos influences, notre savoir, s’alimentera de nos émotions, de notre vécu.
Car l’étoile nous échappe toujours. Même quand nous croyons la saisir par toujours plus d’imaginaire, c’est de ciel épuré que nous avons besoin pour en discerner quelque peu sa luminosité.

Les retours à la vie


Les retours à la vie
S’inventent des chimères
Font grossir les rivières
Et déborder leur lit.

Ne me demandez pas
Le poids des illusions
Ces fleurs que nous semons
Qui fleurissent au-delà.

Ne me demandez pas
L’agilité du pas
À sauter de l’errance
Vers la reconnaissance.

Toutes ces existences
Leur montée en puissance
Et l’âme suspendue
Au regard attendu.

Qui donc me revient
Que ma mémoire pressent
Dont le corps se souvient
Depuis la nuit des temps.

Les retours à la vie
S’inventent des chimères.

Matin de Pâques chez ma grand-mère 💗

Bien avant notre réveil, la lumière pénétrait la petite chambre. C’est qu’en ce temps-là, notre sommeil faisait le tour du cadran, comme mémé aimait à le répéter.
Les cloches de l’église St Paul retentissaient si fort, que leur son faisait trembloter les cadres photos et le verre delicat de la lampe pigeon.

C’etait Pâques chez ma grand-mère.

Les parents viendraient un peu plus tard. Nous resterions postés à les attendre une partie de la matinée, depuis la fenêtre donnant sur la rue Couraye ; fenêtre d’où nous pouvions observer la circulation, jusqu’à percevoir la voiture ralentir au tournant en épingle à cheveux pour entamer la descente vers le Cours Jonville. À ce niveau nous la perdrions de vue.

Le jeu consistait à être le premier à discerner l’auto. Nous tendions pour se faire notre cou par-dessus le chéneau de zinc tout en y agrippant nos mains d’enfant.

D’ici là, il y avait à faire… St Paul et ses cloches nous rappelaient à l’ordre.

Mémé, dans un silence quasi religieux, vaquait à ses occupations. Sa frêle silhouette semblait glisser sur le temps, sans aucune perturbation autre que le souci du petit déjeuner qui nous attendait, de la table déjà dressée pour le déjeuner et de son fricot, comme elle disait, mijotant sur le coin du feu. Nous faisions donc partie de ce tableau riche en couleurs, en senteurs, fait de bonheur simple et de foi, de ces choses qui ne s’expliquent pas et que l’on ne peut pas nous retirer parce qu’elles sont le socle où s’est constituée, pour une grande part, notre personnalité.

Ainsi immergés dans ce cocon familial, comment aurions-nous pu avoir peur que cette vie-là ne s’échappe ? Le monde se contenait dans notre monde, et notre monde était fait de l’insouciance propre à l’enfance.

Fin prêts, habillés de dimanche, redingote noire cintrée à la taille pour ma grand-mère, chaussures neuves et socquettes blanches pour nous, nous partions avec la légèreté de pas que sont les cœurs purs vers St Paul.

Comme elles sonnaient fort les cloches de mon enfance.

Un matin de Pâques.