Un ciel Stendhalien

« S’il fait beau durant la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 novembre, habillez-vous chaudement et sortez sous le ciel le plus sombre possible en vous éloignant des lumières artificielles. Pendant moins d’une heure, centrée sur 4 h 50 min (temps universel), soit 5 h 50 min en France métropolitaine, des dizaines, voire des centaines d’étoiles filantes pourraient rayonner autour de la constellation de la Licorne, non loin de l’étoile Procyon du Petit Chien, c’est-à-dire au-dessus de l’horizon sud-ouest en Europe, près du zénith aux Antilles et à l’est du ciel en Amérique. »

Guillaume Cannat

 

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Photo : Ciel Stendhalien

Marie scrutait le ciel. Qui n’a pas rêvé en regardant un ciel étoilé à ce rapprochement entre l’immense et l’infime de sa propre vie ?

Puis se dire que ses parents, grands-parents, et tous les aïeux dont elle descendait avaient vu le même ciel, avaient eu certainement ce même questionnement et ce sentiment d’humilité face à cet émerveillement.

Tandis qu’ici-bas tout se bousculait, le temps là-haut prenait son temps. Environ dix milliards d’années, pour une étoile ayant la masse du soleil, avant qu’elle ne s’effondre sur elle-même ou explose telle une supernova. Trois mille étoiles observables à l’œil nu. Vertige. Et ce décalage vers le rouge dû à l’expansion de l’univers, ces trous noirs, cette énergie noire découverte récemment… Marie se dit que le ciel était très Stendhalien.

Partout cette dualité entre énergie et mort. L’ordre dans le désordre. Commencement et fin intimement imbriqués, enlacés. Les lois de l’astrophysique étrangement proches de celles qui régissent les êtres vivants. Impossible de ne pas faire ce rapprochement.

Erreurs spontanées ou causes identifiables, les étoiles peuvent-elles échapper à leur destin ? Sont-elles programmées, elles aussi, pour naître et mourir ?

Marie remonta sur ses épaules le chandail qui venait d’en glisser, d’ailleurs il était temps de se mettre à l’abri du froid.

Elle se sentait fragile et forte en même temps ; fragile de cette vie qui lui échappait, forte d’être là, descendante d’une sélection naturelle ( ce qui n’est pas rien), forte que sa mort participera à ce continuum.

Et si la mort n’était qu’un retour à cette expansion continue et sans fin… la vie une erreur de parcours (telle une cellule qui s’échappe et devient autonome, pour en revenir au corps humain).

Josette Hersent.

Les vers du poète

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La nuit chuchote au jour quelques vers du poète

Endormi pour toujours dessous la gloriette

Plus rien ne chante ou danse en dehors cet écho

Transporté par le vent ou l’aile de l’oiseau.

 

Les arbres sous l’effet de la métamorphose

Recouvrent de bleu cyan les mauves et les roses

Avant que de glisser leurs branches alanguies

Dans l’onde aux doux reflets où dort la poésie.

 

Me souviendrai-je alors dans ce décor ouaté

Du matin, de son chant, de sa douce clarté

L’amour épelle au ciel ses lettres de noblesse

Et combien de regrets ici-bas je vous laisse.


 

Mais où s’en va mourir l’amour ?

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La nuit ne serait plus la nuit

Sans alternance avec le jour

Mais où s’en va mourir l’amour

Privé de soleil et de pluie ?

 

Rejoindre l’indicible amour

Qui engendre tous les amours

Ce que l’infini a touché

Ne peut être désenchanté.

 
Aucun humain pour le ravir

Le remède au mal serait pire

Plus rien ne pourra l’abîmer

Au ciel son amour prisonnier.

 
Il n’a pas retenu sa main

Alors elle a pris son envol

Dans la brume de son chagrin

Un oiseau aux ailes brisées

Sans un cri a frappé le sol.

Dans le tableau en couleurs

Elle se tenait là

En léger retrait

Déjà invisible

À l’œil incertain

Je la regardais

Imbibée de nuit

Ombrée de silence

Campée d’innocence

Dans la non-conscience

De son corps défait

Les autres appréciaient

Heureux d’être là

La douceur du temps

Ou bien simplement

D’être encore vivants

Et ce tableau gai

Mouvant de couleurs

Donnait à cette âme

Une aura étrange

Et désincarnée

Je la regardais

Et me rapprochant

Du tableau troublant

Je vis ce regard

Qui était le mien.

 

 

Quelques haïkus

La voix du poète

au crépuscule d’un monde

la lueur perdue

 

La vie devant soi

nous ne faisons que courir

pour la rattraper

 

Oh ! Mélancolie

bleui l’automne recouvre

le ciel des saisons

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Tout au long du jour

dispenser un peu du bleu

volé à la nuit

 

Le monde a perdu

la confiance si chère

à ses indignés

 

Regard spirituel

le plus beau ciel qu’il y a

c’est celui qui s’ouvre

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Le calme des cimes

face au brouhaha d’un monde

instruit par les hommes

 

S’ils fabulent un peu

les mots ne mentent jamais

sont plus grands que nous

 

L’éternité coule

dans le silence des hommes

vers l’inachevé

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Puisqu’il faut silence

retenons de nos paroles

jusqu’à leur écho

 

Vivons notre automne

équinoxe flamboyant

entre jour et nuit

 

Il faut composer

le destin trace un chemin

avec le hasard

 

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De combien de lunes

brunies dans sa chevelure

le vieil if témoin

 

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Dans le creux de sa paume

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Dans le creux de sa paume une poignée de sable

Trophée de ce réel mouvant et périssable

Qu’importe la genèse, roche friable ou dure

Le temps en maître d’œuvre érode les blessures.

 

Quand Éros doucement glisse vers Agapè

C’est tout l’être gagné par la félicité

À sublimer l’amour plutôt que l’asservir

Comme il est bon d’aimer sans ne plus en souffrir.

« Dans la main du silence »

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Bonjour,

Les Éditions du Chameau lancent une souscription en vue de publier mon nouveau recueil de poèmes intitulé « Dans la main du silence ». J’espère que vous serez nombreux à participer au lancement. Le principe est simple : il faut un certain nombre de souscripteurs pour que la fabrication du livre soit lancée. Les personnes bénéficient d’un tarif plus intéressant pour les remercier de leur participation. Les chèques ne sont encaissés qu’au moment de la mise en fabrication. Vous avez toutes les indications dans le lien ci-joint.

http://editionsduchameau.free.fr/souscriptions.html#silence

France métropolitaine uniquement pour la souscription.

Je vous remercie à l’avance, et vous espère nombreux à participer à la réalisation de ce projet.

Josette Hersent

N’hésitez pas à faire suivre  à vos contacts, ce qui participera à faire connaître ma poésie.

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Au détour du chemin

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Jamais nous ne saurons

La joie des grands espaces

Où l’indicible embrasse

De l’amour tous les chants.

 

Et ces prairies soleil

Ouvertes sur le ciel

Que jardinent au réveil

Des lèvres emmiellées

De candeur et de fièvre

Jamais nous ne saurons.

 

Jamais nous ne saurons

Ces rendez-vous secrets

Après le déjeuner

Ces échappées sauvages

Ces fabuleux voyages

Au goût d’éternité.

 

Jamais nous ne saurons

Qu’au détour du chemin

Un malicieux crachin

Aux cabanes retient

Les amoureux transis

De désir et de pluie.

 

Vivre l’instant présent

J’ai dû froisser souvent ta belle intelligence

Pardonne à ta maman ce délire de souffrance

Quand le cœur est blessé, le cerveau ne répond…

Pas toujours en trouvant les mots de la raison.

 

J’ai si souvent perdu de ces instants précieux

Quand le compte à rebours je lisais dans tes yeux

Alors j’anticipais le terrible avenir

Faisais fuir le présent en présumant le pire.

 

Accepter ? Impossible ! Se remettre en questions

Admettre de compter sur mes doigts tes saisons ?

Je suis restée maman, jusqu’au bout, jusqu’au pire

Et ma peur recouvrait tes grands éclats de rire.

 

Vivre l’instant présent, je n’ai pas su le faire

Si le temps permettait un retour en arrière

Je ferais de ta vie une orgie de lumière

De tes derniers instants une paix printanière.

 

Dépasserais mes peurs et mettrais du bonheur

Dans mes yeux , dans mon cœur, pour que jamais la peur

N’attriste tes derniers printemps sur cette terre

Et que la joie te garde du frimas de l’hiver.

 

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