La mort du chien Victor Hugo

Un groupe tout à l’heure était là sur la grève,
Regardant quelque chose à terre : « Un chien qui crève ! »
M’ont crié des enfants ; voilà tout ce que c’est !
Et j’ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.

L’océan lui jetait l’écume de ses lames.
« Voilà trois jours qu’il est ainsi », disaient les femmes.
« On a beau lui parler, il n’ouvre pas les yeux »
« Son maître est un marin absent », disait un vieux.

Un pilote, passant la tête à la fenêtre,
A repris : « le chien meurt de ne plus voir son maître!
Justement le bateau vient d’entrer dans le port.
Le maître va venir, mais le chien sera mort! »

Je me suis arrêté près de la triste bête,
qui, sourde, ne bougeant ni le corps ni la tête,
Les yeux fermés, semblait morte sur le pavé.
Comme le soir tombait, le maître est arrivé,

Vieux lui même, et, hâtant son pas que l’âge casse,
A murmuré le nom de son chien à voix basse.
Alors, rouvrant ses yeux pleins d’ombre, extenué,
Le chien a regardé son maître, a remué

Une dernière fois sa pauvre vieille queue,
Puis est mort. C’était l’heure où, sous la voûte bleue,
Comme un flambeau qui sort d’un gouffre, Vénus luit ;
Et j’ai dit : « D’où vient l’astre ? où va le chien ? ô nuit ! »

L’estran déserté

L’estran est déserté
De ses amours de sable
Figé dans l’ineffable
L’esprit est vagabond
Il erre hors la saison
Les voyez-vous passer
Ces âmes du passé
Ces frêles libellules
Bleuies au crépuscule
L’espace d’un instant
Un arrêt près du banc
Avant que l’océan
Et le ciel ne se fondent
Au seuil d’un nouveau monde
Le cœur est à l’étale
Tangente d’horizon
Sur la nuit qui s’étale
L’été a ses passions
L’automne ses raisons
Sont les amours d’été
Et l’estran déserté

Le rêve inachevé porte en lui l’infini

Je vous ressens si bien se peut-il que mes sens
De votre âme aient volé toute la quintessence ?
Le rêve inachevé porte en lui l’infini
Et vous êtes le soir et l’aube de ma vie


Ainsi en ce moment vous seriez près de moi
Que le ciel ne pourrait me donner plus de joie
Je rêve de matins tout frissonnants de fièvre
Sertis de fous baisers dont vous seriez l’orfèvre


On ne peut négocier au ciel l’inexprimable
L’indicible se mire aux vasques bleues des âmes
Aux ailes des moulins précieux est le vent
Tel le rêve à la vie son souffle tout autant


Comme une vague pleine attendue sur la grève
Comme la fleur saisie par la poussée de sève
Je vous ressens si bien se peut-il que mes sens
De votre âme aient volé toute la quintessence

L’inachevé

Vous, ma différence
mon désir inconnu
Vous, la fleur et la lance


Vous, la quintessence
la versification
du poème en puissance


Vous, la rémanence
la nostalgie intense
d’un été buissonnier


Vous, ma préférence
le non élucidé
l’énigme d’un portrait


Vous, mon imprudence
le passant, l’horizon
de l’estran la mouvance


Vous, mon alternance
de joie et de tourment
l’énigme et l’énoncé


Vous, la confluence
de mon rêve lucide
la présence en l’absence

Poésie automnale

https://studio.youtube.com/video/UIqPOP7eF7U/edit

J’aurais pu vous aimer promenades en forêts

Vos grands pins, vos cours d’eau, vos feuillus, vos fourrés

J’aurais pu apprécier vos arbres centenaires

Vos cèpes après la pluie surgissant de la terre.

J’aurais pu imprégner mon cœur et puis mes sens

Plonger sans retenue dans toutes les essences

Ces odeurs exhalées, différentes, selon…

L’heure de la balade ou du temps, la saison.

J’aurais pu à l’avance en ramassant les mûres

Me délecter pensant au goût des confitures

Quand nos vélos suivaient la route des abeilles

Ces chemins ombragés, mouchetés de soleil.

Ils sont si naturels ces instants de la vie

Difficile d’accepter qu’un jour ils soient ravis

Tout ce qui nous entoure a le goût de l’absence

D’hier et d’aujourd’hui… je fais la différence.

J’aurais pu…

Le vase brisé… Sully Prudhomme

Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé ;
Le coup dut l’effleurer à peine :
Aucun bruit ne l’a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D’une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s’est épuisé ;
Personne encore ne s’en doute ;
N’y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu’on aime,
Effleurant le coeur, le meurtrit ;
Puis le coeur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n’y touchez pas.

La Mélodie du vent

Ce jour, j’ai entendu la mélodie du vent

Je le croyais auteur, il n’était qu’instrument

Mélodie déposée au creux de mon oreille

Arrivait c’est certain du pays des Merveilles.

J’étais à me laisser porter par le courant…

Du flot de mon chagrin, devant ta sépulture

Mon âme mise à nue, sans fard et sans armure…

Scrutait le marbre lisse et le poids du néant.

La froidure du temps paralysait mon corps

À lever le regard, je devais faire effort

C’est alors que le son me parvint aux oreilles

La symphonie du vent me parlait ton éveil.

Je le croyais auteur, il n’était qu’instrument

Impossible à saisir, sortait-il du levant?

C’est un souffle de vie guidé par une main

Que ce souffle divin sur ta tombe au matin.