Ces souvenirs que l’on voudrait garder éternels

Au creuset de notre finitude, il y a ces souvenirs que l’on voudrait garder éternels, qui pourraient bien muter, du plus tenace au plus fuyant, dans un remodelage constant de la pensée.

Instants passés, instants présents, faux souvenirs, tous glissent du grand bain fluctuant de l’intemporel dans notre propre temporalité pour finir remaniés.

Ce que nous pensions immuable en notre esprit suit son propre rythme, son autre voie, sa cohérence. Chaque instant si précieux dans sa fulgurance qu’il serait urgent de retenir : qu’il devienne reflet plus puissant que l’image, songe plus réel que la nuit qui le nourrit, brillante aura d’un silence annoncé.

La lenteur du processus pourrait nous leurrer, nous faire croire que nous sommes seul décideur de ce qui restera de nous après transformation de notre glaise.

Sans succès.

La destinée chahute nos certitudes, parois le fondement même de nos acquis, et cela de façon si subtile que nous ne voyons pas toujours les transformations, car c’est seulement en surface que les choses se perdent, la vie est de digestion lente.

Nous oublierons presque toujours et nous oublierons d’oublier souvent, nous ressasserons ce que nous avons cru sauver ; ce leurre. Ce que notre mémoire a plus tricoté, raccommodé, que tissé.

Nous ne transmettrons rien qui sera calqué sur l’instant T. L’instant de la dernière image, celle composée de milliers d’images à jamais floutées d’incertitude.

Peut-être quelques écrits…

La brume d’un matin d’hiverDécimait les grands sapins verts

La brume d’un matin d’hiver
Décimait les grands sapins verts
Deux âmes empreintes de mystère
Du voile semblaient fendre l’air.


_ Étiez-vous si lointain mon joli souvenir ?
Tant de jours ont passé et ces heures à me fuir
Ont posé sur mon cœur un voile à le ternir
Donnez-moi votre main pour les temps à venir.


_ Ma foi, je vous cherchais, dans d’autres jolies âmes
Vous n’étiez à mes yeux rien de plus qu’une femme
Si j’ai brûlé mon cœur à faire le joli
À toutes les aimer, mon âme j’ai trahie.


La brume d’un matin d’hiver
Décimait les grands sapins verts
Deux âmes empreintes de mystère
Du voile semblaient fendre l’air.

Les fissures du manque retiennent les adieux

Nous draperons de bleu
Les contours de l’immense
Les fissures du manque
Retiennent les adieux
Les mots sans leur mystère
Sont des corps au tombeau
Aux ailes rabattues
Le ciel reste couvert
Une plume s’invite
À briser le sarment
Vertical du temps
Les mots seuls ne suffisent
Il faut mettre du rêve
Aux semelles du vent
Naviguer dans le rien
Pigmenter d’outremer
De Lapis-lazuli
Nos songes éphémères
Nos rêves ensevelis
Par l’espoir amoindri
Mais que le cœur retient.

Sortir de l’ombre ou sortir de soi ? Elle attend quoi ?

Le temps avait fini par s’écouler, mais comme le ferait une pluie d’avril, sur un sol pauvre, caillouteux et sec. Une pluie qui ruisselle en surface, sans s’infiltrer, et sans venir nourrir en profondeur ce qui pourrait percer, éclore.

Elle ne se souvenait pas avoir jamais mis le nez dehors. Le monde à l’extérieur doit être merveilleux pensait-elle souvent, tout en rêvant depuis sa nuit à la lumière du jour.

Depuis combien de temps était-elle en attente d’une pluie qui irrigue jusqu’à ses racines, d’un soleil qui répand en surface chaleur et joie.

L’espoir malmené, mal armé, finit par ne plus combattre.


Vaste, si vaste, le monde au dehors…

Une peur ancienne, irraisonnée, sourdait en son coeur.

Et si la miraculeuse eau arrivait jusqu’à elle, le soleil bienfaisant venait la réchauffer ?

Ne prendrait–elle pas un risque à sortir ?

Telle une photo qui a besoin d’un révélateur pour prendre la lumière une fois sortie de la chambre noire.

Et qui pour l’attendre au dehors ? Quel jardin pour l’espérer ?
Elle, la fleur de l’ombre et de l’oubli.

À qui sourire, vers qui s’ouvrir ?

N’attends pas pour aimer que brûle ton flambeauN’attends pas pour rêver que le temps soit au beau.

Des matins sans chagrin, des demains sans mémoire
Combien j’étais heureuse ! Tout ce temps sans savoir…
On ne nous apprend pas dans les livres d’histoire
Que le temps assassin brisera la confiance
Celle qui va de pair avec l’insouciance
Que le grain peut mourir sans même avoir levé
Bien avant que la faux n’ait été aiguisée
N’attends pas pour aimer que brûle ton flambeau
N’attends pas pour rêver que le temps soit au beau.

De le savoir si loin et si proche à mon âme…

Je crois qu’à le revoir le cœur ne tiendrait pas
Le voir sans le toucher serait trop grand supplice
Et la joie un tourment et le tourment délice
À ne pas défaillir le jeu devient combat


Mieux vaut le souvenir qui hante les désirs
Retenir la primeur la fraîcheur d’un sourire
De le savoir si loin et si proche à mon âme
Se consume le feu sans en brûler la flamme


L’aurore est une grâce à qui sait en cueillir
La candeur de ces fleurs qui résistent à s’ouvrir
Garder vert le printemps, bleu le premier regard
À l’esprit de jeunesse il n’est besoin de fards


Au creux du lent sommeil les rêves sont légion
Les nuits ne pèsent plus aux corps en pâmoison
J’attendrai du hasard qu’il veuille organiser
Son regard à venir sur le mien se poser.

Quelques haïkus de début d’année

Une seule fois

dans un battement de vie

l’oiseau et l’enfant

*

Ne perds pas des yeux

sur la carte de ton ciel

la lointaine étoile

*

De lunes en lunes

dans l’effritement du temps

quelques cimes orange

*

Le calme du lac

sans autre frissonnement

que le chant d’un cygne

*

Pépiements d’amour

les oiseaux vivent un printemps

au cœur de l’hiver

*

Aux creux d’une paume

l’illimité de l’amour

ne peut se tenir

*

Chez moi la tristesse

connaît si bien le chemin

qui va droit au cœur

*

Le divin se cache

dans l’enfant et l’homme humble

la fleur et l’oiseau

Nous naissons tous inachevés

Qu’avons-nous oublié par la naissance que nous devons retracer chaque jour à l’encre du souvenir ?

Maman me disait

Ne cherche pas à comprendre…

Tête brûlée cherche l’étoile. L’amour est un soleil appuyé aux lèvres du temps.

Dans l’incomplétude d’une vie morcelée… gagner du temps, devancer les manques à venir.

*

Au creux d’une paume

l’illimité de l’amour

ne peut se tenir

*

Vaste, si vaste est l’espoir ; courte, si courte est la vie.

Du meilleur au pire, du pire au meilleur, sur la marelle des jours gagner son soleil.

Combien de bons points dans la poche, combien de lignes à recopier au bout du compte.

– « Vous êtes punie, vous n’avez pas bien appris votre leçon. »

Circonstances atténuantes : je n’ai appris de la vie que le verbe aimer.

Nous, bons ou mauvais élèves, attachés que nous sommes à l’origine des choses, nous ne cessons de

refaire le chemin à l’envers.

Nous naissons tous inachevés.

Méditation dans un lieu de culte.

Qu’est-ce qui a changé entre hier et aujourd’hui ?
Rien en apparence, mais un tout se contient dans ce rien.

Cette Pâques… telle une lumière dans la nuit.

Le corps a besoin de temps pour accepter, dépasser, tous ces allers-retours de l’esprit. Sans résilience. Sans brume sur l’esprit.

Tous ces deuils à faire…

Ces abandons à surpasser…

Il faut être entré dans la mort puis être revenu à la vie pour croire à ces petits miracles, ces étoiles telles des lampes allumées dans la nuit.

C’est peut-être cela la foi, cette espérance que rien n’est jamais définitivement perdu, que le miracle est de toute éternité en nous.
Que nous le contenons d’avant notre naissance. Et que nos mondes, ceux de la nuit et de la lumière, ne sont pas hermétiques, mais ouverts.
Et si nous avons déjà traversé la mort, croire encore à cette Pâques tant qu’il y a une étincelle pour rallumer le feu de la vie.

Méditation dans un lieu de culte.

Haïkus d’un début d’année



L’amour sans ses mots
serait un jardin sans fleurs
et sans eau du ciel

Il pose un regard
sur moi et tout devient bleu
l’amour ce poète

Il faudra recoudre
et rassembler les morceaux
qui signent la vie

Moulin de plein vent
sont les ailes du matin
briseuses du rêve

Miroir du réel
mouvance de l’éphémère
nos regards floutés

Par le rêve ouvrir
aux fantômes qui se pressent
aux portes du coeur

Vous êtes si loin
que se perd dans l’indicible
du chant le dessein

Le temps dilaté
sur le miroir du réel
l’infini se mire

La joie si fragile
qu’elle ne tient qu’à un fil
ne le coupez pas

Sous le poids des jours
sous ses pluies ou ses soleils
plane ton sourire

Tu sais que tu aimes
quand tu te sens à ta place
partout avec lui

Habiter ses rêves
jusqu’à mentir à la vie
finir par y croire

Nous les éphémères
participons pour un temps
de l’inachevé