Quelques vers du poète

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La nuit chuchote au jour quelques vers du poète
Endormi pour toujours dessous la gloriette
Plus rien ne chante ou danse en dehors cet écho
Transporté par le vent ou l’aile de l’oiseau.

Les arbres sous l’effet de la métamorphose
Recouvrent de bleu cyan les mauves et les roses
Avant que de glisser leurs branches alanguies
Dans l’onde aux doux reflets où dort la poésie.

Me souviendrai-je alors dans ce décor ouaté
Du matin, de son chant, de sa douce clarté
L’amour épelle au ciel ses lettres de noblesse
Et combien de regrets ici-bas je vous laisse.

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Le beau en clair-obscur

« L’art, c’est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie de la splendeur du beau. »
Victor Hugo

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Faut-il que le merveilleux à certains yeux soit caché, pour qu’ils n’en discernent les détails que lorsqu’ils se ferment.

Le grand escalator linéaire du temps s’est arrêté. Écoute la musique de ce monde ouvert qui arrive jusqu’à toi. Les cordes du silence se mettent à vibrer non seulement au creux de ton oreille, mais aussi sur tes yeux retournés qui fixent par en dedans la lumière. L’épuration est à ce prix. L’œuvre qui se crée ici n’a plus besoin de matière, le beau s’y joue en clair-obscur et en transparence.

Toi qui tiens encore dans ta paume refermée l’épaisseur du temps, il te faut ouvrir davantage, desserrer les mailles du filet qui emprisonnent ton corps.

Dans le monde que tu viens de quitter le beau se glisse pourtant partout, et parfois jusque dans les détails, mais tu avais perdu l’art de l’étonnement et le goût de l’étude. La vie est la plus belle œuvre qui soit inachevée. Elle ne s’achève pas en te quittant, car elle n’est pas de ton fait.

Et combien de regrets à ceux qui n’ont pas su l’aimer suffisamment pour en distinguer et en chanter la splendeur.

Ta main dans ma main

De ces choses que nous savons sans en comprendre le pourquoi…

Le mois de septembre a toujours étendu son ombre sur août, bien avant que celui-ci ne se termine. Et depuis ton départ, tous les ans le même ressac quand la vague touche à ce mois, ricochant de jour en jour jusqu’à la date. Nous ne faisons aucun deuil, c’est le deuil qui nous fait.

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Quand je me suis perdue, quand ta main dans ma main
Ne me réchauffait plus, je ne voyais plus rien
Pourtant j’avais semé des perles, des cailloux
Pour ne manquer aucun précieux rendez-vous.

J’ai regardé hier n’ayant plus de demain
J’ai regardé derrière mais déjà le chemin
Était allé bon train et sans m’en avertir
Avait enchevêtré mes plus doux souvenirs.

Et voilà qu’aujourd’hui dix années ont passé
On me dit que la vie vaut bien cette nuitée
Quand moi je donnerais pour un jour pour une heure
T’avoir à mes côtés dix années de bonheur.

Puisque tout continue le temps n’efface rien
Ciel et terre aujourd’hui ne font qu’une demeure
Et si tu es partout c’est surtout en mon cœur
Que fleurissent les fleurs des graines du chagrin.

L’or du levant

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J’ai vu l’or du levant
Dans le matin fébrile
D’un monde nouveau-né
Vierge du pas des hommes
Et de leurs Dieux sans Dieu.

J’ai vu l’aile de l’oiseau
Dans l’azur frémissant
Sous la poussée du vent
Faire chanter les blés.

J’ai vu l’éternité
Épouser l’éphémère
Murmurer au silence
Les secrets de la vie.

J’ai vu l’or du levant
Écrire ton absence
Au bleu de l’infini
Union crépusculaire
Du ciel et de la terre.

Retenir le bleu

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« Un matin, l’un de nous manquant de noir, se servit de bleu : l’impressionnisme était né. »

Pierre-Auguste Renoir

Avant que le soleil ne s’éclipse
Qu’il ne s’évanouisse dans un monde sans couleur
En retenir le bleu…

Le petit sans nom

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Le petit sans nom se réveilla avec le jour qui finit par traverser l’intérieur de la grotte pour arriver jusqu’à lui. Il savait à ce moment qu’il n’y avait pas une minute à perdre. Le temps était compté, cela il en était sûr, même s’il n’avait d’autre repère que le soleil réfléchissant quelques rayons sur les parois encore humides du gouffre.

On disait de lui qu’il était un survivant. Lui ne comprenait pas. Manger et dormir, voilà sa préoccupation, la seule et unique.

De savoir d’où il venait, et si d’autres mondes avaient existé, ne lui traversait pas l’esprit. Il y avait bien ces récits que quelques anciens tenaient de plus anciens qu’eux. C’était si étrange et si beau ; beaucoup trop étrange et beaucoup trop beau pour être vrai. Imaginez ! Un monde idyllique… une planète qu’on dit bleue, avec une étendue d’eau transparente où les poissons se reproduisent en nombre suffisant pour nourrir les hommes. Et des oiseaux partout dans le ciel, de toutes les sortes et de toutes les couleurs. Des montagnes enneigées et des mers de glace sur lesquelles les hommes aiment à glisser. Des forêts à perte de vue.
C’est tellement loin de moi pensait le petit sans nom… ; on me raconte des bobards.

Une vieille, qu’il connaissait pour l’avoir bien des fois entendu conter cette histoire, soutenait que la terre était habitée par toutes sortes d’animaux, sauvages ou domestiqués, et même que certains étaient élevés pour être mangés. La vieille disait aussi que les hommes en voulaient toujours plus et qu’ils n’étaient jamais satisfaits. Ils marchandaient pour amasser plus de biens et même se battaient pour prendre ce qui appartenait au voisin, non plus juste pour se nourrir ou se vêtir, mais par appétit de gains. La spéculation était devenue leur maîtresse.

La jolie planète souffrait de la bêtise des hommes. Eux qui se disaient si savants. A écrire des livres, et à s’écouter parler, ils en oubliaient que la nature était le plus grand bien donné à l’humanité, et que sans la respecter il n’y avait pas de vie possible.

Quand il n’y eut plus d’abeilles, les hommes prirent peur. Les fruits dans les vergers se firent rares. Les prix augmentaient encore et seule une petite partie de la population pouvait se les procurer.

Même à ce niveau de réalité, ce qui importait le plus aux hommes était de continuer de rouler dans leurs jolies voitures.

Puis l’air devint irrespirable, les plus fragiles eurent du mal à s’acclimater. Certaines espèces avaient complètement disparu sans que de nouvelles fassent leur apparition. La vie, pourtant en perpétuelle gestation et transformation n’avait plus le temps nécessaire pour s’adapter. La terre chauffait et les hommes scrutaient le ciel, parfois même il leur revenait au bord des lèvres quelque prière ou supplique à la pluie, car l’eau potable devenait rare et les populations migraient vers des contrées plus hospitalières.

La vieille finissait toujours son récit ainsi : c’était il y a très longtemps. Je ne peux vous assurer que cela soit vrai, que ce monde ait existé et que nous en soyons les survivants.

Tout en se remémorant les paroles de la vieille, le petit sans nom haussa les épaules. Il ne croyait ni à Dieu, ni à la jolie planète aux merveilles. Il lui fallait rentrer vite à présent se mettre à l’abri, le soleil commençait déjà à brûler sur toute vie. Il tenait en ses mains quelques racines et tubercules comestibles échappées du désastre.

Écrire avec une âme neuve.

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Au souffle du matin premier
Mêler l’éphémère rosée
Y tremper sa plume sauvage
Faire d’un mot un paysage.

Tels les enfants qui ne voient pas
Que le danger guette leurs pas
En jouant fustiger l’épreuve
Écrire avec une âme neuve.

Oublier tout de ces savoirs
Qui empoisonnent nos mémoires
Écrire l’âme au bout des doigts
Entre les mots scinder la joie.

Laisser le tracé à la plume
Être le marteau et l’enclume
Être la pierre et le maçon
Du silence le diapason.

Qui a connu le manque

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Qui a connu le manque
Sait l’étirement du jour
Et son extrême lenteur
À s’ouvrir à la nuit

Quand ils se cognent à la mort
Les silences résonnent
Et font vibrer les cordes
Des mémoires de l’oubli

D’instinct nous connaissons
Le sillon qui se creuse
La ride qui se forme
Au sable du désert

Il faudra réapprendre
Les rires sans raison
Et les choses futiles
Auxquelles nous appartenons.

L’oubli est la non mesure du temps

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C’est arrivé au petit matin, juste avant que l’aube ne se dessaisisse de son voile blanchâtre encore auréolé des mystères de la nuit.

Un chant profond s’éleva des lointains, franchit la porte des maisons et le sommeil des habitants. Ces derniers furent stoppés dans la phase où les corps se réchauffent, où les neurones s’activent, où conscient et inconscient toisent leur force pour finalement s’en remettre au sommeil ou à l’éveil.

Ce matin-là le chant, imperceptible aux oreilles humaines, traversa tout de go les corps tel un point de fuite qui n’aurait d’autre ambition que de s’unir à l’horizon.

Avec le jour qui s’oubliait dans la nuit, les âmes seules portaient encore en elles la plainte de l’aube.

Toute vie perdit son rythme, sa cadence, son souffle même. Les hommes, les animaux, et jusqu’aux végétaux, impactés par l’étrange onde, se retrouvaient comme statufiés, sans que rien ne semble pouvoir les libérer du maléfice.

Les choses pourtant, sans autre vie que celle donnée par les mains de l’homme, résistaient.

Pendules, horloges et carillons, martelaient un temps déjà oublié, continuaient d’osciller en mesurant un temps néanmoins suspendu et sans avenir.

L’empreinte

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Un soir où en son cœur l’ennui creusait sa peine
Donnant du poids aux heures sans plus que temps s’égrène
Quand elle pensait enfin l’avoir pu contenir
En force lui revint le bien doux souvenir.

De la chaude journée l’air distillait aux sens
Les senteurs d’un bouquet aux multiples essences
De la mer les embruns montant jusqu’au chemin
Épiçaient d’un parfum sucré salé les pins.

D’autres, plus loin, gauchis par les vives tempêtes
Semblaient saluer la vie en inclinant la tête
Et la route verdie par la double voilure
De ce tableau vieilli égayait la peinture.

À marcher dans les pas de cet amour défait
S’épuisaient les raisons à ne plus y penser
Quand l’écho prisonnier du mur de ses silences
S’échappait de ces lieux qui avaient vu l’enfance.