On dit « Il est parti »

On dit « il est parti » comme pour le retenir encore un peu en laissant planer un doute.

On dit « il est parti » comme si la mort n’était pas l’irrémédiable trahison de la vie.

On dit « il est parti » et on se met à rêver qu’il soit de ces oiseaux migrateurs en quête de sud.

On dit « il est parti » parce que ça laisse la porte ouverte à une errance, un égarement, à un possible retour.

Ce fil si tenu du « il est parti » que l’on tend, ce leurre, on le voudrait élastique afin de l’étirer le plus possible, le plus loin, le plus longtemps pour entrer dans la mort avec encore un peu de vie.

Laisser la porte, pour un temps, entrebâillée entre deux mondes. Le courant d’air, le va-et-vient d’énergie nous envelopper, nous confondre.


L’écriture me tend sa main silencieuse.
J’ai pensé : si je n’écris pas tout de suite, le pourrais-je encore demain ? La mort doit-elle, en nous retirant l’être cher, nous tenir serrer tout proche d’elle telle une amante jalouse ?

Tu étais si fort…
Et hier encore
On te croyait invincible
Toi, le patriarche.

Tu étais si fort…
Comment cela pouvait-il rimer avec mort.

Mon père.

De l’alternance des joies et des peines

Le passage d’un état à un autre s’est fait si vite… peut-être une seconde… ou deux.

Sidération !
Le temps soudainement plus lourd, le ciel plus gris.
Combien d’orages pour un arc-en-ciel ?
Il y aurait-il une équité par l’alternance, une comptabilité céleste qui nous dépasse et nous oblige ?
Les plus belles choses nous arrivent-elles seulement pour atténuer les tristesses à venir ?
Et les chagrins nous rendent-ils la joie plus intense ?
À chaque individu certainement ses nuances et sa schizophrénie.

De la joie à la peine, une voie si étroite que seule peut s’y glisser une âme.
Cela tient à si peu la joie. Le fait même de vouloir la tenir en atténue l’éclat.
De dynamique éphémère comme la beauté, fragile comme ces châteaux de cartes qu’un souffle suffit à effondrer.

Lumière et ombre ; ombre et lumière…
Joie et chagrin
Indissociables.

Les âmes ne peuvent nous abandonner, pensais-je…

Un soleil d’automne
réchauffait
les vivants.
Je me suis assise sur la pierre.
Le froid du marbre et le chaud du rayon de l’astre caressant ma nuque faisaient contraste.
Ma tête s’inclinait doucement vers un au-delà, comme pour en écouter le chuchotement, le secret.

Les âmes ne peuvent nous abandonner pensais-je…

L’ attente…
hébétée du vide que la mort laisse dans son sillage…

Le silence pour seule réponse.

Alentour
le bleu du ciel
adoucissait un peu
le gris des tombes.

J’ai sorti de mon sac
un calepin vieilli
et j’ai écrit.

Le rêve brisé

🎨 Caspar David Friedrich

Le rêve brisé
par mille éclats de lumière
le sol recouvert

#haïku

Tu peux pardonner à celui qui brise ton cœur, pas à celui qui brise ton rêve.

au cœur de la nuit
tu as acheminé tes matins
cela donnait à la nuit
une étrange lueur

à cette lueur
tu as donné un nom

« Souvenir »

Le souvenir de la joie est encore de la joie.

Le ciel devant la terre à cet instant s’incline

C’est l’heure où le soleil tire sa révérence

Derniers éclats du jour dans la chaleur qui danse

Avant que l’océan dans l’azur ne se fonde

Ne capture en ses bras la lumière du monde

Le ciel devant la terre à cet instant s’incline

L’astre d’or et de feu dans son plus bel atour

Embrase de désir tous les yeux alentour

L’offrande de l’amant avant son désamour

Jamais loin du doré l’heure bleue se dessine

Puis de rose l’estran à présent se praline

Les mystères du soir mettent au repos le corps

Que déjà en éveil l’âme se pare d’or

N’attends pas que la nuit vienne tout recouvrir

Les ombres au crépuscule emportent loin les rires

Ton songe te devance il te faut le saisir

Les poètes finissent eux aussi par mourir

Du destin et du libre arbitre

Du destin et du libre arbitre.

« Pense à l’ensemble de la substance, dont tu participes pour une très petite part ; à l’ensemble de la durée, dont un intervalle bref et infinitésimal t’a été assigné ; et à la destinée, où tu tiens une place bien petite. »

Marc Aurèle

Pensées

On pourrait croire que certains destins sont programmés pour ne pas se réaliser. En cela, ils ne sont jamais au bon endroit, au bon moment, à la bonne l’heure. Ce n’est pourtant pas le fait de ne pas connaître leur raison d’être, la mission et les devoirs auxquels ils ont été assignés; ils n’ont ni à remonter le temps, ni à devancer l’avenir, pourtant ils semblent être les préposés au trop tôt ou au trop tard, et ce n’est pas la marche du temps qui les replacera sur les rails, ceux où convergent et s’aiguillent les choix qui mènent à l’épanouissement de l’être et à son évolution.

Ce passé qui n’avait pas eu lieu continuait d’œuvrer en profondeur, provoquant un certain vertige au présent. Un tourbillon imprévisible, sortant d’un vieux grimoire à regrets, irradiait alors la réalité de mondes inconnus, irréalisés, impalpables, merveilleux et mystérieux.

Il en sortait une ribambelle de vies non vécues, étouffées avant d’avoir vu le jour. Certaines pourtant avaient des qualités pour poindre, sans jouer au grand soleil certes, mais au moins gagner leur place près de lui. Sauf que cela n’aurait pas suffit, ensuite il eut fallu jouer des coudes pour rester dans la course, même pas pour arriver vainqueur, non juste faire partie du peloton des vies qui se réalisent.

Cet éveil tardif ne suffira pas à combler les manques. Dans ce monde où tout est formaté combien de chances à celui qui en errance a laissé œuvrer seul son destin, d’en redevenir le maître et lui faire dévier sa course…

Libre arbitre et destin détiennent à parts égales les droits sur notre esprit.

Il faudrait repartir à zéro.

Dé-naître pour renaître…

Et pas question de laisser dormir le libre arbitre, il n’hésitera pas, cette fois, à disposer de son droit de veto.

La confiance

 » Ce qui nous sauve, ce sont les ruines de nos antiques confiances »

Christian Bobin

Quand la vie chahute nos certitudes, nos fondements, nos valeurs, quand la peur fait de l’ombre à notre courage, il reste dans un petit coin du cœur, un refuge intérieur, une grâce de l’enfance qui perdure et protège le socle même de la vie.

La confiance.

Certains, au fil des ans, ont construit des murs si hauts, si épais, si sombres, qu’ils n’ont plus accès à leur cœur d’enfant. Pourtant c’est bien lui qui recèle la confiance, celle innée des premières années de vie. La clef se trouve dans nos failles, nos désenchantements, nos désespérances. Rien n’est à vie emmuré. Il y a toujours une personne, un être aimant, ou une rencontre imprévue, un secours, que sais-je ? Un miroir peut-être ?

Ou cette petite fleur qui ne périt pas…