Le petit sans nom

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Le petit sans nom se réveilla avec le jour qui finit par traverser l’intérieur de la grotte pour arriver jusqu’à lui. Il savait à ce moment qu’il n’y avait pas une minute à perdre. Le temps était compté, cela il en était sûr, même s’il n’avait d’autre repère que le soleil réfléchissant quelques rayons sur les parois encore humides du gouffre.

On disait de lui qu’il était un survivant. Lui ne comprenait pas. Manger et dormir, voilà sa préoccupation, la seule et unique.

De savoir d’où il venait, et si d’autres mondes avaient existé, ne lui traversait pas l’esprit. Il y avait bien ces récits que quelques anciens tenaient de plus anciens qu’eux. C’était si étrange et si beau ; beaucoup trop étrange et beaucoup trop beau pour être vrai. Imaginez ! Un monde idyllique… une planète qu’on dit bleue, avec une étendue d’eau transparente où les poissons se reproduisent en nombre suffisant pour nourrir les hommes. Et des oiseaux partout dans le ciel, de toutes les sortes et de toutes les couleurs. Des montagnes enneigées et des mers de glace sur lesquelles les hommes aiment à glisser. Des forêts à perte de vue.
C’est tellement loin de moi pensait le petit sans nom… ; on me raconte des bobards.

Une vieille, qu’il connaissait pour l’avoir bien des fois entendu conter cette histoire, soutenait que la terre était habitée par toutes sortes d’animaux, sauvages ou domestiqués, et même que certains étaient élevés pour être mangés. La vieille disait aussi que les hommes en voulaient toujours plus et qu’ils n’étaient jamais satisfaits. Ils marchandaient pour amasser plus de biens et même se battaient pour prendre ce qui appartenait au voisin, non plus juste pour se nourrir ou se vêtir, mais par appétit de gains. La spéculation était devenue leur maîtresse.

La jolie planète souffrait de la bêtise des hommes. Eux qui se disaient si savants. A écrire des livres, et à s’écouter parler, ils en oubliaient que la nature était le plus grand bien donné à l’humanité, et que sans la respecter il n’y avait pas de vie possible.

Quand il n’y eut plus d’abeilles, les hommes prirent peur. Les fruits dans les vergers se firent rares. Les prix augmentaient encore et seule une petite partie de la population pouvait se les procurer.

Même à ce niveau de réalité, ce qui importait le plus aux hommes était de continuer de rouler dans leurs jolies voitures.

Puis l’air devint irrespirable, les plus fragiles eurent du mal à s’acclimater. Certaines espèces avaient complètement disparu sans que de nouvelles fassent leur apparition. La vie, pourtant en perpétuelle gestation et transformation n’avait plus le temps nécessaire pour s’adapter. La terre chauffait et les hommes scrutaient le ciel, parfois même il leur revenait au bord des lèvres quelque prière ou supplique à la pluie, car l’eau potable devenait rare et les populations migraient vers des contrées plus hospitalières.

La vieille finissait toujours son récit ainsi : c’était il y a très longtemps. Je ne peux vous assurer que cela soit vrai, que ce monde ait existé et que nous en soyons les survivants.

Tout en se remémorant les paroles de la vieille, le petit sans nom haussa les épaules. Il ne croyait ni à Dieu, ni à la jolie planète aux merveilles. Il lui fallait rentrer vite à présent se mettre à l’abri, le soleil commençait déjà à brûler sur toute vie. Il tenait en ses mains quelques racines et tubercules comestibles échappées du désastre.

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Écrire avec une âme neuve.

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Au souffle du matin premier
Mêler l’éphémère rosée
Y tremper sa plume sauvage
Faire d’un mot un paysage.

Tels les enfants qui ne voient pas
Que le danger guette leurs pas
En jouant fustiger l’épreuve
Écrire avec une âme neuve.

Oublier tout de ces savoirs
Qui empoisonnent nos mémoires
Écrire l’âme au bout des doigts
Entre les mots scinder la joie.

Laisser le tracé à la plume
Être le marteau et l’enclume
Être la pierre et le maçon
Du silence le diapason.

Qui a connu le manque

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Qui a connu le manque
Sait l’étirement du jour
Et son extrême lenteur
À s’ouvrir à la nuit

Quand ils se cognent à la mort
Les silences résonnent
Et font vibrer les cordes
Des mémoires de l’oubli

D’instinct nous connaissons
Le sillon qui se creuse
La ride qui se forme
Au sable du désert

Il faudra réapprendre
Les rires sans raison
Et les choses futiles
Auxquelles nous appartenons.

L’oubli est la non mesure du temps

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C’est arrivé au petit matin, juste avant que l’aube ne se dessaisisse de son voile blanchâtre encore auréolé des mystères de la nuit.

Un chant profond s’éleva des lointains, franchit la porte des maisons et le sommeil des habitants. Ces derniers furent stoppés dans la phase où les corps se réchauffent, où les neurones s’activent, où conscient et inconscient toisent leur force pour finalement s’en remettre au sommeil ou à l’éveil.

Ce matin-là le chant, imperceptible aux oreilles humaines, traversa tout de go les corps tel un point de fuite qui n’aurait d’autre ambition que de s’unir à l’horizon.

Avec le jour qui s’oubliait dans la nuit, les âmes seules portaient encore en elles la plainte de l’aube.

Toute vie perdit son rythme, sa cadence, son souffle même. Les hommes, les animaux, et jusqu’aux végétaux, impactés par l’étrange onde, se retrouvaient comme statufiés, sans que rien ne semble pouvoir les libérer du maléfice.

Les choses pourtant, sans autre vie que celle donnée par les mains de l’homme, résistaient.

Pendules, horloges et carillons, martelaient un temps déjà oublié, continuaient d’osciller en mesurant un temps néanmoins suspendu et sans avenir.

L’empreinte

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Un soir où en son cœur l’ennui creusait sa peine
Donnant du poids aux heures sans plus que temps s’égrène
Quand elle pensait enfin l’avoir pu contenir
En force lui revint le bien doux souvenir.

De la chaude journée l’air distillait aux sens
Les senteurs d’un bouquet aux multiples essences
De la mer les embruns montant jusqu’au chemin
Épiçaient d’un parfum sucré salé les pins.

D’autres, plus loin, gauchis par les vives tempêtes
Semblaient saluer la vie en inclinant la tête
Et la route verdie par la double voilure
De ce tableau vieilli égayait la peinture.

À marcher dans les pas de cet amour défait
S’épuisaient les raisons à ne plus y penser
Quand l’écho prisonnier du mur de ses silences
S’échappait de ces lieux qui avaient vu l’enfance.

Normandie. Ma Normandie, mon bout de terre Je te choisis dernier lopin.

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Elle nous pénètre sans un mot
Par les yeux et par notre peau
La Normandie on la respire
Histoire de mieux la retenir.

Peintres capteurs de lumière
Écrivains aux jolies manières
Ils en ont fait leur paradis
Côte de Grâce, Côte Fleurie.

Le roi des ciels au bord de l’eau
Eugène Boudin et ses pinceaux
L’impressionniste immortalise
Le frissonnement d’une brise.

Belles villas sur la corniche
Ces élégantes qui s’affichent
Résistent aux embruns et à l’âge
Dans leurs habits de colombages.

Plus loin… vallons, tourbières, forêts…
Coteaux crayeux, landes, marais
Blanches falaises aux pieds dans l’eau
Côte d’Albâtre, Pays de Caux.

Les champs… des tapis de verdure
Vaches ruminent à la pâture
Paille au chapeau de la chaumière
Douillons de pommes et camembert.

Grand-mère le loupiot d’une main
Et le vélo de l’autre main
Souffle d’amour sur la blessure
Vite rentrons à la masure.

Sans les vacances chez grand-mère
Manquerait de l’eau au moulin
De la douceur sur les embruns
Ma Normandie, mon bout de terre
Je te choisis dernier lopin.

Il faudrait substituer son substrat à l’été

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Septembre avant son heure imprègne toute chose
Août n’échappe pas à la métamorphose
Un vélo oublié dans la brume à venir
Et ces jours décomptés où plane ton sourire.

Il faudrait substituer son substrat à l’été
Pour d’un instant précieux faire une éternité
Capturer en chemin les essences sauvages
Que libèrent les dunes après la pluie d’orage.

Pouvoir en respirer quand l’humeur est morose
Le parfum distillé des embruns et des roses
Le mariage sauvage d’une fleur au salé
Et toutes les mémoires des chaleurs de l’été.

Car si rien ne se perd dans les couloirs du temps
C’est dans ton souvenir que je forge un présent.

Ta voix ne m’a jamais quittée

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En équilibre sur deux mondes
Un presque rien qui vagabonde
Imperceptible comme un souffle
Une petite âme s’essouffle
Dans l’ombre déjà de l’été
À l’équinoxe de sa beauté
Du bleu au vert, du cyan au rose
Au ciel c’est la métamorphose
Le corps passe du chaud au froid
Lorsqu’il déserte son beffroi
De tour d’ivoire en voie lactée
Ta voix ne m’a jamais quittée.