Décembre… Esprit de Noël es-tu là ?

Haïkus blancs.

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Bonnets et cagoules

la neige retient l’enfance

flocons sur le cœur

*

Valse de points blancs

que mon enfance revienne

danser sur les ans

*

Que tombe la neige!

la joie des enfants piétine

au sol les chagrins

*

Blanchie la campagne

la récolte sera bonne

sous l’épais manteau

*

Éclatant soleil

jamais neige fut si belle

piétinée au cœur

*

Crisse sous les pas

les souliers des enfants brisent

le tapis neigeux

*

L’esprit de Noël

sur les joies et sur les peines

souffle indifférent

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J’ai quinze ans aujourd’hui

Et si j’ai quinze ans aujourd’hui, c’est que je n’ai jamais été aussi proche de celle que je suis vraiment.

Sans le courage évidemment.
Sans l’insouciance naturellement.

Si :

Au dehors il pleut
si en ton dedans c’est la nuit
n’hésite pas saute !

Le saut s’est fait tout seul ; une poussée d’avant en arrière, n’effaçant rien, ne reconstruisant rien, sans transformation, mort et résurrection.

La voie obscure, la traversée nocturne, il faut l’entreprendre, c’est le passage obligé sans quoi rien ne serait possible.

Ce qui te constitue à quinze ans tu le gardes toute la vie. Ce qui vient se greffer ensuite ne t’appartient plus en totalité.

La maladie, la mort des proches qui te sont chers, tu y fais face en bon petit soldat. Tu tombes cent fois, cent fois tu te relèves.

Tu t’oublies dans ce destin, tu avances parce qu’il n’y a pas d’autres solutions que d’avancer.

Tu n’as pas encore écrit. Tu écriras plus tard quand ton ventre ne sera plus comblé d’enfants, quand sans le savoir tu es déjà prête pour le saut qui viendra plus tard.

Ce n’est pas une régression, parce que ton corps se constitue bien, lui, de tous les âges de ta vie.
Non c’est plus philosophique que cela, plus symbolique, c’est l’essence même de ton être que tu retrouves, intacte dans sa force, sa puissance.
En rentrant ainsi à l’intérieur de ton être, tu ne t’isoles pas des autres, tu es juste leur égal. Tu peux te positionner et te faire respecter dans tes choix.


Il faut la traversée du temps pour arriver au dépouillement de l’être.

Sans autre refuge
que ce petit coin de l’âme
qui n’est pas blessé

Un jour arrive où nous finissons par nous ressembler, même s’il faut pour cela commencer par se rassembler, en enfilant ensemble les perles de douleur et celles de joie.






Une matinée étrange

 

Coiffé sous un halo de brume, le jour s’attardait derrière la fenêtre.
À l’intérieur c’était encore la nuit. Les lourds rideaux avaient été tirés pour laisser la chambre dans la pénombre afin de préserver les yeux de Louise de la lumière.

Cela aurait pu être un matin comme les autres, pourtant il n’en était rien. Le temps semblait arrêté ou plutôt en attente d’un événement qui viendrait bousculer l’ordre habituel ; un événement insolite, quasiment extraordinaire.

Ce matin-là Louise n’entendit pas, comme à son habitude, la sonnerie du radio-réveil. Toujours ce mal de tête intense. Un froid venu de l’intérieur du corps envahissait ses membres engourdis. Tout semblait se coordonner pour la clouer au lit pour le restant de la journée. La peur arriva quand elle voulut bouger un de ses orteils, puis un de ses doigts, puis une jambe, et que rien ne se passa. L’angoisse monta encore d’un cran en constatant qu’elle n’arrivait pas non plus à ouvrir les yeux.

Elle pensa d’abord être dans un cauchemar. Elle allait se réveiller et tout redeviendrait normal. Ou alors elle était dans le coma ; c’est ainsi qu’elle imaginait le coma. Elle avait vu de ces personnes à l’hôpital, ne pouvant plus ni bouger ni communiquer. Mais pour quelle raison un coma ? Elle ne se sentait pas malade, hormis cette grande fatigue qu’elle traînait depuis plusieurs mois. Aux examens prescrits par le médecin, rien de bien méchant n’avait été trouvé.

Se rendormir ou forcer l’éveil, tout plutôt que cet entre-deux. Hélas, il semblait à Louise aussi difficile de se rendormir que de sortir de cet état. L’angoisse tourna à la peur panique sans qu’aucun muscle de son visage n’en témoigne. Combien de temps dura cette lutte dans une inertie imposée ? Une éternité pour Louise, tant il est impossible d’évaluer le temps dans ces circonstances.

Tandis que son mal de tête se dissipait, Louise put enfin soulever une paupière, puis l’autre, bouger une main, puis l’autre, enfin tout le corps et se redresser peu à peu.

Elle se dirigea vers la fenêtre pour l’ouvrir. Un souffle glacial pénétra la chambre. Elle ne remarqua pas tout de suite la brume extérieure qui s’engouffrait à l’intérieur de la pièce et qui maintenant la suivait telle une ombre blanche ; la chambre flottait dans un bain laiteux. Encore fragile, elle dut s’appuyer à la rampe de l’escalier pour descendre, pendant que le cotonneux nuage remplissait l’espace derrière elle, au fur et à mesure de son avancée.

Il faut que j’écrive cela, sinon personne ne me croira. Elle se dirigea vers son ordinateur, c’est là qu’elle consignait ses écrits. Sa surprise fut grande en constatant que ses comptes twitter et wordpress avaient été fermés ainsi que sa messagerie. Plus aucun lien, elle se retrouvait seule, isolée, dans une maison remplie de brume.

A présent, elle craignait que la brume ne pénètre jusqu’à son propre corps. Ce matin tout semblait possible.
Pas de panique, tout a un sens ici-bas et cette matinée étrange devait en avoir un. Il fallait se raccrocher à quelques chose de palpable, de tangible, d’habituel, mais d’abord se rafraîchir le visage et les idées. Certes, rien de ce qui se passait ici n’était normal, mais les mystères ne sont-ils pas faits pour être démystifiés ?

Louise avait toujours eu la tête sur les épaules, mais sentit un peu de sa confiance s’ébranler en constatant que vêtements et affaires personnelles n’étaient plus en place. On la disait ordonnée, au point d’aller à l’aveugle rechercher un chandail ou un chemisier dans une armoire.

Son piano, lui, était bien là, ouvert, les partitions posées à leur emplacement habituel. Elle allait pouvoir jouer, elle ne savait plus vivre sans musique. Elle s’assit et commença à entamer un Nocturne de Chopin. Elle aimait particulièrement cet op.9 n°2, délicat et nostalgique. Ses doigts reprenaient vie, légers, souples, agiles. Jamais elle n’avait aussi bien joué.
Tandis que son corps se détendait, la brume autour d’elle commença à se dissiper, laissant place peu à peu à une belle lumière, très douce, blanche elle aussi. Les notes et la lumière maintenant emplissaient tout l’espace, formant un égrégore joyeux. La lumière courait dans ses cheveux après avoir glissé sur sa nuque, au rythme de la musique.

Tout ce qui était obscur devenait lumineux. Elle ne pouvait plus s’arrêter de jouer, c’était comme si la lumière le lui demandait.

C’est à ce moment, dans cette musicalité propre à Chopin, que Louise entendit qu’on l’appelait. La voix disait : «  Maman… maman… » La voix s’accrochait aux notes, les prenant comme support, tantôt douce, tantôt plaintive, allant jusqu’à former une phrase : « Maman, si tu m’entends, si tu es là, dis-moi que tu vas bien »…

Étrangement, sans savoir pourquoi, Louise répondit à la voix : » Je suis là, Je vais bien ». Après tout, depuis ce matin, rien n’était ordinaire ou logique, et même l’impossible devenait probable, perdant ainsi en étrangeté.

Le temps ne semblait plus avoir d’importance, les limites entre les mondes se fracturaient jusqu’au délitement. Il fallait remettre une chronologie, raccrocher le temps au monde réel. Elle se revit petite fille, puis adolescente, jeune femme et maman. Elle ressentit les émotions de l’enfant et de l’adulte, vécut de nouveau les chagrins et les joies dans toute leur intensité. L’instant présent contenait toute sa vie. Elle comprit d’instinct que rien ne se perd, ni de nos pensées ni de nos actes. Que cet ensemble nous constitue autant qu’il nous dépasse et que se trouve tapi là, dans cette mémoire, sans cesse remaniée, renouvelée, jamais inerte, et pourtant indivisible, la composante de notre âme.

Louise se leva et ouvrit la porte qui donnait sur le jardin. La brume, à présent totalement dissipée, laissait place à un ciel bleu de toute beauté.

Quelques pas plus avant, dans la partie délimitée que l’on nomme potager, elle aperçut son mari. Il lui apparut un peu vieilli et triste. Le potager avait pris de l’ampleur et le cabanon du fond n’existait plus. Elle avança vers lui, lança un bonjour ! et un sourire. Lui, ne la voyait pas, ne l’entendait pas.

Et elle comprit.

L’almanach des PTT

Simone ne tenait pas de journal. Depuis son mariage avec Henry, elle notait ses bouts de vie sur le calendrier 21×27 cm désigné : « »Almanach des postes, télégraphes, téléphones ». Il arrivait à Simone d’y apposer sur certains jours une simple croix, dont elle était la seule à connaître la signification.

Elle se devait de choisir avec soin celui qui, une fois épinglé sur le mur de la cuisine, y resterait l’année entière, ferait même office de décoration s’il venait à représenter l’œuvre sur toile qu’elle ne pourrait jamais s’offrir.

C’est ainsi qu’à chaque fin d’année, à l’époque des étrennes, Simone attendait la visite du facteur. Le rituel était alors festif et le choix draconien.

Aussi quand l’employé des postes sortait de sa besace le précieux chargement, l’étalait sur la toile cirée de la table de la cuisine, le temps se mettait entre parenthèses.

Il faut dire qu’il y en avait pour tous les goûts : enfants, chiots ,chatons, chevaux, animaux de la ferme, paysages divers ou reproductions de tableaux célèbres.

Pour cette année qui arrive, Simone aurait beaucoup de croix à y mettre, elle le savait déjà en touchant son ventre. Un garçon, lui avait dit la sage femme. Votre ventre est bien rond, ce sera un garçon.

En lisant  » Pour un tombeau d’Anatole »

Quelques mots, un ressenti. Aucune interprétation qui serait malvenue.

La révélation
L’impossible
Consolation

Maladie

Seul l’enfant
Indemne du savoir
Le cri de la mère
La stupeur du père
De ce qui n’est déjà plus la vie
Sans pourtant être la mort

Survie

Le garder
Le plus longtemps
Tout en sachant
L’inéluctable
Lui donner notre force
Lui ôter de sa mort
Par l’espoir chevillé au corps.

*
Vainqueur
Avant l’heure
En sa chair
Le néant
S’immisce
S’invite
Doucement
Irrémédiablement
Insuffle
Son sépulcre
Non pas
Pour en extraire
La vie
Mais
Pour la pénétrer.

Te reconnaître

Dans la fleur qui éclot et dans l’enfant à naître
Dans le regard du chien qui retrouve son maître
Au plus profond des mots, dans l’encre et dans la
sueur
Du poème égaré le manque annonciateur


Dans les yeux des amants que la joie réunit
L’espace d’un instant ouvert sur l’infini
Passer le jujubier, franchir l’inconnaissable
Retenir de l’azur la couleur ineffable


Dans le chant du ruisseau, cascade du matin
Quand l’oiseau y ébroue son grelot de chagrin
Dans le baiser volé à l’étoile filante
Le vœu non prononcé à l’éphémère amante


Quand la senteur de l’herbe si fraîchement coupée…
Exhale, unit à l’air, sa fragile épopée
Quand le sel de la mer, sur ma peau, déporté…
Laisse des arabesques aux cristaux argentés


Dans la pluie attendue par la terre assoiffée
Au prince d’un seul jour, à la bergère aimée
Et puis dans cet espace où ton rire se fait
L’écho d’une promesse.

Côté cour… côté jardin…

Le lourd rideau de scène venait de baisser sur deux ans de représentations.

Juliette jeta un œil sur la salle. Les derniers spectateurs se dirigeaient vers la sortie, avec la hâte des gens déjà repris par la réalité de leur quotidien.
Juliette aurait aimé connaître leur ressenti ; s’ils avaient aimé la pièce.

Il avait fallu un certain culot à ce dramaturge, metteur en scène des temps modernes, pour avoir revisité  » Les Liaisons dangereuses » ce fameux roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos, puis à l’adapter au théâtre.

À pénétrer ainsi le personnage de Madame de Tourvel deux ans durant, Juliette avait fini par oublier Juliette.

Elle revenait troublée de ces représentations où le vicomte clame son Amour.

Prise dans le jeu, elle prenait goût petit à petit à s’abandonner au personnage. Juliette se retrouvait bien dans ce rôle de femme vertueuse, refusant toute avance, mais qui pensant avoir une influence favorable sur Valmont, finit par en tomber amoureuse.

L’âme n’est jamais aussi pure que dans la passion.
N’est pas libertine qui veut.
Il ne suffit pas d’endosser un costume de scène pour que la fiction devienne réalité.

Juliette, attendrie, regarda son coéquipier, celui qui lui donnait la réplique depuis maintenant deux ans.

« Ce n’est pas ma faute  » lui dit il dans un sourire.
Puis il l’embrassa.

Dans le froissé des voiles

Loin des terres et des mers
Qui bordent toute vie
L’esprit en bandoulière
Traverser l’éphémère
Caresser l’infini
Naviguer dans le rien
Se vider du trop plein
De l’au-delà des mots
Et de ces oripeaux
Qui encombrent les âmes
Aux contours de l’immense
Suivre des yeux l’étoile
Écouter le silence
Dans le froissé des voiles
Où se déplie le temps