Le poème s’écrit

 

 

Parfum
D’encens
Échappé
De terres inconnues
Îles lointaines
Renfermant
Leurs secrets

Moiré
De crépuscule
L’indécis
Se profile
Ondule
Son silence
Sur les choses
Et les êtres

Avec
Pour seul postulat
Sa présence au monde
Du plus occulte
Au plus intime
Le poème s’écrit.

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Continuera sans nous la procession des jours

Se tenir là, dans l’écoulement des jours, au fuyant d’un cours d’eau oublié, au seuil des saisons.
Puisque tout doit finir pour reprendre le tempo invariable, la danse lancinante et répétitive, la rythmique obstinée d’un Boléro de Ravel.
Composer avec ce qui nous compose. Fuir ne servirait à rien. Si la vie s’achève, sa symphonie reste inachevée.
Tes souvenirs sont ces trésors amassés dans tes poches d’enfant.
De mains ouvertes en poings fermés, de poings fermés en mains ouvertes…
Dans l’écoulement des jours.

La nuit finira
Par dénouer nos silences
Par en éparpiller les rubans

Continuera sans nous
La procession des jours
Le dur labeur
De l’inachevé

De poings fermés
En mains ouvertes…

Virtuel ? Vous avez dit virtuel ?

Virtuel ? Vous avez dit virtuel ?

Les limites d’une non rencontre…

Plus simplement : où le hasard ne peut avoir lieu.
Le ciel touche à l’indicible.
Le virtuel, quant à lui, ne passe que par le dire.
Un dire sans faire.
Un cache derrière les mots affranchis du réel.

« Pouvez-vous dire quelle a été la rencontre capitale de votre vie ?
– Jusqu’à quel point cette rencontre vous a t-elle donné, vous donne-t-elle l’impression du fortuit ? du nécessaire ? »

André Breton
 » L’Amour fou ».

La rencontre, qui finalement n’aura pas lieu, se contentera du mystère entretenu ; son existence restera resserrée sur elle-même.
Contenant toutes les attentes, tous les désirs, et tous les non-dits des lèvres absentes de regards.

Déployez :
Les replis du cœur
Les circonvolutions de l’Esprit
Les sinuosités de l’Âme.

Se laisser happer par l’imprévu de l’écriture. Le pieux mensonge de l’écriture.
Son évasion.
Son refuge.
Sa rédemption.

Entre les lignes, les espaces sont infinis.

Et le ciel touchera enfin l’indicible.

Nous n’existons que par la promesse à venir.

Josette Hersent - Poésies et Photos ©

soir début juin 005

Magnifique est la confiance des fleurs à se refermer chaque soir dans cette espérance du matin à s’ouvrir à nouveau.

La quiétude du moment ne peut suffire au bonheur. Il faut la joie, contenue dans la promesse de son éclat, qui chaque fois a le pouvoir de se dépasser.

Nous n’existons que par la promesse à venir… celle qui nous tient tout entier, qui nous contient bien avant que nous ne la pressions dans la paume de notre main.

Le rêve n’est-il pas un arrangement avec la réalité ? Un mariage entre un désir et sa promesse, s’étirant déjà dans l’ailleurs.

Exister dans cette attente, c’est tenir la promesse en éveil. C’est garder notre rêve aux confins de tous les possibles.

La succulence du fruit n’était-elle pas déjà contenue tout entière dans la fleur ?

La vie confisquée ne peut nous être rendue à son point de rupture. Le présent compte, mais…

Voir l’article original 23 mots de plus

Nuit de deuil, lumière d’Amour…

 

 

 

 » L’amour est-il un événement ? Oui. C’est un instant d’arrêt, une stupeur, puis une longue crue. »
Fabien Ribery

 

Si l’on pouvait trouver une analogie entre la nuit du deuil et la lumière de l’amour, ce serait peut-être par ce temps statufié, sidéré, devenu tout noir ou tout bleu, et de notre pensée tournée vers un seul et même objet.

Temps du deuil
Temps de l’Amour

 

De deuil ou d’amour
la pensée tout occupée
par l’unique objet

#haïku

Voyage

 

Jolie fleur étiolée
De n’avoir vu du jour
Qu’un trop mince filet
N’étiez-vous pas bien née ?


Comment être restée
Toute une vie durant
Sans connaître le vent
Et son doux chant d’amour ?


Pourtant dans ce chagrin
À l’abri de vos murs
Vous vivez l’aventure
De paradis cachés
Perdus puis retrouvés
À l’aune d’un baiser


D’aubes et de crépuscules
De prairies qui ondulent
Sous la vague des blés
Tout meurtris de soleil


Le songe se propage
Un coquelicot sage
Dans sa robe vermeille
Vous invite au voyage
Le temps d’un mariage
Ou d’un rêve d’été.

Premières aurores….

 

 

Premières aurores….

Son pur regard

Non encore dirigé
Hors du temps
De sa présence
Au monde
Sans mémoire
Sans hier
Sans futur
Sans projection
Le présent
Pour éternité
Articulation
Du moi au soi
Du soi au moi
Plus tout à fait chrysalide
Pas encore papillon
Abandon total
À la vie
La grâce d’être
Sans conscience d’être
Ou simple fleur
Arbre
Mer
Galet
Comme eux
Faire le job de la vie
Présence au présent
Sans lourdeur du passé
Sans crainte de l’avenir
Sans la peur
D’avoir un jour
À fermer les yeux.

Et toujours ce silence, voile d’infini, qui danse… qui danse…

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« Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver »

René Char

Celles-là sont les plus rares et les plus élégantes. Ce sont celles qui nous arrivent tout en retenues et nimbées de délicatesse.

La parole ne tient pas

Vient toujours son dégel

Parfois la fonte des mots

Disperse dans l’espace

En touches de lumière

Quelques vers du poète

Mais quand elle vient coucher à terre

Les paroles de glaise

Celles qui volent si bas

Qu’elles s’accrochent au pas

Sans jamais voir le ciel

Il vaut mieux le silence.

 

Et sa virginité

Intacte des fragrances

Et des fracas

Du monde.

 

Oui, mieux vaut le silence…

 

Lui seul a la pureté

Et toutes les couleurs

Et toutes les saveurs

Des vœux non prononcés

Son chant n’est que murmure

C’est la voix de l’absence

Qui console du langage

Inaudible des mots

Quand résonne le faux.

 

Silence…

Compagnon…

Des heures sans.

 

Communication feutrée

Étamine du rêve

Fleur de la pensée

Matrice de l’écriture.

 

Le premier, le dernier

À nous entourer.

Silence ! Silence ! Silence !

Un ciel Stendhalien

« S’il fait beau durant la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 novembre, habillez-vous chaudement et sortez sous le ciel le plus sombre possible en vous éloignant des lumières artificielles. Pendant moins d’une heure, centrée sur 4 h 50 min (temps universel), soit 5 h 50 min en France métropolitaine, des dizaines, voire des centaines d’étoiles filantes pourraient rayonner autour de la constellation de la Licorne, non loin de l’étoile Procyon du Petit Chien, c’est-à-dire au-dessus de l’horizon sud-ouest en Europe, près du zénith aux Antilles et à l’est du ciel en Amérique. »

Guillaume Cannat

 

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Photo : Ciel Stendhalien

Marie scrutait le ciel. Qui n’a pas rêvé en regardant un ciel étoilé à ce rapprochement entre l’immense et l’infime de sa propre vie ?

Puis se dire que ses parents, grands-parents, et tous les aïeux dont elle descendait avaient vu le même ciel, avaient eu certainement ce même questionnement et ce sentiment d’humilité face à cet émerveillement.

Tandis qu’ici-bas tout se bousculait, le temps là-haut prenait son temps. Environ dix milliards d’années, pour une étoile ayant la masse du soleil, avant qu’elle ne s’effondre sur elle-même ou explose telle une supernova. Trois mille étoiles observables à l’œil nu. Vertige. Et ce décalage vers le rouge dû à l’expansion de l’univers, ces trous noirs, cette énergie noire découverte récemment… Marie se dit que le ciel était très Stendhalien.

Partout cette dualité entre énergie et mort. L’ordre dans le désordre. Commencement et fin intimement imbriqués, enlacés. Les lois de l’astrophysique étrangement proches de celles qui régissent les êtres vivants. Impossible de ne pas faire ce rapprochement.

Erreurs spontanées ou causes identifiables, les étoiles peuvent-elles échapper à leur destin ? Sont-elles programmées, elles aussi, pour naître et mourir ?

Marie remonta sur ses épaules le chandail qui venait d’en glisser, d’ailleurs il était temps de se mettre à l’abri du froid.

Elle se sentait fragile et forte en même temps ; fragile de cette vie qui lui échappait, forte d’être là, descendante d’une sélection naturelle ( ce qui n’est pas rien), forte que sa mort participera à ce continuum.

Et si la mort n’était qu’un retour à cette expansion continue et sans fin… la vie une erreur de parcours (telle une cellule qui s’échappe et devient autonome, pour en revenir au corps humain).

Josette Hersent.