Nous n’existons que par la promesse à venir.

 

soir début juin 005

Magnifique est la confiance des fleurs à se refermer chaque soir dans cette espérance du matin à s’ouvrir à nouveau.

La quiétude du moment ne peut suffire au bonheur. Il faut la joie, contenue dans la promesse de son éclat, qui chaque fois a le pouvoir de se dépasser.

Nous n’existons que par la promesse à venir… celle qui nous tient tout entier, qui nous contient bien avant que nous ne la pressions dans la paume de notre main.

Le rêve n’est-il pas un arrangement avec la réalité ? Un mariage entre un désir et sa promesse, s’étirant déjà dans l’ailleurs.

Exister dans cette attente, c’est tenir la promesse en éveil. C’est garder notre rêve aux confins de tous les possibles.

La succulence du fruit n’était-elle pas déjà contenue tout entière dans la fleur ?

La vie confisquée ne peut nous être rendue à son point de rupture. Le présent compte, mais son bonheur fugace ne peut que se fixer dans une incertitude. Il faut la promesse de la joie et de son jaillissement futur.

Entre notre intérieur et notre extérieur les vases sont communicants.

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« Nous avons une légère avance sur la grande vague noire dont parfois nous entendons le grondement au loin. Que faire de cette avance vite perdue ? Qu’en faire de sensé sinon rien, marcher sur une route de campagne,, ouvrir un livre, regarder une rose faire craquer son corsage ? »

Christian Bobin .

 

Entre notre intérieur et notre extérieur les vases sont communicants.

Vieillir… ou quand la fragilité du corps gagne sur la force de l’esprit…

Nous ne sommes pas plus qu’hier ou moins que demain, pourtant le poids entre extérieur et intérieur finit toujours par s’inverser.

À quel moment se fait la bascule ? Pas au même rythme pour tous ; les grands changements s’opérant en fonction du vécu, des acquis, expériences, et des bons ou mauvais gènes propres à chacun. Ainsi notre glaise se transforme plus ou moins rapidement, plus ou moins consciemment, plus ou moins dans l’acceptation ou la résistance.

Tant que j’apprends, j’ai l’impression d’aller de l’avant, mais surtout d’être vivante, pourtant l’inévitable métamorphose commence bien avant la naissance. C’est une loi inscrite dans le grand livre de la vie, et nous ne sommes pas plus libre dans ce domaine que la chenille et le papillon.

C’est une course contre le temps : de celui qui passe, qui s’est perdu, qui manque, que l’on donne. Nous nous retrouvons donc être dans cet espace, propre à chaque individu, gardien et prisonnier de ce temps qui nous est imparti. Entre course et abandon nous jonglons le plus possible, le plus longtemps, pour maintenir notre balance à son point d’équilibre.

Ce glissement insidieux et délétère nous porte pourtant vers une métamorphose, et tel le papillon le fait pour déployer ses ailes, nous devons quitter notre confort et apprendre à abandonner pour s’abandonner… Sachant que le changement est inévitable, mais que la transformation n’implique pas la perte d’identité, et que nous n’abandonnons que cette part vouée à l’éphémère.

Se détourner du miroir n’en ôte pas l’objet. Faut-il pour autant accepter l’image qu’il nous renvoie, ou celle que nous renvoie l’autre ? Et si notre visage finit par ressembler à un livre ouvert , c’est nous seul qui l’avons écrit et qui décidons de son avenir, comme le détourner des regards en le cachant dans un coin obscur de notre bibliothèque ou de le laisser au chevet de notre rêverie s’inventer d’autres chapitres et continuer à s’écrire.

Écrire pour retirer du silence au silence

 

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« et puisse être la mort

cette chemise d’eau qui glisse du bras

après la nage

et que soit la tristesse

cette lumière répandue dans l’herbe

qui fera le soir venu

un autre ciel à la mémoire »

Jean-Pierre Siméon

 

Et ce soleil

Qui est venu te chercher

Ne pourra atténuer

La tristesse des vivants

 

Ce contraste à la nuit

Cette claque dans le silence

Et ce chagrin immense

Au matin

 

Était-ce pour te vêtir

Comme l’est la jeunesse

D’un habit de lumière

 

Ou bien pour nous dire

Que le deuil d’une mère

Emporte avec lui

Le cœur de toutes les mères

 

Écrire pour retirer

Du silence au silence

Pour relier les vivants

Dans l’absence

 

Passer la porte des ténèbres

Et que dans l’obscur

Brille une lumière.

À Mathieu et Françoise