Lui de la nuit, elle belle de jour.
À l’instant où le jour laisse place au crépuscule et que le soleil semble s’enfoncer dans la mer.

Il avait dormi si longtemps
Dans un petit appartement
Entre buffet et canapé
Le clavier toujours fermé.
Il est des morts dont on tait tout
Le couvercle est bien mis partout
Pas seulement sur le cercueil
Dans le tenir et dans l’orgueil.
Petit frère ce sont tes doigts
Qui ont dû la dernière fois…
Jouer sonate, jouer gavotte
Faire vibrer, chanter les notes.
Dans un petit appartement
Un piano disait l’absence
Un taiseux nous contait l’enfance
Les souvenirs d’une maman.
Survivre à son enfant, voilà bien un pari
Que je n’aurais voulu tenir à aucun prix
Rien de bien exaltant à ce fameux réflexe
Qui fait courir les oies…quand on leur coupe tête !
Entre souvenirs et trous noirs
Un jour s’épuisent nos mémoires
On ne peut pas gommer sa vie
La réécrire à l’infini.
Je prends, je laisse, je délaisse
Il faut ignorer ce qui blesse
Du temps cloisonner les couloirs
Se dédouaner de son histoire.
Les sentiments dans le silence
Affleurent, effleurent la conscience
Dans une sourde progression
Creusent en nos âmes leurs sillons.
Un pansement aléatoire
Dans cet oubli très provisoire
Un baume posé sur ces peurs
Qui font des fêlures à nos cœurs.
Je fais le voyage à l’envers
Remonte aux sources des rivières
Aux méandres de la mémoire…
Tous les reflets, tous les miroirs.
De l’étang montait un brouillard
Aucun soleil pour le percer
Et les grands arbres étêtés
Dans ce deuil voilaient leurs regards.
Le temps soudain comme arrêté
Tout attendait…le teint blafard
On ne sait plus s’il se fait tard
Ou si le jour vient de pointer.
Ni si le rose nénuphar
S’ouvre tout pleurant de rosée
Ou bien si la nymphe prépare
Son jupon vert à reposer.
L’homme a descendu la vallée
Il en connaît tous les détails
Chaque caillou et chaque faille
Chaque massif, chaque fourré.
Un écriteau perdu plus bas
D’un mauvais bois tendait son bras
Quelques trompettes sous le pas
Chantaient à l’étang le trépas.
Le sous-bois semblait le témoin
Discret du chagrin de l’humain
Pour l’avoir entendu souvent
Pleurer dans le vent son tourment.
De l’étang montait un brouillard
Aucun soleil pour le percer
Et les grands arbres étêtés
Dans ce deuil voilaient leurs regards.
Mon rêve de la nuit, bien qu’en alexandrins
N’aura pas survécu au soleil du matin
Ainsi l’amour décline aux feux des projecteurs
Quand de l’ombre il lui faut si l’on ne veut qu’il meurt.

La nuit ne serait plus la nuit
Sans alternance avec le jour
Mais où s’en va mourir l’amour
Privé de soleil et de pluie?
Rejoindre l’indicible amour
Qui engendre tous les amours
Ce que l’infini a touché
Ne peut être désenchanté.
Aucun humain pour le ravir
Le remède au mal serait pire
Plus rien ne pourra l’abîmer
Au ciel son amour prisonnier
Il n’a pas retenu sa main
Alors elle a pris son envol
Dans la brume de son chagrin
Un oiseau aux ailes brisées
Sans un cri a frappé le sol.
Je ne peux ni voir son visage ni entendre sa voix, pourtant rien de lui ne m’est inconnu ou sombre
À lueur de son âme, tout est reconnaissance.

Un vieillard ce matin a quitté notre monde
Une vie sans regrets, accomplie et féconde
Son départ préparé, via son grand voyage
Parti l’esprit serein, sans futiles bagages :
« Ma vie a été pleine et pour moi il est temps
De passer le flambeau à mes petits enfants »
Un jeune homme au matin a quitté notre monde
Ce vingt et un septembre décidemment immonde
N’était pas préparé… au seuil du grand voyage :
« J’ai trop de choses à faire, il n’est pas de mon âge
J’ai encore à rêver, à créer, à construire…
Je dois pouvoir aimer, partager et puis rire ».
Mon fils, j’aurais aimé que tu sois ce vieillard
Et ne pas être celle qui te ferme les yeux
Dans l’au-delà t’attendre et ouvrir ton regard
Guider tes premiers pas dans ce ciel qu’on dit bleu.
De l’étang montait un brouillard
Aucun soleil pour le percer
Et les grands arbres étêtés
Dans ce deuil voilaient leurs regards.
Le temps soudain comme arrêté
Tout attendait…le teint blafard
On ne sait plus s’il se fait tard
Ou si le jour vient de pointer.
Ni si le rose nénuphar
S’ouvre tout pleurant de rosée
Ou bien si la nymphe prépare
Son jupon vert à reposer.
L’homme a descendu la vallée
Il en connaît tous les détails
Chaque caillou et chaque faille
Chaque massif, chaque fourré.
Un écriteau perdu plus bas
D’un mauvais bois tendait son bras
Quelques trompettes sous le pas
Chantaient à l’étang le trépas.
Le sous-bois semblait le témoin
Discret du chagrin de l’humain
Pour l’avoir entendu souvent
Pleurer dans le vent son tourment.
De l’étang montait un brouillard
Aucun soleil pour le percer
Et les grands arbres étêtés
Dans ce deuil voilaient leurs regards.