
On ne sait rien sur le deuil. Le deuil ne s’apprend pas, ne se vit pas. On ne peut ni s’y préparer ni l’apprivoiser car il n’est jamais à l’identique. Il nous prend, nous accapare entièrement, nous viole, nous sidère, tue en nous jusqu’au souvenir de qui nous avons été. Il est extraordinaire au sens qu’il n’a pas de comparatif sauf peut-être d’être avec l’amour, ( quand il nous tombe dessus littéralement ) inimaginable par son imprévisibilité. Les similitudes avec l’amour s’arrêtent là, cela même si le deuil révèle la puissance de l’amour, celui que l’on porte à la personne disparue, mais aussi notre capacité à aimer encore les vivants, au-delà de la souffrance, de la perte, du manque. Il amplifie et sonde tous nos sentiments.
J’ai fait un petit poème sur une rose et un millepertuis, ce n’est pas un poème sur le deuil , c’est même tout le contraire, il dit la vie qui croît en nous comme le ferait une fleur du désert, là où on ne l’attend pas, où on ne l’a jamais attendue, espérée. Promesse d’une renaissance où le moi pourrait s’incarner à nouveau, vibrer de plénitude. On dit que l’amour est plus fort que la mort. Je crois que c’est plutôt la vie, même pauvre, même abîmée, qui est plus forte. C’est elle qui repousse les limites du corps qui la porte jusqu’à l’extrême . À moins que ce ne soit l’amour de la vie.
Ce poème il dit aussi qu’il n’y a pas de consolations. Il y a des joies qui arrivent après les tristesses, elles ne les recouvrent pas, elles sont de petites portes qui s’ouvrent sur les silences.
Il m’est venu comme ça, sur une route de vacances, en voyant justement ces deux fleurs, sur le bord d’un talus, survivantes malgré la pollution, si différentes et pourtant si proches que leurs ombres projetées semblaient s’embrasser. Je leur ai inventé une plus jolie histoire, avec un grand jardin ou parc, avec de grands arbres pour l’ombre quand le soleil est trop ardent, aux branches tendues vers le ciel, aspirées dans leur ascension les soirs où la lune les embrase d’une étrange lueur. Qui sait où nous porte le rêve. La vie est partout.
Une Rose et un Millepertuis
Une rose et un millepertuis
Se sont rapprochés cette nuit
Lui, le cœur gorgé de soleil
La bonne humeur dès le réveil.
Elle, à l’indicible ennui
N’attendait plus rien de la vie
Ensemble pourtant avaient grandi
De même terre s’étaient nourris.
Dans ce grand jardin déserté
Tristesse et joie se sont aimées
Premier émoi, premier matin
De leurs éthers…un seul parfum.
Il mit de l’éclat, du vermeil
Sur son teint de rose pastel
Puis sur son cœur posa de l’or
Pour en dissiper les langueurs
Une rose et un millepertuis
Se sont aimés toute une nuit.