Si vous venez à moi…

Je ne suis du voyage où se perd la raison
Je ne puis vous offrir où d’autres excelleront
La nature est pourvue de tant de malfaçons
La divine ambroisie en deviendrait poison



Il y a tant d’images et cent mille façons
À clamer liberté l’amour devient prison



L’empreinte d’un baiser où le rêve est passé
Le précieux nectar sur mes lèvres à jamais
Un « Je t’aime » à lui seul la parole et l’écho
Voyez dans son envol beaucoup plus que des mots.

Le parfum envoûtant des fleurs après soleil

Au moment indistinct où jour et nuit se fondent
On est déjà demain confondant les deux mondes
Un bien doux souvenir effleure son esprit
C’est sa peau qui lui dit avoir rêvé de lui.


L’épiderme en aura tout au long de ce jour
La mémoire du songe au toucher de velours
Au parfum envoûtant des fleurs après soleil
Joli cœur retenant la promesse du miel.


Impatiente elle attend revivre le secret
Son esprit vagabonde en d’étranges contrées
Où les âmes se fondent, épousent leurs contours
Échangent leurs murmures en tendres mots d’amour.


Son rêve c’est sa main qu’elle voudrait tenir
Et par là raviver le lointain souvenir
Chaque nuit désormais c’est le même voyage
Pour à son âme sœur sa demande en mariage.

Seulement s’il le veut

Seulement s’il le veut m’a répondu le ciel

Le choix doit être libre il n’est de bon conseil

Qu’à celui qui est prêt à tendre son oreille

Notre rôle n’est pas de répondre à tes souhaits

Mais d’être à tes côtés pour te faire évoluer

Si nous sommes avec toi tu portes tes valises

Les contours restent flous aux âmes indécises

L’amour n’a d’autre loi que d’en avoir aucune

Les assauts de la mer, le calme des lagunes

Quand tu offres ton cœur n’attends pas qu’il revienne.

Amour ! Amour ! dis-moi : que sommes-nous devenus ?

Comme ces photos remisées, piquetées d’oublis, le temps finit aussi par se jaunir au cannelé des jours.
Amour ! Amour ! dis-moi : que sommes-nous devenus ?

Et l’Amour de répondre…

-Ta vie n’est pas éternelle, n’attends pas d’être devinée.

Entre ces deux vérités que sont l’aurore de la vie et son crépuscule, la mouvance des saisons, le flux et le reflux des jours piétinent nos certitudes.


Que d’aurores oubliées de crépuscules enfouis
Puisque rien ne se perd dans les couloirs du temps
Il nous faut refleurir le jardin des oublis
Recouvrir d’un fourreau de l’épée le tranchant
Pour que l’amour soit tout autrement que blessant
Et ne garder au coeur
Que la douce rambleur.





La danse des miroirs

Au vertige d’un soir
La danse des miroirs
Tout de bleu et de rose
L’estran écrit sa prose
Sur le sable mouillé
Nostalgie et regrets
Laissent leurs corpuscules
De cristaux argentés
L’heure est au crépuscule
L’onde crisse et ondule
Le ciel est funambule
L’air salin véhicule
Son cœur abandonné
Au souffle de l’été
Les embruns de la mer
L’écume douce, amère
Des amours éphémères
Et l’infini recule.

Une illusion

Au moment où le corps glisse le long des berges

D’un destin fabuleux, mystérieux et vierge

Et que brille très haut la lune dans la nuit

Vous venez, tel un Dieu, habiter mon esprit.

Une douce moiteur échappée au réel

Floute ma conscience entre veille et sommeil

Si vous le voulez bien, restez pour le voyage

Nous collectionnerons nos plus belles images.

Le songe est au présent nous voici transportés

Dans l’ivresse et la joie d’un pays enchanté

Mais très vite vos lèvres empreintes de pâleur

Ne peuvent murmurer les mots doux à mon cœur.

La lune a vernissé le tableau qui m’est cher

Tout semble statufié, vos yeux… une illusion ?

Votre bouche, vos mains, votre front haut et fier

Sont au rêve la fleur de l’imagination.

Ce roulis des jours

La vie contourne
tes résistances
tes abandons



Ce roulis des jours
Ses frappes
Ses sourires


Et la vague
qui grossit
au large


Pourquoi t’en inquiéter
quand tu te tiens
au faîte des lointains


Ton corps d’argile
son feuilleté de lunes
sa soif de désert


Ton âme sage
du seul contentement
d’être en vie


Qui autre que ton ombre
pour en deviner
les tourments.

À l’heure de l’oubli…

Pas même le temps de le dire… l’instant est d’éternité, mais l’éphémère y chemine encore, le dernier invité qui ne veut pas partir ; combien on s’y accroche à cette vie qui s’effiloche.

Traversée nocturne

dans l’absolue solitude

d’un monde à l’autre

À l’heure de l’oubli…

Que ramènerons-nous

quand nos yeux se fermeront

et que nos paupières deviendront

plus lourdes que la pierre ?

Peut-être un peu de cette glaise

que nous avons tant et tant pétrie

et remaniée

au creuset de l’Amour.

Cette vie qui défile, tel un film en accéléré, et nos yeux tout étonnés de ne pouvoir rester grands ouverts jusqu’au mot « Fin ».

— Il me faut garder mon poing bien serré après y avoir enfermé mes plus jolis souvenirs, pense celle qui doit partir.

Et puis courir plus vite que le temps, plus vite que sa peur même, qu’elle ne puisse tout engouffrer dans l’effréné voyage, avant de franchir le Rubicon.

Là seulement, dénouer ses doigts et sa peur ; laisser s’envoler en myriades de couleurs tout ce que renferme de beautés l’éphémère.

Le noir, l’obscur, cette fois n’aura pas gagné.

Aurai-je le temps de trier ce que je veux ramener dans mon bagage ? dit une petite voix soudainement redevenue timide, presque enfantine.

Éphémère empreinte

tels les cailloux font des ronds

dans l’eau des rivières

Sont nos souvenirs…

À l’heure de l’oubli…

Un enfant rit. À sauter les fossés, genoux et culotte ont gardé un peu de terre du talus.

Envol de l’esprit vers d’autres sphères, cachées et mystérieuses, à peine devinées, et que l’on ne peut saisir.

Conflit entre l’âme et le corps. Déjà ici, flotte un parfum de vanille…

Mourir à son être

renaître en celui qu’on aime

l’amour infini

Si seulement cela était possible : y croire encore, recréer ses illusions, refaire les mêmes erreurs, renaître après le mourir en celui qu’on aime…

Elle avait pris ce pli Victor Hugo

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c’était un esprit avant d’être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh! que de soirs d’hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elle est morte! Hélas! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

La rencontre

Elle se préparait au jour de la rencontre
Arrangeait ses cheveux, vérifiait sa montre
Dans les moindres détails façonnait en orfèvre
Du rubis l’incarnat d’un été pris de fièvre.

L’aventure rêvée avec ce temps d’avance
Ne risquait-elle pas d’en ôter la puissance
Et ce chemin pavé de désir au velours
Frappé aux quatre coins par le manque et l’amour.

L’attente si cruelle aux âmes qui se cherchent
Et de ce temps perdu son visage est recherche.