les « Pioupious » de mémé, une petite boîte en laiton, un souvenir de guerre.


D’un air mystérieux et avec de grandes précautions, mémé sortait ses trésors de la grande armoire, non sans que nous l’ayons priée auparavant, mais cela faisait partie du jeu.

« Raconte encore, s’il te plaît, quand tes frères sont partis à la guerre… »

Et de sortir souvenirs et trésors dans un mélange d’odeurs de naphtaline et de lavande en sachet.
J’ai toujours aimé cette odeur qui s’échappait de la grande armoire, liée à jamais dans mon souvenir aux choses importantes, précieuses, qu’il faut sauvegarder.

De cette pièce, où chaque objet tenait une place précise auxquelles nos mains d’enfants s’abstenaient toute découverte, je me souviens très bien de l’agencement et de ses détails : la grande armoire à deux portes, du lit à son opposé, de la tapisserie à grosses fleurs, du porte-manteaux appuyé à la porte de séparation ; porte condamnée quand mémé louait une partie de l’appartement à des vacanciers ; la pièce principale nous servait alors de salle à manger, cuisine et chambre à coucher.

Mémé partageait son lit avec Pulchérie (la poupée que nous ne pouvions toucher que des yeux), mon frère Gérard dormait sur un lit d’appoint, et moi, la plus petite et la plus légère, sur un gros matelas de plumes, d’où je m’enfonçais avec la sensation de disparaître dans un cotonneux et évanescent nuage.

« Raconte encore, s’il te plaît, quand tes frères sont partis à la guerre… »

Et mémé, pour nous plaire et un peu aussi pour se faire plaisir, ouvrait les portes de la grande armoire.
C’est dans cette atmosphère, tamisée de lumière jaune et de souvenirs un peu jaunis eux aussi, que mémé nous racontait ses frères, ses pauvres pioupious comme elle les appelait, la guerre des tranchées, la boue et le froid qui empèsent les vêtements, les gamelles de fer blanc, le manque de tabac, les mots griffonnés en hate au dos d’une carte postale…

Montre-nous la jolie boîte en laiton qu’un de tes frères a confectionnée pour toi !
En la regardant aujourd’hui, je me dis que peut-être, en la ciselant de manière si fine, ce frère en oubliait un peu la dureté de la guerre, la saleté, les privations, le manque des siens…













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2 réflexions sur “les « Pioupious » de mémé, une petite boîte en laiton, un souvenir de guerre.

  1. Ceci est un beau texte, qui reflète exactement la situation après guerre – dans les yeux et emotions d’un enfant. Il est adorable et magnifique. Chez moi il provoque des souvenirs. Merci, Josette! Amicalement, Franziska

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