La porte

 

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La porte n’est pas un mur disait une petite voix qui semblait sortir de l’intérieur de la maison. Cherchait-elle à se rassurer voyant que le bois avait gonflé pendant la nuit ; une pluie battante en avait boursouflé jusqu’au dormant, bloquant ainsi sa possible ouverture.

Le temps passant, un tas de feuilles s’était agglutiné au seuil de la porte, puis des araignées avaient tissé leurs toiles, sans que personne ne s’en inquiète.

Combien de temps cela avait-il duré…

— On ne la voit jamais sortir dit une voix.

— Je crois même ne l’avoir jamais vue lui répondit une autre voix.

— Bah ! Cela n’est pas notre affaire conclurent en cœur les deux passantes.

La pluie avait cessé pourtant depuis belle lurette, il y avait même eu l’éclaircie d’un printemps, puis la brûlure de l’été sans que la porte ne soit ouverte. C’était comme si deux forces identiques la maintenaient close, deux vides à la volonté intacte de préserver une solitude.

Avec l’entêtement du temps à épuiser le passé, à bousculer le présent, sans page à tourner, la porte s’était un soir refermée sur la vie pour ne plus jamais s’ouvrir.

Aucun rejet du monde, aucun repli ni oubli, pas plus qu’un renoncement, plutôt une lassitude et une usure naturelle prenant des airs de résilience. La roche finit bien par se transformer en sable, le sable consolidé sous l’effet d’une sédimentation en grès, et le grès de s’effriter lui aussi sans savoir qu’il a été sable. Ainsi se font puis se défont les choses.

Inutile de tenter une sortie, d’ailleurs l’extérieur était devenu bien trop sombre ; sans regards les choses et les êtres finissent par s’absenter. Ne sommes nous pas les figurines d’une estampe vouée à s’effacer ?

En se refermant de façon définitive, la porte a balayé l’inutile, l’impossible, la tourmente d’un brin de folie qui s’étiole, rendant justice à l’implacable réalité.

Ici, derrière la porte, il ne restait qu’un rêve.

 

 

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2 réflexions sur “La porte

  1. Une phrase extraordinaire qui exprime tout: … « la porte s’était un soir refermé sur la vie pour ne plus jamais s’ouvrir. »

    Cordialement, Franziska

    J’aime

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