Pensait-il encore à « Elle » ?

François referma son livre. Un pavé dont il craignait ne jamais voir le bout.
Un coup d’oeil à sa montre le précipita dans la salle de bains.
Depuis quelques mois, après toutes ces restrictions, lui reprenait l’envie de sortir, de voir du monde,
Il se demandait même comment il avait pu se passer de cette liberté.
Très apprécié en soirée pour sa bonne humeur, sa conversation, il lui avait été facile de renouer avec d’anciens amis.

Pensait-il encore à « Elle » ?

De moins en moins, sans le vouloir. Cela était venu en pente douce, insidieusement.
Le temps œuvrait simplement, à sa manière, grand déserteur de nos hiers. La fuite en avant, voilà la vocation du temps.

Francois était sincère, là n’était pas la question.

Comme il l’avait été dans l’affection, il l’était dans le désamour.

Bien avant la fusion des sentiments, il y avait eu cette période magique de la découverte de l’autre.
Le printemps n’est pas plus prometteur, plus comblé de balbutiements, d’éblouissements, que cette rencontre entre deux êtres.

Un appétit de joies nouvelles tout contenu dans le plaisir de la découverte de l’autre.

Ce sont les heures bénies des prémices, des projections, des miroirs dorés.

Le temps des heures vides, creusent, sans vie, si elles ne sont pas remplies par l’aimé, l’aimée.

Hier encore, les discussions jusqu’à plus d’heure, les mots tendres échangés ; ces fleurs de tendresse au parfum d’antan. Mots d’amour tant de fois usités, épuisés, mais réinventés par les amoureux de toutes les époques, et qui restent l’unique propriété de chaque histoire.

L’amour est un tapis de fleurs perdu dans un champ semé d’ivraie.

Un tapis de fleurs que le temps finit par piétiner d’ indifférence, de retraits, d’ennuis peut-être…

Les plus belles histoires, comme les plus jolies fleurs, finissent toujours par s’étioler.

François avant de partir regarda sur son téléphone s’il avait des messages…

Il vit le cœur sous son nom, sans que cela ne fasse battre le sien.

*
Tant que l’Amour durera…

Il y aura cette aube
Au pastel indistinct
Concassé de pralin
Au fondant doux et rose.





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En lisant  » Pour un tombeau d’Anatole »

Quelques mots, un ressenti. Aucune interprétation qui serait malvenue.

La révélation
L’impossible
Consolation

Maladie

Seul l’enfant
Indemne du savoir
Le cri de la mère
La stupeur du père
De ce qui n’est déjà plus la vie
Sans pourtant être la mort

Survie

Le garder
Le plus longtemps
Tout en sachant
L’inéluctable
Lui donner notre force
Lui ôter de sa mort
Par l’espoir chevillé au corps.

*
Vainqueur
Avant l’heure
En sa chair
Le néant
S’immisce
S’invite
Doucement
Irrémédiablement
Insuffle
Son sépulcre
Non pas
Pour en extraire
La vie
Mais
Pour la pénétrer.

A Rémi

Ce manque qui creuse en nous un absolu.

Je ne me souviens pas qu’il soit entré à l’intérieur de l’appartement ce jour-là.

Je le revois, debout sur le pas de la porte, je me rappelle avoir été un peu surprise par sa visite.

Mon petit frère.

Je pense qu’il est passé juste pour me voir une dernière fois. Lui le savait déjà, même si de façon inconsciente, il y a tant de choses qui nous échappent.

Et moi, si une intuition avait effleuré mon esprit et que je n’en avais rien fait ?

Il a dit : «  Cette fois, je n’aurai pas d’échecs. »

Je ne me souviens pas l’avoir questionné sur le sujet.

Après coup, bien sûr, j’ai pensé : j’aurais dû creuser, demander le pourquoi de cette phrase, le faire entrer. .. la sourde culpabilité qui travaille ceux qui restent.

Il était pressé. Il était beau et pressé. Tellement beau !

La morgue était glaciale. La pièce immense. Peut-être qu’elle n’était pas si immense, mais c’est que je redevenais soudainement si petite en refusant de voir, en ne voulant pas être là, en y étant pourtant sans y être, mais avec cette sidération qui met de la distance, qui soustrait au réel.

Avant cela, il y avait eu la sonnerie du téléphone au matin. L’annonce. La perte d’un monde que l’on ne retrouvera pas. Plus jamais à l’identique.

Et le lien invisible des parents séparés qui se ressoude malgré eux dans la perte.

Je le revois, debout sur le pas de la porte, je me rappelle avoir été un peu surprise par sa visite.

Il a dit : «  Cette fois, je n’aurai pas d’échecs. »

A Rémi.

L’écriture ne comble pas les manques, elle les accompagne.

Mélanie écrit. Elle écrit chaque fois que la vie lui devient plus pesante, que les liens
se relâchent, que le fil rouge qui la relie au réel se distend.

Ton ombre te devance, tu la suis.
Et s’il suffisait d’inverser l’éclairage ?

Ce ne sont pas toujours les chagrins qui nous font sombrer. Le corps, d’abord raidi par la sidération, s’en va ensuite creuser la terre, je dis la terre parce que c’est elle la nourricière qui nous maintient en vie, mais je pense davantage à toutes ces aides du quotidien, ces choses si simples et si petites qu’elles ne font pas vraiment rêver, mais qui nous tiennent et dont la force douce est un ancrage.

Paradoxalement les grandes joies peuvent nous effondrer. Quand le ciel se rapproche si vite que son bleu nous envahit, nous transperce. Si l’esprit n’est pas préparé, quand le sol se dérobe c’est le corps qui vacille en premier.

Mélanie a repris ses cahiers à gros carreaux et à larges marges ; aux marges où les oublis se trouvent réparés.

Mélanie retrouve le chemin de l’écriture. Celui qui relie le ciel et la terre, les chagrins et les joies. Pour que les ombres finissent par se coucher, comme les mots sur le papier.

Avez-vous seulement perçu cet abandon De l’âme qui se sait rentrée à la maison ?

Dès le premier instant, mon âme fut troublée
Pourquoi suis-je venue, pourquoi suis-je restée ?
Avez-vous seulement perçu cet abandon
De l’âme qui se sait rentrée à la maison ?

Aucun frémissement autre que la joie douce
D’un courant lumineux qui remonte à sa source
Corps et âme embrassés de même plénitude
Goûtent ensemble au plaisir de la béatitude.


Le cœur en arythmie après la courte pause
Dépose sur les joues le carmin de la rose
Et les yeux à eux seuls démentent tous les dires
Que la bouche aimerait fébrilement nourrir.


Personne alentour n’aura rien soupçonné
Et vous-même, Monsieur, n’en avez rien montré
Avez-vous seulement perçu cet abandon
De l’âme qui se sait rentrée à la maison ?

D’où venait-il exactement ?

D’où venait-il exactement ?
Elle ne l’avait enfanté
Ni en son sein ni en pensée
Ni dans ces heures les plus sombres
Celles qui étalent leurs ombres
Longtemps après le jour passé.


Cette âme ne pouvait venir
Que d’un passé sans avenir
Une porte sur le néant
Qui traversait tel un présent
Inébranlable et impavide
Survolant l’insondable vide.


Elle ne se souvient plus quand
Cela devait être son heure
Cette descente sur son cœur
Ce baume oint sur les tourments
Ce beau cadeau, cet essentiel
L’inespéré venait du ciel.

Le cœur devançant la peine

 

« Oh ! laissez-nous
… et conversons de ce qu’à nous deux nous savons mystère « 

Stéphane Mallarmé

J’allais vers toi
Le cœur
Devançant
La peine
Comme pour
Creuser de l’espace
Entre ces deux
Intimes.

Adoucir
L’inéluctable
Union.

Ni le vent
Ni la pluie
S’abattant
Sur
Mon visage
N’auraient pu
Entraver
Ma marche.

Et cette transition
Bienfaisante
Du frais
Au feu
De mon front
Comme
Pour me rappeler
Combien le corps
Enveloppé
De froid
Peut brûler
Au tranchant
De la pierre.