L’automne était bien là



« Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
Il y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant « 

Aragon


Adélaïde n’en revient toujours pas, mais fallait-il en revenir…
On ne revient jamais de rien à l’identique.

Il suffit de faire comme nous avons toujours fait pour que rien ne change, rien ne bouge.
Les habitudes comme support, comme refuge.

Pour supporter, on embellit, on habille à la hauteur de son désir, ou l’on supporte plus ou moins, comme on endosserait un vêtement pas vraiment à sa taille.

Le rien et le tout, l’immense et l’infime, le commencement et la fin.

Il est de ces croisements imprévus que le temps parfois nous réserve, reliant les événements et les êtres entre eux.

Le réel a besoin du rêve pour se révéler réel.

Adélaïde pense que le pouvoir de l’esprit est supérieur à celui de la matière et que l’on peut transformer les choses, les plier, les contraindre.
Dualisme du corps et de l’esprit, mais lien sensible, irréfutable entre eux.

– Je peux créer joie ou déplaisir sur mon corps juste par le vouloir de mon esprit.
La transcendance devient alors possible, l’amour oblatif également mettant de côté les exigences, l’ambivalence du corps.

L’automne était bien là.

Toute la légèreté de l’été venait de virer du bleu dans le vert et de l’or au brun.
S’il suffisait de la pensée pour créer sa réalité, Adélaïde se garderait de l’hiver en se transportant, elle et son rêve, dans un éternel été, qui de fait, n’aurait pas besoin de se renouveler.
Cette rencontre sans la vue, le toucher, sans l’odeur de l’autre, Adélaïde l’avait imaginée, portée du rêve jusqu’aux portes du réel.
Le rêve d’Adélaïde avait l’éclat du soleil, la douceur d’un soir d’été s’étirant doucement sur la nuit.

On n’aime jamais autant l’automne, son flamboiement, que lorsque la vie vous donne assez de bleu pour trancher sur les bruns.

Puisqu’ils ne s’aiment plus ils vont pouvoir enfin s’aimer.

Les leurres ont leur raison d’être.
La vie en est un merveilleux.






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