Vers un ailleurs…

Les fleurs, qui avaient souffert durant le jour, penchaient dangereusement la tête en direction du sol. Marie ne se sentait pas la force d’un arrosage. Elle se demandait si les fleurs lui en voudraient. Elles étaient devenues si fragiles de par leur dépendance à la main de l’homme. Leurs délicats arômes en cette fin de journée la rassurèrent sur ce point.

Le soir et la chaleur tombèrent d’un même accord pendant que les derniers rayons ocrés se délitaient dans un bleu devenu de plus en plus profond. Marie à cet instant aurait voulu tout retenir…

Sa silhouette gracile se fondait entre les ombres et les silences. Le jardin coiffé de nuit avait posé sur ses épaules une étole parfumée de mystère.

A présent la chaleur de la journée semblait flotter dans l’invisible. Un fil conducteur la reliait avec les êtres et les choses. Marie ne faisait plus qu’un avec ce tout qui constituait son environnement :  fleurs et  arbres,  mais aussi cette herbe tendre, délicieusement fraîche sous ses pieds nus.

Un léger frisson caressa sa peau, comme une réminiscence des choses aimées et peu à peu oubliées.

Le temps en ce moment était bien suspendu, elle l’aurait aimé éternel.

Marie bougea à peine quand la lune éclaira son visage. Les fleurs reprenaient souffle tandis que le sien s’évanouissait vers un ailleurs au commencement sans fin.

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 » La clarté, c’est une juste répartition d’ombres et de lumière. »

Johann Wolfgang von Goethe

Caspar David Friedrich

 » La clarté, c’est une juste répartition d’ombres et de lumière. »

Johann Wolfgang von Goethe

Elle ne t’entend pas ; elle ne te voit pas ; elle ne sait rien de tes combats ; mais son ombre danse déjà avec ton ombre.

Toi, tu cherches encore la clarté, celle qui a la pureté de l’eau, lumineuse parce que fraîche, celle du jour qui se lève, de l’enfant qui sourit au monde, du vieillard qui ouvre son cœur, même blessé, même non cicatrisé.

Mais voilà que ton ombre t’a devancée, en passant la porte des silences, en se dissociant de son support elle l’a fragilisé.

N’attends pas plus de la vie qu’elle ne peut te donner !

Soleil et nuages ne font que te traverser, ce que tu cherches à retenir n’est déjà plus. Ne le sais-tu pas que pour combattre les ombres il faut se tenir debout ?

Tu te tiens allongée, ton bras s’étire comme pour écarter tout danger. Il fait nuit, l’ombre du jour est devenue fantôme du soir. Tu tiens la veilleuse allumée, tu le sais bien pourtant que la peur n’évite pas le danger… sois rassurée, le fantôme ou ombre de la nuit ne viendra pas te chercher ce soir, il danse avec la profonde, derrière le miroir.

Ton cœur écoute ta peur qui bat. La lumière éclairant ton chevet ne suffit pas à te réchauffer. Ce froid, tu le connais, il vient des étoiles, des espaces infinis et de l’intérieur de toi.

Car nous sommes aussi faits de cela…

De peur et de larmes, de rires et de joie, de pluie, de vent, de grand soleil et de cette clarté qui danse entre ombres et lumière.

Elle écrit

Sans prise au vent
sans tempêtes
en surface
un temps semblant
redevenu
linéaire

ligne de fuite…

Terre profonde
où grondent encore
de ces malheurs
inoubliables
inconsolables
que le temps
n’aura su
comblé d’espace

L’heure pour seul leurre

Du visible
à l’invisible
de l’en deçà à l’au-delà
une frontière
qui percute.






Tout compte fait je crois que j’étais faite pour le bonheur.

Tout compte fait je crois que j’étais faite pour le bonheur.

« Une fois sorti de l’enfance, il faut très longtemps souffrir pour y rentrer, comme tout au bout de la nuit on trouve une autre aurore… « 

Georges Bernanos

Si je m’accroche à mon rêve c’est qu’il contient et véhicule plus que sa propre lumière, mais celle de toutes les aurores et crépuscules non vécus.

La peur de vivre ne protège pas de celle de mourir ni de toutes les autres peurs : Il y a celles qui implosent tels de petits cratères sous pression en sous- sol ; celles-là gardent longtemps leurs stigmates, même quand on les croit loin derrière, il reste toujours quelques scories sous écoulement de lave. Puis Il y a celles, les plus nombreuses, qui se disloquent en traversant notre ciel sans toutefois venir toucher le sol, comètes d’un jour.

L’important n’est-il pas de garder cette vie dans la vie jusqu’au bout du bout, omnisciente dans son imperfection.
Et se dire qu’il n’est jamais trop tard pour regarder du côté où le soleil se lève.
Que la vie est entière, féconde, unique et indivisible, du début à la fin. C’est notre regard qui en devançant la chute la provoque, qui morcelant la vie la divise, pour finalement la couper de sa propre réalité, celle d’Être.

Que les peurs ne viennent pas s’ajouter aux regrets, les regrets aux remords, les remords aux rancunes.

Tout compte fait je crois que j’étais faite pour le bonheur.





Le contraste est encore de la vie

C’est un lieu qui impose le respect. On y pénètre avec le recueillement propre au souvenir.
On laisse au dehors les tracasseries habituelles, de celles qui ne font pas le poids avec l’éternel.
Ici, c’est le murmure qui pénètre le mieux ce que l’on ne voit pas, mais que l’on devine. On baisse naturellement la voix de plusieurs tons. La pensée pour ultime murmure, ces ondes que propage le vivant.

Partout, entre les tombes, un parfum d’éternité.

Encrer le mot joie
au cœur de la cicatrice
en faire un tatouage

Je voulais parler de ce contraste de l’autre jour…

J’étais assise sur la pierre, comme j’aime souvent à le faire dans ce lieu où le silence sait très bien recouvrir de son manteau vivants et morts. Un léger vent ramenait du lointain les bruits sourds et vibrants de la fête foraine. De cris joyeux, d’un brouhaha de vie, une chape soudaine s’appuyait sur les lieux, divisait le temps.
Le contraste est encore de la vie.

Cette impression d’être juste un lien, un relais, entre la vie et la mort.

Le bruit de la fête
passe ici sans s’arrêter
sans laisser de traces




Au temps du coquelicot

Au temps du coquelicot…
déballer le cadeau de la vie.

Biologiquement nous sommes vivants parce que nos cellules se renouvellent en constituant leur propre matière vivante, mais pour que notre âme puisse vibrer de vie, il lui faut se nourrir de tout ce qui ne dépend pas de la simple matière du corps, investir par la pensée sensible le mystère qui l’entoure en passant par la beauté : de celle de l’art à celle de la nature, mais aussi de la connaissance initiée par la science.

De même couleur
Coquelicot et cœur
S’embrasent
Voici venir
La saison
De l’amour.

La vie autre…

Du rêve la quête
à en meubler de merveilles
nos inachevés

Elle s’est approchée d’une vie qui n’était pas la sienne.
À bas bruit, de ces pas lents et feutrés que le corps adopte pour ne pas se faire remarquer.
Entre elle et elle, un mur imaginaire, un miroir, fait de ses propres pensées, projections, rêves plus ou moins sensés et secrets.

Elle a contourné cette vie qui dansait, chantait, riait, s’agitait en tout sens, tout en la regardant avec une envie quand elle reflétait un peu de cette insouciance qui ne l’habitait plus.


Elle a remercié la vie d’être simplement la vie, pleine et ronde comme le ventre d’une mère qui donne sans reprendre l’aube qu’elle a fait naître, sublime et limpide dans son mystère.

Puis elle est repartie sans avoir traversé le miroir, en ne gardant au cœur que son reflet.


Haïkus

Du rêve la quête
à en meubler de merveilles
nos inachevés

Vole un éphémère
un parfum d’éternité
quelques mots d’amour

Il faut composer
le destin trace un chemin
avec le hasard

Puis le temps soudain
qui bascule dans l’hier
éternellement

Dans ma finitude
une ébauche du présent
et son ciel tremblant

S’armer de tendresse
se défendre sans ombrer
le clair de son âme

La sérénité
passeport pour la sagesse
quel qu’en soit le prix

La vie ! Rien que la vie !

À l’horizon
Ce ciel noyé
Où sont les rires
Et les chansons
Les flots joyeux
Qui déferlaient
En instants fragiles
Sur mon rivage ?

Le jour d’avant on ne peut même pas imaginer que cela puisse arriver.
On est tout simplement dans la vie, et le temps semble avoir déployé pour nous un tapis cousu aux fils d’or d’éternité.

Puis le temps soudain
qui bascule dans l’hier
éternellement

Du trousseau de clefs remis à ta naissance, tu n’as pas eu le temps de trouver celle qui ouvre la bonne porte.

Alors tu restes
Derrière la porte
En marge de ta propre vie
Avec tous tes rêves
Portés en médaillon
Dans l’amplitude
D’un Amour
Devenu incertain
D’être en partance.