Un matin de Pâques « Comme elles sonnaient fort les cloches de mon enfance »

Josette Hersent - Poésies et Photos ©

granville juillet 2011 014

La lumière pénétrait la chambre et avec elle, comme transporté par le rayon céleste, le son des cloches de l’église St Paul. C’est ainsi que nous nous réveillions, mon frère et moi, après avoir fait le tour du cadran, en ce dimanche pas tout à fait comme les autres.

C’était Pâques chez ma grand-mère.

Les parents viendraient un peu plus tard et nous les attendrions, en poste derrière la fenêtre donnant sur la rue Couraye . C’était toujours ainsi que nous les guettions ; cette station se trouvait être idéale pour observer la circulation assez intense de la rue en ce jour de Pâques. Le jeu consistait à être le premier à discerner l’auto, et nous tendions pour ce faire notre cou par dessus le chéneau de zinc où s’agrippaient nos mains d’enfant. C’est ainsi que nous restions jusqu’à percevoir la voiture descendre vers le tournant en épingle à cheveux…

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C’est dans les jardins de l’oubli Qu’elle erre pour ne pas se perdre

C’est dans les jardins de l’oubli
Qu’elle erre pour ne pas se perdre

De sa passion infinie
Digne du désespoir de Phèdre
Déposer sur un lit de fleurs
Et son ardeur et sa pudeur
Sans en abandonner l’esprit
Faire d’un champ une prairie
Aux mousses de l’inassouvi
Nulle autre raison que l’amour
L’amour, l’amour, l’amour toujours
Exprimer le suc à la fleur
Désir des sens, essence au cœur
Et que la fleur devienne fruit

C’est dans les jardins de l’oubli
Qu’elle erre pour ne pas se perdre.

la dernière ligne droite



La dernière ligne droite.

Surtout n’oublie pas
que l’éternité déjà
coule dans tes veines


Plus de distance entre elle et elle…

Quand dans nos regards
s’immisce plus qu’une histoire
le cours d’une vie

À peine l’hiver passé, tu crains de ne plus le revoir.
Et qu’en rameneras-tu s’il doit être le dernier ?
Qu’en projecteras-tu avec force attraction vers ton propre trou noir ?
À peine un souffle, une oscillation, un vertige, un battement dans le bleu.

De ce dernier hiver qui contient pourtant tous les autres hivers, mais aussi tous les étés, tous les automnes, tous les printemps.

Ce que tu écris te ressemble le plus. En t’éloignant du réel, tu rejoins Ta vérité.

Communication étrange passant par ce fil retendu allant de l’aube au crépuscule et du crépuscule à l’aube. Ici glisse ta lumière : celle qui voulait croire au ciel.

Entre elle et elle…

Un courant puissant. Une expansion de l’être contenu dans cet espace-temps contracté, resserré, refermé sur lui-même.

Le temps perdu retrouvé.

Sagesse de l’innocence, fougue de l’insouciance.

Quinze ans pour toujours.
Éternellement insoumise.

Toute autre que régression, cette remontée vers sa nature profonde.
La seule non affectée par les épreuves de la vie : ses blessures, ses fractures.

Plus de distance entre elle et elle.

Plus jamais de méandres, chemins de traverse.
Cours d’eau et rivières remontées en un seul instant.

L’être dans l’être reconstruit, indivisé.

Ce qui nous constitue une première fois ne peut mourir.

Avoir quinze ans pour l’éternité.









Bien sûr vous ne pouviez rien faire…

Bien sûr vous ne pouviez rien faire
Bien sûr ma cause était perdue
Rien ! ni suppliques, ni prières
Ne peuvent en or changer le fer
Il faut un vainqueur, un vaincu
Qui a gagné, qui a perdu ?
Cela aussi reste un mystère
À voyager en plein transfert
On ne sait plus si le brouillard
Est dans la tête ou dans les phares
Maintenant que l’eau a coulé
Sans que le cœur ne soit noyé
Il pleure beau sur mon chagrin
Quand il est mêlé de lumière
Le rideau formé du crachin
Semble sortir du réverbère
Et l’illusion a ses raisons
D’avoir à servir nos passions.

Quelques haïkus au gré de ma joie et de mes envies

Vois ce point là-bas

là où l’horizon se perd

c’est moi qui t’attends

*

Sont nos pas feutrés

de peur d’éveiller les pierres

traversées d’absence

*

En pleine ascension

l’oiseau aux ailes brisées

a chu sur le sol

*

Serait fausse joie

dans l’attente d’un retour

l’amour offensé

*

Quel souffle à venir

sur la blessure secrète

apaiser le feu

*

L’amour sans l’amour

du fer rouge au bleu des nuits

insomniaque au cœur

*

De mes yeux qui brillent

la chambre n’en dira rien

seuls témoins les livres

*

Un nouveau matin

de la joie quoi qu’il arrive

son destin en main

*

Gardienne d’enfance

aux portes de l’insouciance

la joie retrouvée

*

Et sa belle voix

de mon chagrin mortifère

a tout recouvert

***********************

La brume d’un matin d’hiver

La brume d’un matin d’hiver
Décimait les grands sapins verts
Deux âmes empreintes de mystère
Du voile semblaient fendre l’air.


_ Étiez-vous si lointain mon joli souvenir ?
Tant de jours ont passé et ces heures à me fuir
Ont posé sur mon cœur un voile à le ternir
Donnez-moi votre main pour les temps à venir.


_ Ma foi, je vous cherchais, dans d’autres jolies âmes
Vous n’étiez à mes yeux rien de plus qu’une femme
Si j’ai brûlé mon cœur à faire le joli
À toutes les aimer, mon âme j’ai trahie.


La brume d’un matin d’hiver
Décimait les grands sapins verts
Deux âmes empreintes de mystère
Du voile semblaient fendre l’air.

Entre mon piano et moi c’est une histoire d’amour. Toujours, toujours…

piano le 24 MAI 2016 005

Être attentive, mais juste ce qu’il faut, trop de tensions finissent par ôter toute spontanéité. Un léger vagabondage de l’esprit reste de mise. Une configuration entre attention et rêverie qui rattrape la musique, s’en imprègne, la capture afin de mieux l’appréhender, finit par en épouser toutes les nuances, les couleurs. Tout donner à celle qui ne déçoit jamais, l’aimer pour qu’elle aussi nous aime un peu, notre fidèle, notre bien-aimée.

 Il nous faut chercher la bonne équation entre technique, automatisme et ce plaisir aux portes de nos émotions. Au pire ou au mieux, faire confiance à ses doigts, à leur mémoire.

Une boucle subtile entre cerveau et doigts, entre doigts et cerveau. Un feedback qui régit nombre de lois naturelles. Harmonie des sons, égrégore de joie. Petit miracle musical que cette communion entre un compositeur, sa musique, et son interprète : le pianiste.

Certains diront que le miracle n’est qu’à demi, tant il faut de travail et de patience pour arriver à cette osmose, cet effacement des difficultés, ce délitement de l’effort dans la grâce. Si cela nécessite du par cœur, celui-ci s’oublie en se lovant sous la pulpe des doigts, tantôt sous la pression ferme et percutante de la touche, tantôt sous sa caresse.

C’est quand on comprend ce qu’est l’amour que l’on se dit :  » comment j’ai fait pour vivre sans. »

Le 4 avril 2022

Mes doigts volent sur les touches… Je retrouve ma joie, intacte, première, celle d’un premier Amour.

Je dois dire ici que la musique apporte plus de consolations que l’écriture. L’écriture peut être un piège, entre le moment où la pensée se dépose et le recul nécessaire à cette évocation, douloureuse parfois. Nous ne pesons pas toujours ce que nous déposons.