Haïkus de fin d’hiver

Haïkus de fin d’hiver.


Poussière de guerre
dehors la nuit sur le jour
tombe son manteau

Des enfants qui pleurent
de la guerre plein les yeux
des enfants qui meurent

Souffle suspendu
repli et ensablement
d’un monde en apnée


Il faudra recoudre
et rassembler les morceaux
qui signent la vie


Ailleurs autrement
sans écoulement de temps
coule une lumière

La voix du silence
née de l’intime de l’être
propre à son murmure

Le calme des cimes
face au brouhaha d’un monde
instruit par les hommes

Les fleurs des abîmes
parées des fausses couleurs
des mondes interdits

Le manque scandé
autrement que par l’absence
le temps sans les heures

Forcer son éveil
rejoindre l’illimité
du printemps de l’âme

L’amour empêché
est chose contre nature
une nuit sans jour

Devenir la source
pour que jamais notre cœur
d’amour ne tarisse


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Avant que ne défleurissent nos cœurs

Avant que ne défleurissent nos cœurs
Amour, retrouvons-nous ici ou là
Voyez! le temps est déjà aux lilas
Tulipes au champ, jonquilles au bois, se meurent.


Aucune brume autre que ce soupir
Pour venir griser le doux souvenir
Le froid calme les plus chaudes ardeurs
C’est de sève aujourd’hui que mes yeux pleurent.


L’hiver a toujours raison des orages
Vents et marées ont balayé les plages
La Normandie retrouve ses parfums
Lutter contre le vent ne sert à rien.


Le temps n’a plus besoin de s’écouler
Ses silences scelleront nos baisers
Amour, retrouvons-nous ici ou là
Voyez ! le temps est déjà aux lilas.

À George Sand Alfred de Musset

I

Il faudra bien t’y faire à cette solitude,
Pauvre cœur insensé, tout prêt à se rouvrir,
Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.
Il faudra bien t’y faire; et sois sûr que l’étude,
La veille et le travail ne pourront te guérir.
Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude,
Toi, pauvre enfant gâté, qui n’as pas l’habitude
D’attendre vainement et sans rien voir venir.
Et pourtant, ô mon cœur, quand tu l’auras perdue,
Si tu vas quelque part attendre sa venue,
Sur la plage déserte en vain tu l’attendras.
Car c’est toi qu’elle fuit de contrée en contrée,
Cherchant sur cette terre une tombe ignorée,
Dans quelque triste lieu qu’on ne te dira pas.

Ils ont dit :  » Prends ton temps » Et moi je n’ai pas su …

La triste mélopée
du temps qu’on assassine
Et cette impermanence
Fragile destinée

Ils ont dit :  » Prends ton temps »
Et moi je n’ai pas su …

Car tout presse
Dans ce monde

Comme un bas
Sur la jambe
Qu’on laisserait filer

Des vendanges tardives
Il faut
Tirer le vin
Et l’huile mordorée

Quand à chaque seconde
C’est une fin du monde

À la fleur sans soleil
Au désir en exil
Gynécée ou pistil
Assoiffé de pollen

Le temps s’immobilise

Et cette cavité
Que la mer a creusée
Où se mirent nos étés

Il faut tout retenir

Ils ont dit :  » Prends ton temps »
Et moi je n’ai pas su …

Là où est la haine, que je mette l’amour. Saint François d’Assise

.


 » Être un homme, interrogé et révélé par tous les autres hommes, pour aller vers l’ultime de sa propre vie, cela suffit. Inutile de débattre de Dieu entre nous, encore moins de nous opposer à son sujet, l’important est de se livrer et d’entreprendre cette part unique de la vie qui est la nôtre et que chacun est seul à pouvoir accomplir. »

Bernard Feillet ( Prêtre, et écrivain)
Éveiller le désir du Divin


Fallait-il
un Dieu
à l’homme
pour se dédouaner
de son histoire
voire
parfois
de son inhumanité ?

Pas plus que le vent (transportant pollution et pesticides sur le blé dont nous ferons notre pain) n’est responsable des dégâts que cela engendre, Dieu ne peut être accusé de ce que l’homme fait subir à l’homme en cruauté, en désastres.
L’homme a en lui assez d’ingéniosité pour fabriquer du mal, détruire ce qu’il devrait préserver. Nul besoin de diable, de dieux, encore moins de Dieu pour se décharger sur lui du poids de sa conscience.

Cette dualité du bien et du mal ne la cherchons pas dans notre genèse.

Nous sommes cocréateurs du monde dans lequel nous vivons.
Chaque jour à la besogne, nous mettons notre pierre à l’édifice.
Il arrive que la pierre soit précieuse, quand nous cultivons le beau, le bon.
Quand notre regard est bienveillant, aimant.

On voudrait les pierres précieuses venues du ciel quand leur formation se fait dans les profondeurs de la terre.









Dix ans

Quand je me suis perdue, quand ta main dans ma main
Ne me réchauffait plus, je ne voyais plus rien
Pourtant j’avais semé des perles, des cailloux
Pour ne manquer aucun précieux rendez-vous.


J’ai regardé hier n’ayant plus de demain
J’ai regardé derrière mais déjà le chemin
Était allé bon train et sans m’en avertir
Avait enchevêtré mes plus doux souvenirs.


Et voilà qu’aujourd’hui dix années ont passé
On me dit que la vie vaut bien cette nuitée
Quand moi je donnerais pour un jour pour une heure
T’avoir à mes côtés dix années de bonheur.


Puisque tout continue le temps n’efface rien
Ciel et terre aujourd’hui ne font qu’une demeure
Et si tu es partout c’est surtout en mon cœur
Que fleurissent les fleurs des graines du chagrin.

Petite, quand elle allait pleurer, elle avait le menton qui tremblait.



Il suffit parfois d’une émotion plus forte qu’à l’habitude, ou de voir sa sensibilité exacerbée par un événement imprévu, pour que vienne nous happer dans nos retranchements ce rappel que rien ne se perd jamais totalement dans les couloirs du temps.
Instants fugaces, mais si intenses que la bascule pourrait bien se faire, d’un état à un autre, d’un monde à un autre…
Le papillon se souvient- il qu’il a été chenille ?
Position fœtale, recroquevillement de l’être.

Petite, quand elle allait pleurer elle avait le menton qui tremblait.

L’enfance, jamais si loin qu’elle ne puisse venir affleurer le visage adulte comme un glacis de surface, mais qui ajouterait en transparence.

Les émotions ne se classent pas dans les tiroirs de la mémoire, elles restent à l’endroit qui les a vues naître, au siège du cœur. Les grands mouvements de l’âme, s’ils ne sont sujet à réflexion, sont guidés par la passion.

Nous n’apprenons de nos forces qu’en les épuisant.
Pour un bouclier, combien de paravents de paille ?