Quelques haïkus au fil de mes pensées

Le moi dégagé

de l’inconscient collectif

éveil en conscience

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Prends soin de ton corps

c’est le berceau de ton âme

matrice de vie

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Il faut traverser

et non refouler notre ombre

chemin de lumière

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Les hommes sont fous

il est temps que les enfants

refassent le monde

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Sans l’attachement

l’amour passion ne dure

pas plus de trois ans

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Vivons notre automne

équinoxe flamboyant

du plus bel été

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Quand le cœur chagrin

compassion et amour

un même chemin

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Âme inconsolable

immarcescible sarment

le temps sous emprise

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Il faut explorer

l’incompressible mystère

qui ne peut s’atteindre

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Par l’Art, l’invisible

tente de rendre visible

l’au-delà du monde

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Accroche-toi bien

quand la vie devient lavis

sans plus de couleurs

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Recréer sans cesse

dans un monde imaginaire

ce qui nous échappe

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Il y a du songe

qui passe dans l’écriture

chercher son éveil

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De lunes en lunes

dans l’effritement du temps

l’homme en résistance

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Laissons au silence

puisqu’il n’y a pas de mots

remplir tout l’espace

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Ce beau cadeau, cet essentiel

D’où venait-il exactement ?
Elle ne l’avait enfanté
Ni en son sein ni en pensée
Ni dans ces heures les plus sombres
Celles qui étalent leurs ombres
Longtemps après le jour passé.


Cette âme ne pouvait venir
Que d’un passé sans avenir
Une porte sur le néant
Qui traversait tel un présent
Inébranlable et impavide
Survolant l’insondable vide.


Elle ne se souvient plus quand
Cela devait être son heure
Cette descente sur son cœur
Ce baume oint sur les tourments
Ce beau cadeau, cet essentiel
L’inespéré venait du ciel.

Te reconnaître


Dans la fleur qui éclot et dans l’enfant à naître
Dans le regard du chien qui retrouve son maître
Au plus profond des mots, dans l’encre et dans la
sueur
Du poème égaré le manque annonciateur


Dans les yeux des amants que la joie réunit
L’espace d’un instant ouvert sur l’infini
Passer le jujubier, franchir l’inconnaissable
Retenir de l’azur la couleur ineffable


Dans le chant du ruisseau, cascade du matin
Quand l’oiseau y ébroue son grelot de chagrin
Dans le baiser volé à l’étoile filante
Le vœu non prononcé à l’éphémère amante


Quand la senteur de l’herbe si fraîchement coupée…
Exhale, unit à l’air, sa fragile épopée
Quand le sel de la mer, sur ma peau, déporté…
Laisse des arabesques aux cristaux argentés


Dans la pluie attendue par la terre assoiffée
Au prince d’un seul jour, à la bergère aimée
Et puis dans cet espace où ton rire se fait
L’écho d’une promesse.

« Dans certains cas, continuer, seulement continuer, voilà ce qui est surhumain. » Albert Camus

À l’indistinct du jour il y a toujours un horizon qui se profile. L’attente de l’aube, ses couleurs douces, de celles qui n’agressent ni les yeux ni l’esprit, qui se fondent au camaïeu, délitent la peur aux encres floutées de brume.
Les embruns finiront bien par se mêler aux larmes, les diluer de même sel.
C’est à l’aube que la mémoire des mondes antérieurs se profile, embrassant nos certitudes.

« Insolente est la joie aux cœurs privés d’étoiles
De combien de carats engloutis sous le voile
De la déconvenue… »

Les enfants ne sont pas seuls à avoir peur du noir…

les « Pioupious » de mémé, une petite boîte en laiton, un souvenir de guerre.


D’un air mystérieux et avec de grandes précautions, mémé sortait ses trésors de la grande armoire, non sans que nous l’ayons priée auparavant, mais cela faisait partie du jeu.

« Raconte encore, s’il te plaît, quand tes frères sont partis à la guerre… »

Et de sortir souvenirs et trésors dans un mélange d’odeurs de naphtaline et de lavande en sachet.
J’ai toujours aimé cette odeur qui s’échappait de la grande armoire, liée à jamais dans mon souvenir aux choses importantes, précieuses, qu’il faut sauvegarder.

De cette pièce, où chaque objet tenait une place précise auxquelles nos mains d’enfants s’abstenaient toute découverte, je me souviens très bien de l’agencement et de ses détails : la grande armoire à deux portes, du lit à son opposé, de la tapisserie à grosses fleurs, du porte-manteaux appuyé à la porte de séparation ; porte condamnée quand mémé louait une partie de l’appartement à des vacanciers ; la pièce principale nous servait alors de salle à manger, cuisine et chambre à coucher.

Mémé partageait son lit avec Pulchérie (la poupée que nous ne pouvions toucher que des yeux), mon frère Gérard dormait sur un lit d’appoint, et moi, la plus petite et la plus légère, sur un gros matelas de plumes, d’où je m’enfonçais avec la sensation de disparaître dans un cotonneux et évanescent nuage.

« Raconte encore, s’il te plaît, quand tes frères sont partis à la guerre… »

Et mémé, pour nous plaire et un peu aussi pour se faire plaisir, ouvrait les portes de la grande armoire.
C’est dans cette atmosphère, tamisée de lumière jaune et de souvenirs un peu jaunis eux aussi, que mémé nous racontait ses frères, ses pauvres pioupious comme elle les appelait, la guerre des tranchées, la boue et le froid qui empèsent les vêtements, les gamelles de fer blanc, le manque de tabac, les mots griffonnés en hate au dos d’une carte postale…

Montre-nous la jolie boîte en laiton qu’un de tes frères a confectionnée pour toi !
En la regardant aujourd’hui, je me dis que peut-être, en la ciselant de manière si fine, ce frère en oubliait un peu la dureté de la guerre, la saleté, les privations, le manque des siens…