La Mélodie du vent

Ce jour, j’ai entendu la mélodie du vent

Je le croyais auteur, il n’était qu’instrument

Mélodie déposée au creux de mon oreille

Arrivait c’est certain du pays des Merveilles.

J’étais à me laisser porter par le courant…

Du flot de mon chagrin, devant ta sépulture

Mon âme mise à nue, sans fard et sans armure…

Scrutait le marbre lisse et le poids du néant.

La froidure du temps paralysait mon corps

À lever le regard, je devais faire effort

C’est alors que le son me parvint aux oreilles

La symphonie du vent me parlait ton éveil.

Je le croyais auteur, il n’était qu’instrument

Impossible à saisir, sortait-il du levant?

C’est un souffle de vie guidé par une main

Que ce souffle divin sur ta tombe au matin.

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Équinoxe

Le temps enroulé sur lui-même
Toutes ces pluies, tous ces soleils
L’instant n’est plus qu’un arc-en-ciel
Moiré au reflet des lointains.

Le glas se glace au silencieux
Quand l’âme quitte sa demeure
Recueillir, recueillir… encore
De l’esprit un dernier aveu.

L’été se meurt au mordoré
Il entre dans l’éternité
Au solstice de la beauté
Le ciel d’un linceul s’est drapé.

Il est de ces endroits…

Hâte de respirer ce délicat mélange
D’un soleil déclinant sous ses lueurs orange
Un écheveau tressé de tons et de parfums
L’air fleuri d’un coteau et de marins embruns.


La campagne est si proche… on peut voir de la mer
Les pommiers entourant la normande chaumière
On dirait d’un vaisseau la coque renversée
Que la mer en colère aurait là rejetée.


Ce petit paradis, ce pays merveilleux
Où le ciel et la mer se fondent en camaïeu
Où les pins se grandissent pour mieux toiser la mer
Où les gens se tapissent taiseux et solitaires.


Il est de ces endroits de suite reconnus
Où l’on se sent chez soi sans y avoir vécu
Les seules roches ici portent le nom de noires
Mais ne feront jamais d’ombre sur nos mémoires

Un bien doux souvenir

Un soir où en son cœur l’ennui creusait sa peine
Donnant du poids aux heures sans plus que temps s’égrène
Quand elle pensait enfin l’avoir pu contenir
En force lui revint le bien doux souvenir.


De la chaude journée l’air distillait aux sens
Les senteurs d’un bouquet aux multiples essences
De la mer les embruns montant jusqu’au chemin
Epiçaient d’un parfum sucré salé les pins.


D’autres, plus loin, gauchis par les vives tempêtes
Semblaient saluer la vie en inclinant la tête
Et la route verdie par la double voilure
De ce tableau vieilli égayait la peinture.


À marcher dans les pas de cet amour défait
S’épuisaient les raisons à ne plus y penser
Quand l’écho prisonnier du mur de ses silences
S’échappait de ces lieux qui avaient vu l’enfance.

La lettre




La main de Paul effleura la rangée de livres se trouvant à sa portée.

— Il faudra que je me décide à mettre de l’ordre dans cette bibliothèque, pensa-t-il tout en recherchant « Chanson bretonne suivi de l’enfant et la guerre », le dernier Le Clézio.

Ce livre, il l’avait dévoré d’une traite, comme à chaque fois qu’un livre le passionnait. La Bretagne de Le Clézio lui rappelait la sienne, et avec elle, son enfance jamais très loin  : les mêmes étés avec ses ciels changeants, ses matins aux brumes mystérieuses, ses crépuscules enivrants terre et mer.

Un imprévu rayon de fin d’été traversa la pièce jusqu’à venir éclairer quelques ouvrages, dont celui recherché et un autre : « Histoire d’une âme ».

Deux belles âmes côte à côte, remarqua Paul tout en tirant à lui les deux ouvrages. Une feuille, pliée en quatre, glissa du livre de la sainte jusqu’au sol.

Paul la ramassa et grande fut sa surprise en découvrant qu’il s’agissait d’une lettre d’amour.
La lettre avait été écrite à l’encre noire, au stylo plume sans aucun doute. L’écriture était belle, soignée, légèrement penchée.
Paul commença sa lecture…

Madame,

Cette lettre, je ne sais encore si je vous l’enverrais…
Les hommes ont des pudeurs de l’âme quand les femmes aiment à épancher leurs sentiments.
Vous me pardonnerez ces maladresses de vieil enfant qui vient à renaître sans avoir d’abord à mourir.
Cent fois remaniée pour en avoir choisi chaque mot, afin que tous soient au plus proche des sentiments qui m’animent, mais dans l’élan le plus souvent brisé par la crainte de vous froisser ou pire de vous perdre à jamais.
De cet amour, je voudrais faire une insomnie perpétuelle pour que nuits et jours se lovent dans un seul et même instant de grâce.
En amour tout est première fois.
Cet appel du jour à déployer ses ailes, tel l’oisillon prêt pour son premier envol. Une confiance qui ne peut exister sans un abandon total à l’autre et à soi-même. Abandon aussi mystérieux que celui du pemier regard de l’enfant à sa mère. Ce cadeau de la vie, je veux l’ouvrir avec la fougue de l’enfant et la délicatesse du gentilhomme, du chevalier servant.

La pesanteur est la mort. L’apesanteur est l’amour…
Et sachez-le, Madame, je vole.

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Renaître sans que l’âme ait à quitter le corps
Sans mourir à la vie, sans calcul, sans effort
Accueillir ce qui vient tel dans l’appel du jour
L’envol est à l’oiseau l’abandon à l’amour.


Toujours ce mouvement

Le monde aussi
Cille du regard
Toujours ce mouvement
Accepter que tout change
Que se meuvent en absence
Les rires des enfants


Quand bien même le temps
Fatigué du voyage
Ne s’étonnerait plus
Du poids qu’il donne aux ans
Ni des jours et des nuits
Où court toute vie


Quand bien même le temps
Enroulé sur lui-même
Que d’avoir trop tourné
S’arrêterait de couler
Il resterait l’empreinte
Au creuset de mes veines
De ce point d’infini
Qui lui jamais ne tremble

La rencontre

Dans leurs regards croisés le moment s’éternise
Ils ne peuvent déjà échapper à l’emprise
Ils n’attendaient plus rien, voilà que tout arrive
Lui sera son unique, elle, sa source vive.


Quelques mots balbutiés échappent à leur silence
Pas besoin de paroles à la reconnaissance
Enveloppés qu’ils sont par la joie ineffable
Déjà insubstituable, déjà irremplaçable.


Mystérieuse union que sont ces épousailles
A la fragilité d’une maison de paille
Qu’Éole souffle un peu sur cet amour naissant
Et voilà cet hymen défloré par le vent.


Deux âmes qui se noient dans un même abandon
Alchimie de la foudre en cristallisation
L’amour quoi qu’il en soit n’a jamais de retard
Quand de deux «moi» un «nous» naît sous un seul regard