Je vous ressens si bien

Je vous ressens si bien se peut-il que mes sens

De votre âme aient volé toute la quintessence ?

Le rêve inachevé porte en lui l’infini

Et vous êtes le soir et l’aube de ma vie

Ainsi en ce moment vous seriez près de moi

Que le ciel ne pourrait me donner plus de joie

Je rêve de matins tout frissonnants de fièvre

Sertis de fous baisers dont vous seriez l’orfèvre

On ne peut négocier au ciel l’inexprimable

L’indicible se mire aux vasques bleues des âmes

Aux ailes des moulins précieux est le vent

Tel le rêve à la vie son souffle tout autant

Comme une vague pleine attendue sur la grève

Comme la fleur saisie par la poussée de sève

Je vous ressens si bien se peut-il que mes sens

De votre âme aient volé toute la quintessence ?

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Elle se rêvait Antigone

« Comprendre… Vous n’avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu’on ne peut pas toucher à l’eau, à la belle et fuyante eau froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Il fallait comprendre qu’on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu’on a dans ses poches au mendiant qu’on rencontre, courir, courir dans le vent jusqu’à ce qu’on tombe par terre et boire quand on a chaud et se baigner quand il est trop tôt ou trop tard, mais pas juste quand on en a envie ! Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. (Elle achève doucement.) Si je deviens vieille. Pas maintenant. »

Antigone Anouilh

Marie avait adoré jouer dans cette pièce. C’était le temps où la peur n’existe pas, où l’avenir se tient tout entier resserré dans la paume d’une main.

Le théâtre sera sa vie.

Ce rôle, elle l’avait endossé de suite, très facilement, comme une deuxième peau. Ces paroles d’Antigone à Ismène, elle les connaissait par cœur. Des années après elle pouvait encore s’en souvenir. D’ailleurs elle les disait, dans le silence de sa chambre, quand plus rien ne bouge au dehors et que seuls les fantômes d’un passé sans vécu sont vos interlocuteurs.

Marie se retrouvait dans cette volontaire, dont l’apparente fragilité s’entourait d’un certain mystère.

Orgueilleuse, mystérieuse, passionnée… « La sale bête, l’entêtée, la mauvaise »

 » Moi, je peux encore dire « non » encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seule juge »

— Et toi, qu’as-tu fait de ta vie ?

— As-tu été la courageuse Antigone, la battante, la déterminée ?

— Dans l’épreuve, oui, certainement dans l’épreuve…

Que c’était-il passé ?

Une même passion habitait le cœur de Marie. Déterminée pareillement lorsque la cause est juste, rien alors ne pouvait stopper son élan.

A naviguer dans le rêve on finit par ne plus savoir comment aborder les berges du réel.

 » C’est vrai, c’était encore la nuit. Et il n’y avait que moi dans toute la campagne à penser que c’était le matin. C’était merveilleux, nourrice. j’ai cru au matin la première aujourd’hui. »

« Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? »

Antigone avait décidé de son destin, et son destin c’était de recouvrir de terre le corps de son frère. Pour se faire elle ne craignait pas d’encourir la mort.

La mort, pas pour dire non à la vie, mais pour sa pleine conscience, et cette fragilité à Être ce que nous sommes vraiment, dans la simplicité d’un temps qui nous est imparti.

A l’immortelle Bien-aimée.

Bon matin le 7 juillet –


« Déjà du lit mes idées se pressent vers toi mon immortelle bien-aimée, de temps en temps joyeuses, puis de nouveau tristes, attendant du destin de savoir s’il nous écoutera – vivre je ne le puis que totalement avec toi ou pas du tout,

oui, j’ai décidé d’errer au loin jusqu’à ce que je puisse voler dans tes bras et me dire chez moi auprès de toi, que je puisse envoyer mon âme tout entourée de toi dans le Royaume des esprits – oui hélas cela doit être – tu le comprendras d’autant mieux que tu connais ma fidélité envers toi, jamais une autre ne pourra posséder mon cœur, jamais – jamais -« 

Extrait de la lettre de Ludwig van Beethoven à l’immortelle Bien-aimée.

Dans la main du silence
Les amoureux de l’ombre
Voyagent loin des mondes
Ternis en plein soleil
La nuit sert à cela
Préserver la clarté
Sublimer la beauté
Forteresse imprenable
Des amours au cœur simple
Qui n’ont que leurs regards
Pour épuiser les astres
De leurs rêves infinis

À un ami.

Il est sans sexe, il est sans âge
Tu le suis
Telle une ombre
Suit une ombre
Dans ses silences
Et fulgurances
Et entre ces deux ombres

Qui se touchent par les mots

Il y a cet espace
Fait de rapprochements et d’abandons
À la mouvance
Claire et obscure
Tantôt habité
Tantôt déserté
Mais qui dans l’intima
Du vaisseau amitié
Nourrit le manque.

Comment cela pourrait-il être mieux après ?

Elle regarde le paysage qui s’étend devant elle à perte de vue.

Combien de fois s’est-elle posée cette question, elle ne saurait le dire. Mais devant toute cette beauté comment ne pas y revenir ?

Bien sûr il y a eu cette lumière ; lumière indescriptible par nos mots, inconnue à nos yeux de vivants.

Une lumière venue d’un au-delà de notre monde visible, et de ce que nous nommons ici le réel.

Il y a bien un horizon, mais derrière combien d’horizons nous échappent ? Et l’aube de nos matins serait-elle aussi belle si elle n’était faite de tous ces soupirs arrachés aux vivants ?

Le vide ne peut être vide ; il vibre, invisible parmi nos invisibles, et de ce frottement de silence et de vide perce une lumière.

Ne désespérons pas d’agiter nous aussi quelque peu ce vide pour y faire surgir quelques étincelles, car rien n’est plus mouvant que ce réel auquel nous tentons d’accrocher nos certitudes.