Âme qui se fait chair

Âme qui se fait chair
Tes vanités amères
Tes désirs, tes chimères
Puis ce cri éphémère
Du rêve sublimé.

Cette vie qui se perd
S’appartenant si peu
Et combien étrangère
Aux lois de sa raison.

La tâche épistolaire
L’attache à sa passion
Dans l’art et la manière
Et l’amour pour leçon.

Est-ce bien là sa terre
Est-ce là son mystère
Enflammer cette aura
Mourir en autres bras ?

 

Une rencontre

La joie est une grande dame à la chevelure pailletée d’or.

Le garçon regardait sa montre. Ce premier rendez-vous, il s’y était préparé, rejouant en pensée mille fois la scène. Tous les possibles concernant cette rencontre tant attendue étaient encore à l’ordre du jour.

La peur de perdre son visage, le son de sa voix, il y pensait déjà avant même de l’avoir vue. Combien de temps cela reste t-il en mémoire le souvenir d’un visage, d’une voix ?

Ressemblerait-elle à ce que son cerveau avait façonné au cours des mois ? À chaque message partagé, une image s’imposait, d’abord à l’identique de l’unique photo qu’il avait d’elle, puis l’image prenait vie, toujours en rapport avec les mots échangés.

Le temps du bonheur est beaucoup trop court. L’attente lui donne la profondeur d’un espace volé à l’éternité. Il voulait tenir l’éternité tout en la réduisant à néant afin de toucher l’aimée, de ses yeux d’abord, puis de ses mains implorantes d’amour.

Il n’a pas retenu sa main

La nuit ne serait plus la nuit
Sans alternance avec le jour
Mais où s’en va mourir l’amour
Privé de soleil et de pluie ?


Rejoindre l’indicible amour
Qui engendre tous les amours
Ce que l’infini a touché
Ne peut être désenchanté.


Aucun humain pour le ravir
Le remède au mal serait pire
Plus rien ne pourra l’abîmer
Au ciel son amour prisonnier


Il n’a pas retenu sa main
Alors elle a pris son envol
Dans la brume de son chagrin
Un oiseau aux ailes brisées
Sans un cri a frappé le sol.

La fleur en son calice

Faudra t-il se tenir au bord du précipice
Pour de la joie saisir la fleur en son calice
Confronter le réel aux songes façonnés
Aux rondeurs d’un désir sous le tour du potier ?

Tout autour il n’y a plus que moi et le vide
Dans ce repli de joie qui se veut impavide
Dans l’impudeur intime où se jette notre être
Quand les âmes accordées aiment à se reconnaître.

Vient le temps qui s’affaire au singulier ouvrage
De libérer les cœurs pour les remettre en cage.

L’estran est déserté

L’estran est déserté
De ses amours de sable
Figé dans l’ineffable
L’esprit est vagabond
Il erre hors la saison
Les voyez-vous passer
Ces âmes du passé
Ces frêles libellules
Bleuies au crépuscule
L’espace d’un instant
Un arrêt près du banc
Avant que l’océan
Et le ciel ne se fondent
Au seuil d’un nouveau monde
Le cœur est à l’étale
Tangente d’horizon
Sur la nuit qui s’étale
L’été a ses passions
L’automne ses raisons
Sont les amours d’été
Et l’estran déserté

Sans vous en avertir

Sans vous en avertir toute ma vie durant
Je n’ai fait que venir où me poussait le vent
Les distances entre nous désormais abolies
Vous habitez le cœur de ma mélancolie.


Mon rêve est à l’abri, rien ne peut le soustraire
Ni le temps ni l’oubli pour gagner son mystère
Et si sans espérance, aujourd’hui, je vous aime
C’est que j’aime de vous jusqu’au souvenir même.


Vous avez engendré bien plus que de l’amour
Ces mots, écrits pour vous, les lirez-vous un jour ?
S’ils arrivent à vos yeux, c’est bien à votre cœur
Que ma bouche eût aimé exprimer sa ferveur.


Pour s’en aller cueillir la fleur née de son rêve
À l’âme somnambule il faut que nuit se lève
Pas de but au chemin que celui incertain
À ne pas chuter là où chancelle son pas.

Elle n’a pas ressenti la fraîcheur de la nuit

Il a posé sa joue sur sa joue endormie

Elle n’a pas ressenti la fraîcheur de la nuit

Juste un tressaillement au contact du soupir

Qui courait sur les lèvres empreintes de désir

Il faut par la pensée exercer ses pouvoirs

Jouer d’éternité la valse des miroirs

Les nuits de pleine lune à l’amour sont propices

Qui parfument en secret les roses et les lys

Ces retrouvailles hors temps sous la course du vent

Passent tous les obstacles et les atermoiements

Cette fois c’est bien lui venu la visiter

C’est son ami le vent qui le lui a confié

Il a posé sa joue sur sa joue endormie

Elle n’a pas ressenti la fraîcheur de la nuit

La poésie pour seul tombeau

De partout, de nulle part
l’invisible nous étreint
et sa flamme est couleur de cendre.

La poésie
pour seul tombeau
y logera l’inassouvi.

Les manques seront exhumés
sur leur sépulcre danseront
les feux-follets
de la passion.

Au souvenir…
de nos joies avortées
dans leur matrice
de nos désirs sabrés
au cœur
le corps gardera
la cicatrice d’amour.

De l’amour tous les chants

Jamais nous ne saurons
La joie des grands espaces
Où l’indicible embrasse
De l’amour tous les chants.


Et ces prairies soleil
Ouvertes sur le ciel
Que jardinent au réveil
Des lèvres emmiellées
De candeur et de fièvre
Jamais nous ne saurons.


Jamais nous ne saurons
Ces rendez-vous secrets
Après le déjeuner
Ces échappées sauvages
Ces fabuleux voyages
Au goût d’éternité.


Jamais nous ne saurons
Qu’au détour du chemin
Un malicieux crachin
Aux cabanes retient
Les amoureux transis
De désir et de pluie.