Julien et Emma

La poésie ne peut s’exprimer sans la mouvance des sentiments. Il faut la houle du grand large pour que la vague se forme à la surface, arrive jusqu’au bord, tantôt douce, tantôt violente, jamais inerte au flux et reflux des jours.
Plus la vague se retire loin et plus elle revient vigoureuse et chargée de ces éléments qui constituent la vie.
Ainsi naissance et mort se toisent, se croisent, complices dans les mots du poète.

Neuf mois dans l’ignorance de l’eau, des oiseaux, des étoiles, et puis la vie comme un cadeau.

Emma portait bien son prénom. D’amour, elle n’en avait jamais manqué. Pas seulement de celui que l’on reçoit dans l’enfance et qui constitue un socle pour le restant de la vie, Emma cultivait l’amour, comme on cultive un jardin ; en prenant soin des plus jolies fleurs, et de ces petites qui passeraient inaperçues sans le souvenir de celles, plus sauvages, qui poussent sur les talus et dans les champs et que les enfants cueillent en riant pour les offrir à leur maman.

Quand Julien l’aborda la première fois, Emma fut d’abord étonnée. Que ce garçon, sportif et jeune, s’intéresse à elle n’était pas dans l’ordre des choses.

Pas question de le revoir ! Cela n’avait aucun sens.

En partant, il avait discrètement glissé son numéro de téléphone dans la poche de son trench. Il pleuvait ce jour là, ils avaient couru pour s’abriter sous un porche ; il la regardait : ses cheveux collés sur son front donnaient à tout son visage un air de jeunesse. Il en était agréablement surpris.
Elle portait une robe légère, trempée elle aussi ; le tissu imbibé d’eau dessinait ses formes, mettant en valeur ses petits seins.
L’orage grondait au loin, il tenta une blague qu’elle ne releva pas.

Ce garçon ne manque pas d’air, pensa t-elle en découvrant le bout de papier. Pourtant elle ne le déchira pas, le rangea dans un petit secrétaire puis n’y pensa plus.

La deuxième rencontre ressembla à un hasard, pour elle certainement, non pour lui.
Il ne parla pas du téléphone, semblait s’intéresser à sa vie, à ce qu’elle aimait. La conversation était plaisante, non dirigée, Emma prit confiance et accepta de le revoir.

À se confronter au réel on prend un risque énorme ; vivre dans le rêve est tellement plus confortable.
La vie rêvée est sans limites.

Emma rêvait plus sa vie qu’elle ne vivait ses rêves. Les pensées pour elle avaient autant d’importance que les actes. Les pensées, si elles ne deviennent pas des actes, s’inscrivent pareillement et activent les mêmes aires du cortex cérébral.

On voudrait les pierres précieuses venues du ciel quand leur formation se fait dans les profondeurs de la terre.
Ce qui reste caché, là est le vrai trésor. C’est cela même que la poésie peut soumettre au jour sans en déflorer la nature profonde.


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