Quand les mots se perdent, est-il possible qu’ils retrouvent leur chemin… celui de la parole, de l’écriture ?

Quand les mots se perdent, est-il possible qu’ils retrouvent leur chemin… celui de la parole, de l’écriture ?

Faut-il une trace, un parfum qui réintègre sa fleur, lui rende sa grâce, son pouvoir d’attraction, de diffusion ?

L’idée leur était venue sans prévenir. Un besoin d’indépendance, presque une rébellion envers ceux qui les utilisaient à tout-va, les défigurant parfois, les malmenant le plus souvent.

Les mots avaient donc pris la route, un plaisir volé à celui de faire l’école buissonnière ou de prendre les chemins de traverse. Une sensation inconnue d’indépendance éclairait le joug de la pensée imposée par l’auteur.

C’est que les mots, eux aussi, avaient quelque chose à dire…
Et peut-être à nous apprendre sur leur utilisateur. Les mots fouilleraient donc l’inconscient de celui qui les porte, les met à jour ?

Il y avait bien ce risque de se perdre en chemin, de s’embourber dans une terre délavée par de trop fortes pluies, d’être aspirés par le tourbillon vertigineux que donne la liberté.

Le chemin, empierré par endroit, mais le plus souvent bourbeux, alourdissait chaque jour davantage le poids des mots. La liberté est à ce prix. Il faudra du temps aux mots pour apprendre à s’alléger.
La légèreté est une conquête.

Ils commencèrent à se poser des questions, à chercher du sens à leur quête et de la nourriture —  Eh oui ! les mots ont faim— sans savoir que la nourriture était le chemin même et que c’est par lui qu’ils pourraient progresser, grandir, évoluer.

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Le temps comme une pluie

Le temps comme une pluie s’écoule tout de gris

En m’éloignant de vous me ramène vers lui

Les plaisirs ne sont plus à l’ordre de mes jours

Et mes rêves sont seuls à me parler d’amour.

 

Aussi même le jour en recherche de nuit

Fuyant le gai soleil j’aveugle mon esprit

Il faut jeter un sort sur les temps à venir

Pour garder les trésors chers à nos souvenirs.

 

Si de franchir le seuil il n’est pas parvenu

De cet amour, le deuil, ne sera pas vécu

La chambre des regrets restera entrouverte

Pour du cœur les secrets à l’esprit n’avoir perte.

 

Je ne sais plus très bien quand vous êtes venu

Vous blottir en mon sein tel un enfant perdu

Comme à la mort l’amour au temps singe l’effet

De pouvoir peser lourd bien qu’étant effacé.

J’aurais aimé te dire qu’après le grandir vient le vieillir

Quatorze ans dans ton ciel… est-ce que ça se compte pareillement ? Je dois t’avouer qu’ici le temps fût bien long… il contient même une bonne dose d’éternité.

 » Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices, des plus beaux de nos jours ! « 

Alphonse de Lamartine

J’aurais aimé te dire qu’après le grandir vient le vieillir. Que l’on apprend, puis désapprend, finalement pour savoir si peu qu’au bout du compte on constate que l’on ne sait rien, qu’il faudrait pouvoir recommencer, et que ça prend une éternité avant de pouvoir dire : j’ai vécu.

Dans cet espace ouvert



Dans cet espace ouvert
Fermé aux coeurs fermés
Aux yeux privés d’azur
Qui n’ont pas su aimer
La peur tel un bandeau
Posé sur leurs blessures

Voyage en solitaire
Ce coeur inentamé
Cet égrégore ailé
Passeur et messager
Du monde du silence
À celui des vivants

Dans cet espace ouvert
Corridor de lumière
Deux âmes solitaires
Unissent leur errance
Et d’une rive à l’autre
Résonne un pas de danse

Une écriture qui n’a besoin de rien d’autre que d’être

 

 » Un livre doit être la hache pour briser en nous la mer gelée. »

Franck Kafka

Il y avait tant de choses à faire…
D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, le désir d’écrire était présent. Mais la vie courait plus vite que l’envie, et l’envie n’avait pu rattraper la vie.

Une migration lente sourdait en catimini et par paliers. Cette avancée invisible et silencieuse ne perturbait en rien l’ordre établi, malgré les quelques bulles qui remontaient en surface, pas assez puissantes toutefois pour imposer leur éclatement.

Écrire pour retirer du silence au silence…

L’heure n’était pas venue.

 » Faire, et en faisant se faire et n’être rien que ce qu’on fait. »
Jean-Paul Sartre

C’est plus tard que l’écriture a émergé, trop tard pour convaincre ou espérer une quelconque légitimité, mais cette écriture- là n’a besoin de rien d’autre que d’être.

L’écriture n’est ni une béquille ni un bâton de pèlerin, m’ont dit les mots. Trébucher ne doit pas être une crainte. Si tu trébuches ce n’est pas grave. Ton orgueil saura toujours se relever et cela même si tes genoux se trouvent être écorchés.

L’histoire importe peu, puisque toutes les histoires ne prennent vie et sens qu’une fois déliées dans ta propre histoire.

Demain les mots s’arracheront du silence, de ce sommeil lent et profond, sans la turbulence du rêve. Les mots viendront de cet ailleurs, aujourd’hui imprévisible car inconnu.
Les mots devancent l’imaginaire quand ils sortent du vécu, ils s’imposent en bousculant certitudes et acquis. Empreints de joie ou de tristesse, ils clament leur vérité. La vérité n’a besoin de rien d’autre que sa nudité.

Et puis il y a eu cette aube après le long sommeil et l’abandon des mémoires.

Un double anniversaire aux derniers jours d’été

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Ma tristesse et ma joie sont de même naissance

Un double anniversaire aux derniers jours d’été

L’équinoxe d’automne enflamme mes journées

Et sur mon horizon se joue un pas de danse.

 

En cet enfant mort-né qui n’a pas vu le jour

Se consume à jamais la flamme de l’amour

Et comment respirer sans respirer son air

Sinon être l’apnée d’un poumon solitaire ?

 

Mon rêve de la nuit bien qu’en alexandrins

N’aura pas survécu au soleil du matin

Ainsi l’amour décline aux feux des projecteurs

Quand de l’ombre il lui faut si l’on ne veut qu’il meure.

 
Ô joie ! emprisonnée dans ton indifférence

À ne pas écouter mon rire de faïence

Te faire revenir tinter sur mes silences

Et que puis-je aujourd’hui à cette mésalliance ?