La confiance

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Magnifique est la confiance des fleurs à se refermer chaque soir dans l’espérance du matin.

Ainsi chaque soir le sommeil vient me chercher…

Nous n’existons que par la promesse à venir.

Celle qui se contient en nous bien avant que la résilience ne la presse dans la paume de notre main.

Mais la joie, me direz-vous ! La joie pourrait-elle venir de cette seule promesse ? L’attente de la joie, déjà de la joie ?

La confiance serait-elle la clef qui ouvre toutes les portes ?

Étirement dans l’ailleurs… demain est toujours un ailleurs puisque par définition non encore visité.

Quiétude du moment engendrée par cette confiance.
S’endormir en paix. Les fleurs connaissent ce sommeil du tout petit enfant.
Demain la fleur s’ouvrira encore et encore après son sortir de la nuit.

La promesse en l’éveil ; la confiance pour fruit de tous les possibles.

La simplicité face au ciel… Une histoire d’arbre

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Je l’aime bien ce petit arbre. Il se détache, isolé, solitaire, imprévu dans ce champ. Sa simplicité face à l’adversité est touchante. Il se tient-là, planté bien droit, debout, avec sa résistance aux intempéries, peut-être aux hommes enclins à l’abattre. Combien de sécheresses, d’orages, de tempêtes a t-il déroutés ? d’insectes ravageurs découragés ? Sa beauté tient de cette force dans la fragilité, toute concentrée dans ce temps qui lui est imparti à se maintenir en place.

Loin de ses congénères peut-être parle t-il au ciel ou à ses racines, tel l’ermite dans sa grotte repousse les limites de la connaissance qu’il a de lui-même…

Simplicité ! le mot sonne comme une utopie, un Graal obscur et lumineux à la fois, difficile à atteindre.

La simplicité parle si bien au ciel…

Il nous faut garder à notre corps l’argile
et rêver que notre esprit soit d’éther.

Et toujours l’écriture…

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« Je te ferai don du seul rosier qui te puisse augmenter car j’en exigerai la rose  »
Saint Exupéry

 » Vous avez ce grand don de l’écrivain : rendre le lecteur pensif  »
Victor Hugo

À celui qui a le don de l’écrivain, il ne devrait être rien demandé d’autre que de le laisser croître en lui-même, sans influence aucune venue de l’extérieur. Ce don, qui n’aurait nul besoin d’être cultivé, aurait pour fruit une écriture primitive et sauvage valant bien tous les cultivars.

On voit fleurir en ce moment nombre de stages d’écriture (certainement pas donnés),
quand c’est dans l’intime et la solitude que remonte le mieux ce qui, le plus souvent caché, peut se révéler. Nous découvrons beaucoup par l’écriture, dans ce sens elle est ce témoin de l’ombre qui nous habite et nous accompagne.

Pour ceux qui ont ce don, celui d’être tombés dedans (tel Obélix dans la potion magique) , ceux-là possèdent la grâce.

Pour les autres, aucun conseil d’ailleurs, sinon écrire, écrire, écrire…
Jusqu’à écrire ce que nous aimerions lire… peut-être.

Quelques alexandrins pour l’hygiène de l’esprit

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Il faut ruser, mentir, l’heure est à tous les leurres

Pour à ce grand menhir redonner sa verdeur

Devenu par le temps de sable et de poussière

L’illusion d’être fait de roche et de pierre.

 

L’âme aimerait s’enfuir, mais l’esprit la retient

Combien de temps tenir, entraver le destin

Le regard voit déjà vers d’autres horizons

Il y a tant de ciels au seuil de la maison.

Temps, mouvement, souffle de vie

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Vu d’ici les hommes semblaient perdus ; le temps s’était replié sur lui-même. Il ne restait plus que son empreinte, mémoire vidée de sa substance, circonvolution cérébrale d’un ensemble sinueux aux plis profonds, mais sans la vie, sans l’énergie qui la constitue.

La substance encore vivante du temps errait dans son couloir sans commencement ni fin. Vu d’ici, on aurait dit l’écorce d’un vieil arbre, ridée et parcheminée d’avoir connu trop de lunes.

L’espace d’un instant les hommes s’étaient réjouis, puis très vite prirent peur. S’il y avait des avantages à perdre le temps, grand était celui à le conserver. Avec la mémoire du temps qui s’égarait, c’est le mouvement, le souffle même de la vie qui s’en allait.

Les hommes se mirent à regretter le temps, les saisons qui vont avec et tout ce que le temps peut garder en mémoire : les années passées avec leurs joies et leurs peines, l’amour et l’amitié, la confiance, et même la maladie et la mort se mirent à leur parler de la vie. Le pire pourtant était à venir, ou justement sans plus d’avenir. La vie cristallisée avec le temps, dans ses replis, mille-feuille aux couches de roches et d’argile, de limon et de sang. Il vint aux hommes la nostalgie du temps et de tout ce qu’il recelait de trésors. Il était urgent de partir à sa recherche, de le retrouver, de se le réapproprier. Devenus mélancoliques, les hommes promirent au temps de ne plus le perdre s’il leur revenait.

Il y avait encore tant et tant à découvrir à l’intérieur du temps. Pour cela il fallait l’apprivoiser, le déplier avec d’infinis précautions, avec respect aussi, comme on le fait de ces vieux livres au cuir épais et poussiéreux.

Jusqu’où le chemin

Josette Hersent – Jusqu’où le chemin ?

Dire un texte, le mettre en valeur… Merci à LFM radio.

Jusqu’où le chemin ?

L’incertitude alourdit ta marche, écorne ta confiance. Chaque pas pèse davantage quand il suffirait de ne penser qu’à respirer. Oublie l’impatience à connaître de quoi demain sera fait. Nul besoin de compter tes pas ou de métrer ce qu’il te reste à parcourir.

L’anticipation est un leurre qui ne peut que saisir ce qui n’existe pas encore, ce qui peut-être n’existera jamais.

Insouciance… rime si bien avec enfance.

Hier encore tes pensées ne freinaient nullement ta marche, elles tenaient moins de place que ces trésors amassés dans tes poches d’enfant.

Le mystère pointe du doigt l’irrésolu resserré sur lui-même. Commencement, déroulement, finitude.  Et puis il y a ce que tu ne peux voir… l’éternité est partout ! En dedans et au dehors, en deçà et au-delà, c’est ta pensée qui la limite au temps de ton existence. Il faut mettre de l’au-delà dans tout : au-delà des mots, au-delà des peurs, au-delà du réel.

Il fait si beau, ne pense pas à ne pas penser, c’est déjà une pensée. Accepte ce que d’avance tu as validé, ce drôle de contrat aux lignes si petites et si enchevêtrées qu’on les nomme lignes de vie.

L’écriture pour se trouver

 

La main appréhende le crayon.
Il glisse sur la feuille blanche et lisse.
D’étranges arabesques se dessinent.

Adélaïde a l’âge où les souvenirs s’échappent. Cela lui est venu de manière insidieuse. Sa mémoire semblait vouloir jouer à saute-mouton avec les noms, les lieux, les dates, et cela n’avait rien de ludique à ses yeux. Bien au contraire ce cumulet de l’esprit en recherche désespérait Adélaïde.

Lente reconstitution à partir d’indices, de traces, d’interrogations. L’écriture lève des lièvres sur des pistes couvertes d’embûches, de contradictions, d’énigmes à résoudre.

Écrire pour se souvenir des choses enfouies, mais non détruites.

L’écriture tend sa main silencieuse à cet autre, ce voyageur perdu dans les couloirs du temps.

La poigne est ferme, le crayon bien en main.
Dans cet acte de saisir, il y a cette volonté d’en découdre avec l’autre ; un égrégore constitué de souvenirs égarés, de mémoires en fuite.

L’écriture cherche les mots : bataille debrouissaille le terrain, creuse des cavités, en recouvre d’autres. Elle s’arrête à la croisée des chemins, hésite ; prendre celui de velours, celui de traverse, celui de terre qui passe à travers bois, ou celui des écoliers ?
L’écriture est libre quand le chemin n’est pas balisé à l’avance : par des conventions, des regards extérieurs, des jugements.

Je veux écrire à ciel ouvert, dit une petite voix… enfantine, pas encore formatée. C’est la seule voie possible, pour retrouver la voix, celle de l’écriture qui s’érige en langage vrai.

Septembre avant son heure

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Septembre avant son heure imprègne toute chose

Août n’échappe pas à la métamorphose

Un vélo oublié dans la brume à venir

Et ces jours décomptés où plane ton sourire

 

Il faudrait substituer son substrat à l’été

Pour d’un instant précieux faire une éternité

Capturer en chemin les essences sauvages

Que libèrent les dunes après la pluie d’orage

 

Pouvoir en respirer quand l’humeur est morose

Le parfum distillé des embruns et des roses

Le mariage sauvage d’une fleur au salé

Et toutes les mémoires des chaleurs de l’été

 

Car si rien ne se perd dans les couloirs du temps

C’est dans ton souvenir que je forge un présent.