Derrière sa fenêtre

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Vilhelm Hammershøi 🎨

Debout, derrière sa fenêtre, elle attend ! Mais au fait, elle attend quoi ? À vrai dire, elle n’avait fait que cela de toute sa vie, attendre. Qui, quoi, quel, lequel, et pourquoi ? Était-ce une chose, un être, un rêve, son double?  Quel sauveur viendrait l’arracher à cette fenêtre, lui donner l’envie de l’ouvrir pour que l’air pénètre son intérieur… Serait-ce un père, un fils, un amour, un ami, un Dieu peut-être ? Toute attente est prétexte à la sclérose. De l’autre côté, la vie défilait ; celle qui chante, qui vibre, qui prend tout : les orages, les crachins, les pluies qui fouettent le visage, qui inondent les plaines et celles qui les nourrissent. Les gouttes qui s’accrochent aux carreaux glissant tels des remords. Elle pouvait voir ainsi toutes les pluies, mais aussi tous les soleils, ceux des douceurs et ceux des morsures. Elle aurait aimé pourtant qu’un vent disperse toute cette nostalgie embuée derrière la vitre, et que son chant emporte avec lui quelques trilles de ses silences.

La vie était hors, dehors, mais pas en elle. Peut-être, en désespoir de cause, casser la vitre ? Pour y voir plus clair ? Mais alors quoi faire de tous ces débris qui joncheraient le sol ? Il n’y aurait pas seulement des éclats de verre à terre, mais aussi des souvenirs, des rires, ceux qui partagés dans un mimétisme font danser la lumière. Il y aurait des espérances, des solitudes, des joies et des chagrins. À vouloir quitter cette vie de derrière la fenêtre ne prenait-elle pas le risque de tout perdre, jusqu’à cette vie même qui lui semblait si peu…

Remettre à demain… Le soir tombe déjà. Bientôt elle ne verra plus au dehors, les rêves rempliront tout l’espace. Demain peut-être, un vent doux comme un sourire viendra non pas la délivrer, mais lui donner la force de se projeter dans le temps du réel et de danser avec lui.

 

4 réflexions sur “Derrière sa fenêtre

  1. Bonjour Josette !

    Ce texte m’a fait repenser à…

    Elle est debout, à la fenêtre. Elle porte sa robe de jersey bleu, son gilet à grosses côtes, sans manches, écru. Sa main gauche caresse le dos cannelé du radiateur, éteint. Cette sensation, toujours, qu’elle a d’avoir froid.
    Qui donc attend-elle ? Personne. Simplement elle regarde par la vitre, appuyée sur sa canne, aux aguets, comme ces chats qui surveillent les toits du fond de leur panier. Elle regarde en direction du carrefour, en direction des voitures qui vont, qui viennent, en direction des piétons qui traversent la rue.
    Elle est debout, dans ses pantoufles neuves. Ses cheveux fins, gris perle, sont retenus dans un maigre chignon. Le ciel penche sur son visage si tendrement fripé une lumière pâle et un peu triste. Je vois son œil, tendu, derrière des lunettes sans âge.
    Curieuse, encore.

    NB – Extrait de L’embarcadère

    Aimé par 1 personne

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