Normandie. Ma Normandie, mon bout de terre Je te choisis dernier lopin.

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Elle nous pénètre sans un mot
Par les yeux et par notre peau
La Normandie on la respire
Histoire de mieux la retenir.

Peintres capteurs de lumière
Écrivains aux jolies manières
Ils en ont fait leur paradis
Côte de Grâce, Côte Fleurie.

Le roi des ciels au bord de l’eau
Eugène Boudin et ses pinceaux
L’impressionniste immortalise
Le frissonnement d’une brise.

Belles villas sur la corniche
Ces élégantes qui s’affichent
Résistent aux embruns et à l’âge
Dans leurs habits de colombages.

Plus loin… vallons, tourbières, forêts…
Coteaux crayeux, landes, marais
Blanches falaises aux pieds dans l’eau
Côte d’Albâtre, Pays de Caux.

Les champs… des tapis de verdure
Vaches ruminent à la pâture
Paille au chapeau de la chaumière
Douillons de pommes et camembert.

Grand-mère le loupiot d’une main
Et le vélo de l’autre main
Souffle d’amour sur la blessure
Vite rentrons à la masure.

Sans les vacances chez grand-mère
Manquerait de l’eau au moulin
De la douceur sur les embruns
Ma Normandie, mon bout de terre
Je te choisis dernier lopin.

Il faudrait substituer son substrat à l’été

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Septembre avant son heure imprègne toute chose
Août n’échappe pas à la métamorphose
Un vélo oublié dans la brume à venir
Et ces jours décomptés où plane ton sourire.

Il faudrait substituer son substrat à l’été
Pour d’un instant précieux faire une éternité
Capturer en chemin les essences sauvages
Que libèrent les dunes après la pluie d’orage.

Pouvoir en respirer quand l’humeur est morose
Le parfum distillé des embruns et des roses
Le mariage sauvage d’une fleur au salé
Et toutes les mémoires des chaleurs de l’été.

Car si rien ne se perd dans les couloirs du temps
C’est dans ton souvenir que je forge un présent.

Ta voix ne m’a jamais quittée

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En équilibre sur deux mondes
Un presque rien qui vagabonde
Imperceptible comme un souffle
Une petite âme s’essouffle
Dans l’ombre déjà de l’été
À l’équinoxe de sa beauté
Du bleu au vert, du cyan au rose
Au ciel c’est la métamorphose
Le corps passe du chaud au froid
Lorsqu’il déserte son beffroi
De tour d’ivoire en voie lactée
Ta voix ne m’a jamais quittée.

Elle regarde une vieille photo, s’attarde sur un visage, celui-là, elle le connaît bien

OLYMPUS DIGITAL CAMERACertains entrent dans leur ombre bien avant l’heure. Il y a des aurores teintées de crépuscules.

Si aujourd’hui est déjà trop tard, que dire de demain…

Sans attendre !

– J’ai tant de choses à faire avant de mourir
– Tu vas mourir ?
– Mais oui, comme tout le monde. Toi, tu vis comme si tu avais l’éternité. Ne sais-tu pas que la durée d’une vie n’est à peine celle d’une journée…

Elle regarde une vieille photo, s’attarde sur un visage. Celui-là, elle le connaît bien. Puis son regard se tourne vers les autres, ceux qui accompagnent celui de sa grand-mère. Il y a un enfant qui se tient debout sur une chaise sortie pour l’occasion, et même un chien assis lui aussi sur une des chaises du restaurant.

Cette photo, elle ne la connaissait pas. Elle ne l’a découverte qu’après… après le départ de sa mère. La photo était remisée avec d’autres, non connues et pareillement jaunies par le temps. Le tout, placé dans un carton à chaussure, semblait renfermer autant de visages inconnus que de secrets bien gardés. Une vraie cabane miniature digne d’un Ali Baba, sauf que rien n’ avait été volé, hormis peut-être une histoire familiale, et ça c’est quand même quelque chose…

Le fil qu’elle pensait pouvoir débobiner, rembobiner à sa guise, venait de casser net. Plus personne pour en tisser l’histoire. On peut naître orphelin de son passé, mais il arrive qu’on le devienne. Tant que sont là, parents et grands-parents, ces passeurs de mémoire , nous ne faisons pas beaucoup d’efforts, sauf que l’histoire elle se mérite, elle n’est pas un dû.

Les secrets, quand on laisse pousser leurs branches, ont cette particularité de donner des fruits à l’imagination.

Faire danser les miroirs

Le petit enfant le sait bien
Lui qui fait danser les miroirs
Que l’on ne peut naître de rien
Que l’essentiel nous est transmis
Sans qu’on ne l’ait jamais appris
D’instinct le jour doit bien savoir
De ses crépuscules l’histoire
Peut-on se mirer sans miroirs
Vivre sans ombre à sa mémoire ?
Le petit enfant le sait bien
Lui qui fait danser les miroirs
Que l’on ne peut naître de rien.

Celui de maman devait être bien lourd à porter, ce secret dont elle n’ avait jamais rien laissé filtrer.

Je lui ai pourtant demandé cent fois de me raconter son enfance ; si elle avait des frères et sœurs, mais les larmes lui montaient si vite aux yeux qu’il était comme entendu entre nous que nous n’irions pas plus loin, moi dans mes questions, elle dans ses réponses.

L’écriture est un silence, parfois il arrive qu’un ange y passe.

Un jour, un pan du secret de maman est venu frapper à ma porte, il avait les traits d’un généalogiste. J’apprenais, dans un même temps, la mort de mon oncle et par là même son existence. J’ai donné les coordonnées de maman et le monsieur est reparti, aussi vite qu’il était venu, me laissant seule avec ma mine déconfite.

Je pensais alors, bien naïvement, que cette révélation me donnerait le droit d’en savoir un peu plus et à maman l’occasion de lever un peu du voile. Je me souviens que dans un premier temps, j’ai ressenti de la colère, légitime me semblait-il ; on m’avait quand même ôté le droit d’avoir un oncle. Et si je l’avais tant de fois rêvé, imaginé, cet oncle, si je « cuisinais » maman pour savoir ce qu’elle taisait, c’est que de très loin mon inconscient, lui, devait savoir…

Au fil de l’écriture

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Je relis mes cahiers et vois mon écriture…
Changer au fil des mois, plus la même nature
Quand les lettres sursautent, se tordent puis expirent
Se couchent sur la feuille avant que d’y mourir.

Quand la révolte gronde et que le cœur tressaille
Face à tant d’injustices l’écriture bataille
Se plie tantôt à gauche évoquant le passé
Tremblante passe à droite espérant avancer.

La main veut s’appliquer, mais le cœur et la tête
Sont tout déboussolés de notre tête-à-tête
Court-circuit du cerveau et de ses hémisphères
Recherche d’harmonie mais ne sait comment faire.

L’écriture soudain droite comme justice
Espère que la main arrête le supplice
Cerveau droit cerveau gauche entrent en compétition
Demande simplement à garder la raison.

Si ma main tremble encore en écrivant ton nom
C’est bien qu’à l’écriture il n’y a de saisons
Et à aucun moment ces sursauts de tristesse
Ne seront confondus à ceux de la vieillesse.

Accepter que tout change hormis son empreinte

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Le monde aussi
Cille du regard
Toujours ce mouvement
Accepter que tout change
Hormis son empreinte

Ce va-et-vient
D’un monde qui se crée
Dans le même temps
Qu’il nous échappe

Rester à la tangente
Entre fini
Et infini
Quelle histoire
Que la vie !

Maman me disait
Ne cherche pas à comprendre…

Accepter que tout change
Ne se retienne
Ni l’étonnement du jour
Ni son effacement à la nuit
Rien
Hormis son empreinte.

Ce qui a été…
Même une seule fois
Ne peut disparaître tout à fait.

Ainsi nous allons…
Regards essuyés entre deux battements de paupières.

Dans l’immense et l’infime, aux confins de l’étrange

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Dans l’immense et l’infime, aux confins de l’étrange
Il est partout, partout, m’a révélé un ange
Dans le matin frileux, le crépuscule ardent
Dans l’opale irisée d’une larme d’enfant.

Il est partout, partout, m’a révélé un ange
Dans l’immense et l’infime, aux confins de l’étrange
Dans le rideau de pluie que traverse le jour
Ces lueurs perlées d’un elfe pris d’amour.

Célestes sont les voix qui portent l’indicible
Aux portes du poème écrit dans l’invisible
L’éternité s’exprime à travers le vivant
Entre nos yeux mi-clos œuvrent tous les printemps.

Sur les lieux du passé

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Sur les lieux du passé. À la recherche d’un temps tapi à l’ombre de mes souvenirs.

Elle lui ressemble… on y mangeait les galettes, cuites sur les grandes tuiles posées au coin de la cheminée, celles faites de pur sarrasin et que les initiés trempaient dans le lait baratté. Moi, je les préférais au beurre ; il y avait toujours une motte sur la table les jours de galettes, du bon beurre salé. Même encore aujourd’hui, je préfère la galette juste avec un peu de beurre dessus.
Je ne sais si c’est la ferme de Nini et d’Auguste, mais comme elle lui ressemble…

Me reviennent quelques souvenirs, sous forme d’images, de sons et d’odeurs. Ah ! Les odeurs comme elles restent prégnantes tout au long d’une vie. C’est un bon moyen de remonter le temps, suivre l’olfactif, ces relents d’histoire.

Quand ceux qui savent sont partis, il est difficile de reconstruire le puzzle. Certaines pièces sont perdues à jamais. Nous avons été négligents dans notre impatience à vivre le présent. Pourtant, les anciens , quand on les questionne, aiment raconter. Nous avons perdu aussi cela, écouter les anciens, mais nous ne savions pas que cela nous rendrait orphelins.

Je me souviens, la grande cour avec la maison tout au fond. Accolée à celle-ci quelque remise ou étable. C’était l’été. Nous arrivions de la ville en voiture. La porte d’entrée était ouverte, elle restait toujours ouverte. On ne distinguait pas tout de suite Nini dans l’encablure, qui vêtue de noir se fondait avec le dedans un peu sombre de la maison.

La fraîcheur de la pièce nous saisissait malgré la cheminée immense qui tirait jour et nuit.
Il y avait bien cette toute petite fenêtre, l’unique à cette grande pièce qui servait de cuisine, salle à manger et chambre à coucher. Auguste avait posé une glace dans l’espace entre la porte et la fenêtre et c’est là, devant, qu’il se rasait.

Juste à côté de la porte,à l’extérieur, il y avait la baratte.

À l’intérieur,la table de ferme trônait en plein milieu de la pièce avec ses deux bancs de chaque côté. Il n’y avait pas de toile cirée, juste le bois, brut, comme le reste. Tout était propre, rustique, et bien rangé.

Auguste venait de blanchir les murs à la chaux et Nini avait soigneusement balayé le sol de terre battue avant notre visite. Il était encore légèrement humide, venant d’être aspergé d’eau afin de limiter la poussière. Tout participait à ce mélange d’odeurs : la terre humidifiée, le crayeux de la chaux et celle de ces poutres usées par les fumées, sans parler de ce fumet particulier que dégageait le jambon, pendu haut dans le conduit de cheminée.
Et quand venait à grésiller la galette, pour nous c’était jour de fête.

Tout ici respirait la paix, la tranquillité des cœurs simples.