Elle regarde une vieille photo, s’attarde sur un visage, celui-là, elle le connaît bien

OLYMPUS DIGITAL CAMERACertains entrent dans leur ombre bien avant l’heure. Il y a des aurores teintées de crépuscules.

Si aujourd’hui est déjà trop tard, que dire de demain…

Sans attendre !

– J’ai tant de choses à faire avant de mourir
– Tu vas mourir ?
– Mais oui, comme tout le monde. Toi, tu vis comme si tu avais l’éternité. Ne sais-tu pas que la durée d’une vie n’est à peine celle d’une journée…

Elle regarde une vieille photo, s’attarde sur un visage. Celui-là, elle le connaît bien. Puis son regard se tourne vers les autres, ceux qui accompagnent celui de sa grand-mère. Il y a un enfant qui se tient debout sur une chaise sortie pour l’occasion, et même un chien assis lui aussi sur une des chaises du restaurant.

Cette photo, elle ne la connaissait pas. Elle ne l’a découverte qu’après… après le départ de sa mère. La photo était remisée avec d’autres, non connues et pareillement jaunies par le temps. Le tout, placé dans un carton à chaussure, semblait renfermer autant de visages inconnus que de secrets bien gardés. Une vraie cabane miniature digne d’un Ali Baba, sauf que rien n’ avait été volé, hormis peut-être une histoire familiale, et ça c’est quand même quelque chose…

Le fil qu’elle pensait pouvoir débobiner, rembobiner à sa guise, venait de casser net. Plus personne pour en tisser l’histoire. On peut naître orphelin de son passé, mais il arrive qu’on le devienne. Tant que sont là, parents et grands-parents, ces passeurs de mémoire , nous ne faisons pas beaucoup d’efforts, sauf que l’histoire elle se mérite, elle n’est pas un dû.

Les secrets, quand on laisse pousser leurs branches, ont cette particularité de donner des fruits à l’imagination.

Faire danser les miroirs

Le petit enfant le sait bien
Lui qui fait danser les miroirs
Que l’on ne peut naître de rien
Que l’essentiel nous est transmis
Sans qu’on ne l’ait jamais appris
D’instinct le jour doit bien savoir
De ses crépuscules l’histoire
Peut-on se mirer sans miroirs
Vivre sans ombre à sa mémoire ?
Le petit enfant le sait bien
Lui qui fait danser les miroirs
Que l’on ne peut naître de rien.

Celui de maman devait être bien lourd à porter, ce secret dont elle n’ avait jamais rien laissé filtrer.

Je lui ai pourtant demandé cent fois de me raconter son enfance ; si elle avait des frères et sœurs, mais les larmes lui montaient si vite aux yeux qu’il était comme entendu entre nous que nous n’irions pas plus loin, moi dans mes questions, elle dans ses réponses.

L’écriture est un silence, parfois il arrive qu’un ange y passe.

Un jour, un pan du secret de maman est venu frapper à ma porte, il avait les traits d’un généalogiste. J’apprenais, dans un même temps, la mort de mon oncle et par là même son existence. J’ai donné les coordonnées de maman et le monsieur est reparti, aussi vite qu’il était venu, me laissant seule avec ma mine déconfite.

Je pensais alors, bien naïvement, que cette révélation me donnerait le droit d’en savoir un peu plus et à maman l’occasion de lever un peu du voile. Je me souviens que dans un premier temps, j’ai ressenti de la colère, légitime me semblait-il ; on m’avait quand même ôté le droit d’avoir un oncle. Et si je l’avais tant de fois rêvé, imaginé, cet oncle, si je « cuisinais » maman pour savoir ce qu’elle taisait, c’est que de très loin mon inconscient, lui, devait savoir…

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