Pour sublimer leur chagrin, certains passent par le poème

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De la difficulté de s’exprimer… ou quand les mots n’ont pas le même sens pour tous.

Les mots voyagent du dedans au dehors, mais pour se faire il est parfois plus facile de passer par l’écrit. On dit que les grandes douleurs sont muettes, je crois plutôt qu’elles étouffent leurs cris, bâillonnées qu’elles sont par la bien-pensance, les convenances.

Déjà Sénèque nous dit : «  On a des mots pour dire une peine légère, mais les grandes douleurs ne savent que se taire.  »

Je préfère à cela la phrase de Chateaubriand : « De toutes les nécessités à subir, celle de l’incapacité est la plus insupportable. »

Pour sublimer leur chagrin, certains passent par le poème. Quoi de plus criants que ces quelques vers de Victor Hugo après le départ de sa fille Léopoldine :

« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. »

La souffrance poétisée ne choque pas le lecteur.

Ce matin, j’ai relu un peu de mon premier cahier, celui commencé quelques jours seulement après ton départ. Cette conversation, sous forme de journal, que l’on peut nommer d’intime, je prenais soin sans vraiment m’en rendre compte de l’édulcorer. Certainement pour ne pas laisser des écrits qui pourraient choquer mes proches s’ils étaient amenés un jour à les lire. Pourtant, je me souviens avoir voulu être dans le vrai et ne rien occulter. Avec le recul, j’ai l’impression que ces écrits n’étaient en rien à la mesure de mon état d’alors. Quand tout mon corps n’était qu’un cri, mon esprit contrôlait et se voulait gardien d’une certaine dignité. Jusqu’au graphisme des lettres qui restait appliqué. Le contrôle une autre façon de se donner le change, de tenir. La même chose pour l’apparence.

On se croit prêt, mais l’est-on jamais ? La renaissance serait tellement plus facile que la continuité. Ceux qui pensent que l’oubli peut aider, se trompent. Ce n’est qu’un pis-aller, un faux semblant, un palliatif, une anesthésie où les flashs qui remontent sont d’autant virulents que non intégrés.

J’ai écrit : Avant la vie était légère , tellement légère, un peu vide alors forcément légère…

Alors j’ai compté : les jours, les mois, les années.

Il y a eu ces années avant ta naissance, et puis celles d’ après toi. Se dire qu’il me faudra peut-être vivre plus d’années au total sans toi que vécues avec toi. C’est ce genre de pensées qui peuvent traverser l’esprit, comme les éclairs traversent le ciel un jour d’orage. Je ne sais pas si tous les parents désenfantés pensent cela. Je n’en ai jamais parlé avec eux. C’est comme un reste de fidélité ou peut-être de culpabilité. Allez savoir !

Pour moi aussi il était dur de vous quitter
Et de quitter la terre et de quitter mon corps
Quand un jour finissait je devais dire « encore »
Un réveil, un matin, du temps pour vous aimer.

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11 réflexions sur “Pour sublimer leur chagrin, certains passent par le poème

  1. Ces dernières années, j’ai perdu mon père (avec qui j’étais en froid), mon frère et un ami très proche. Je pense à eux jour après jour. De plus, j’ai hérité du spleen et de l’intuition de mon grand-père maternel et de ma mère. La vie me pèse depuis l’enfance, malgré les joies furtives. Toutefois, je sais que par mes mots je pose du baume sur le cœur des gens. Vous faites de même. Écrire, démontrer de l’empathie, émouvoir, donner un brin d’espoir, telle est notre mission sur Terre.

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