Il faut mettre du rêve Aux semelles du vent

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Il faut mettre du rêve

Aux semelles du vent

Naviguer dans le rien

Pigmenter l’éphémère

De lapis-lazuli

De songes d’outremer

 

Décharger le trop plein

Des existences enfouies

Aux abysses de l’âme

 

Les mots seuls ne suffisent

À briser le sarment

Vertical du temps

Ce vestige d’enfance

Prisonnier de l’immense

 

Il nous faut l’embrasser

Dans une épiphanie

Où l’essence des choses

Se contient dans son chant

Qui ne s’explique pas

Mais que le cœur retient

Ému par le poème

Sans savoir le pourquoi.

 

Je voudrais que ces mots

 

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Je voudrais que ces mots

Avant de s’agencer

S’envolent au plus haut

Coiffés de liberté

Tout chapeautés des rires…

Premiers du jeune enfant

Que les hommes et le temps

N’auront su affaiblir.

 

Je voudrais que ces mots

D’un ciel silencieux

Vierge du battement

De l’aile de l’oiseau

Et du souffle du vent

Avant de s’embrasser

En respirent le bleu.

 

Je voudrais que ces mots

Dans un chant sidéral

Fossile et primordial

Impriment au bain la trace

Remplissent tout l’espace

S’habillent en majuscules

Pour jamais minuscule

Ne se signe l’amour.

 

Je voudrais que ces mots

Touchés d’éternité

Pénètrent la clarté

L’âme du nouveau-né

Cet éternel retour

Que les astres colorent

Aux nouvelles aurores

Traversées par l’amour

Puis se posent sur vous

Comme une pluie d’étoiles.

Retenir la joie !

« La moindre joie ouvre sur un infini. »

Christian Bobin

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Au début on ne sait comment faire. C’est impalpable la joie… ça vous glisse sur le cœur, ça a la fluidité et la grâce de l’aquarelle, quand une fois la couleur déposée sur la toile imbibée d’eau, le pigment se dilue avec d’autres pigments pour finir par flotter dans un bain aux harmonies allant jusqu’à la transparence.

C’est un peu ça le transport de la joie…

On aimerait en fixer le déroulement à son début, en retenir la force afin de la faire ricocher sur les minutes, les heures peut-être… On compte les minutes qui s’égrènent. On voudrait en faire une intime, une confidente, partager avec elle les vicissitudes du quotidien qui s’en trouverait allégé.

Nous accueillons la joie comme on accueillerait une grande dame à la chevelure pailletée d’or et qui laisserait sur son sillage les fleurs d’un jardin inconnu et secret.

Ma joie s’émancipait jusqu’à se déplacer

De mon imaginaire en pays étranger

Je suppliais la joie… voulais la retenir !

En tournant les talons elle éclata de rire.

 

La joie qui aspirait à voir autre horizon

Quitta sans préavis mon coeur et ma maison

Dans un feu d’artifice allant vers d’autres âmes

Me laissant dépourvue sans l’aura de sa flamme.

 

Je cherchais le bonheur à défaut de la joie

Fausse route m’a dit une petite voix

Sans la joie le bonheur ne peut être parfait

Ces deux-là vont ensemble intimement liés.

 

Le plaisir m’a dit : viens ! je vais te consoler

Je ne trahirai pas le nom qu’on m’a donné

Je suis un substitut, un plagiat, un vautour

Tu oublieras la joie, sa promesse d’amour.

 

La morale de l’histoire :

Pas de cage à l’oiseau, son vol est sa beauté

Sa raison d’exister tient dans sa liberté

Pas de joie qui ne soit libre d’aller, venir

Sans la perdre on ne peut tenter la retenir.

 

 

 

Naviguer dans le rien

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Loin des terres et des mers

Qui bordent toute vie

L’esprit en bandoulière

Traverser l’éphémère

Caresser l’infini.

 

Naviguer dans le rien

Se vider du trop plein

De l’au-delà des mots

Et de ces oripeaux

Qui encombrent les âmes.

 

Aux contours de l’immense

Suivre des yeux l’étoile

Écouter le silence

Dans le froissé des voiles

Où se déplie le temps.

L’inespéré venait du ciel

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D’où venait-il exactement ?
Elle ne l’avait enfanté
Ni en son sein ni en pensée
Ni dans ces heures les plus sombres
Celles qui étalent leurs ombres
Longtemps après le jour passé.
Cette âme ne pouvait venir
Que d’un passé sans avenir
Une porte sur le néant
Qui traversait tel un présent
Inébranlable et impavide
Survolant l’insondable vide.
Elle ne se souvient plus quand
Cela devait être son heure
Cette descente sur son coeur
Ce baume oint sur les tourments
Ce beau cadeau, cet essentiel
L’inespéré venait du ciel.

Il faut beaucoup d’humilité, d’amour et de confiance, pour se mettre à l’écoute du ciel.

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« J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends »

L’ Adieu

Apollinaire

Quand nos invisibles nous pardonnent nos manquements, la terre à nos pas devient plus légère.

Il faut beaucoup d’humilité, d’amour et de confiance, pour se mettre à l’écoute du ciel. De celui que nous ne verrons jamais avec nos yeux. Le réel n’est pas le visible et derrière le ciel il y a d’autres ciels… L’invisible ne ressemble pas aux représentations que nous nous en faisons. Pour en faire une réalité,  la nôtre, plus objective, mais unique à chacun, nous avons besoin de tous nos sens en éveil. La pensée seule ne suffit pas à créer cette réalité, il nous faut la ressentir, avec notre corps de chair, de tout notre être, de toute notre âme. Ce que nous ne voyons pas devrait pourtant mieux s’entendre, telle la musique nous parle mieux que ce qui est écrit. Les aveugles le savent qui développent avec une grande acuité d’autres sens comme le toucher et l’ouïe. Le mot n’est pas la chose, mais il aide à lui donner une forme, définie par un code accessible à tous.

Ainsi si je dis table, chacun  peut se représenter l’objet sans qu’il ne soit obligé de remettre en question le mot. Pourtant, celle-ci pourra être très différente dans sa représentation, d’un individu à un autre :  ronde, carré, ou encore rectangulaire et je ne parle pas de la matière…

Nous pardonnons facilement à ceux qui sont partis. Le statut d’absent confère à la plupart de nos invisibles un état de grâce. Pour une fois, les absents n’ont pas toujours tort. La mort efface bien des rancœurs, des fâcheries, des injustices, des maladresses, en même temps qu’elle laisse tant de regrets.

Vous l’aurez compris, pour que cela fonctionne, le pardon doit être dans les deux sens. Il est facile à ceux qui nous ont aimé de nous pardonner, comme à nous, dans la plupart des cas, de pardonner à l’autre. Accepter le pardon dans les deux sens, c’est s’alléger d’autant.

 

 

Haïkus blancs

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Valse de points blancs

Que mon enfance revienne

Danser sur les ans

 

Que tombe la neige!

La joie des enfants piétine

Au sol les chagrins

 

Blanchie la campagne

La récolte sera bonne

Sous l’épais manteau

 

Éclatant soleil

Jamais neige fut si belle

Piétinée au cœur

 

Bonnets et cagoules

La neige retient l’enfance

Flocons sur le cœur

 

Neige immaculée

L’invisible vêtu de blanc

Voltige en silence

 

 

 

L’amour est ce cœur fier

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L’amour est ce cœur fier

Isolé, solitaire

Même vent, même terre

Dans sa prairie d’ivraie

Coquelicot d’été

S’est épris de la mer.

 

Où flambe l’éphémère

L’esprit est téméraire

Et le cœur valeureux.

 

De ce doux hyménée

Par la loi contrarié

Un papillon témoin

De cet amour chagrin

À l’horizon restreint

Dans le flot des embruns

A mêlé les éthers.

 

Dès le premier instant

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Dès le premier instant, mon âme fut troublée

Pourquoi suis-je venue, pourquoi suis-je restée ?

Avez-vous seulement perçu cet abandon

De l’âme qui se sait rentrée à la maison.

 

Aucun frémissement autre que la joie douce

D’un courant lumineux qui remonte à sa source.

Corps et âme embrassés de même plénitude

Goûtent ensemble au plaisir de la béatitude.

 

Le cœur en arythmie après la courte pause

Dépose sur les joues le carmin de la rose

Et les yeux à eux seuls démentent tous les dires

Que la bouche aimerait fébrilement nourrir.

 

Personne alentour n’aura rien soupçonné

Et vous-même, Monsieur, n’en avez rien montré

Avez-vous seulement perçu cet abandon

De l’âme qui se sait rentrée à la maison.