Quand les mots se perdent, il y a la poésie avec ses images, sa musique, pour réamorcer le langage

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 » Mais ici, dans la nudité sans mémoire de l’hiver, plus rien n’avait même de nom ni de couleur, le silence aspirait tous les mots, tous les souffles et le temps lui-même paraissait avoir déserté la scène et déguerpi sans demander son reste, avec la vie qu’il emportait, avec le secret. »

Jean-Louis Ezine  » Les taiseux »

 » J’ai cueilli ce brin de bruyère

L’automne est morte souviens-t’en

Nous ne nous verrons plus sur terre

Odeur du temps brin de bruyère

Et souviens-toi que je t’attends  »

« L’Adieu » Apollinaire

Une brèche, une ouverture, une faille peut-être… un poème. C’est comme cela d’abord que le flux est revenu. Ce qui ne peut se dire avec les mots de tous les jours se couvre d’images. C’est moins violent le poème, chacun peut se l’approprier, y mettre de son histoire. La poésie, dans son murmure, dit très bien ce que l’on voudrait taire.

Perdus les mots… envolés les mots ! Quand il n’y a pas de mots il reste la poésie et la musique, les deux échappées belles au silence. De ce silence, cette part d’éternité, qui s’exprime à l’intérieur du vivant. À ceux qui n’ont le choix ni de leur destin ni des émotions qui en découlent, le silence est une élégance.

Le silence a aboli le temps, la parole seule pourra réamorcer son écoulement, la parole ou sa petite sœur l’écriture qui trace un chemin, quand les mots inexprimés sont comparables à la charge d’un orage.

Le rien serait manque de substance, mais le manque, oh le manque! immanquablement plein.

Il faudrait pourvoir tout effacer, tout oublier, mourir pour renaître mais sans les cicatrices, sans la mémoire.

L’écriture n’est pas un but en soi, mais le plus souvent l’effet d’une cause qui dépasse l’entendement. Pas dans ce cas, pas aujourd’hui ; aujourd’hui, je sais pourquoi j’écris : l’écriture me tient en éveil.

Entre l’avant et l’après, il y a eu ce Noël. Celui de ta rémission. Impossible de décrire cette joie sans la connaître. Seuls ceux qui ont connu la maladie ou la peur de perdre un être cher en ont au cœur la substance.

C’est même incroyable comme tout peut revenir, presque comme avant… gommées pour un temps, quelques heures : les épreuves, les opérations, les souffrances, seule cette joie d’un Noël dans l’espérance.

En cette veille de Noël c’est celui-là qui me revient, comme un rappel de ce qui est important. De ce qui est vraiment important.

 

 

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