Le paquet de lessive.

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 » C’est dans la rosée des petites choses que le cœur trouve son matin et se rafraîchit. »

Gibran Khalil Gibran

 

Quoi de plus anodin qu’un paquet de lessive ? et que pouvait bien avoir celui-ci de particulier ?

Une si petite chose dont la banalité ne mérite pas un regard, ni un écrit.

Ce serait sans compter que ces petites choses qui viennent vous effleurer en surface, se faisant, en remuent de plus grandes.

Ainsi, ce paquet, de 18 cm de haut sur 14 cm de large – j’ai vérifié – contenait bien plus que de la lessive, une histoire. Oh! pas de ces grandes histoires qui changent le monde, mais une histoire qui contient un peu de notre monde.

Une mousse blanche et vaporeuse se formait en même temps que la poudre se dissolvait au contact de l’eau tiède. Je tenais le paquet d’une main, de l’autre je m’amusais à faire des dessins sur la mousse, quant à mes yeux, ils allaient du bac au paquet de lessive. Celui-ci n’était plus qu’au tiers rempli de la poudre magique, je remarquais que le fond cartonné était gondolé d’avoir pris l’eau certainement plusieurs fois. Sur le devant du paquet était écrit « Lavage main ».

Voilà de quoi venir vous remuer les entrailles en pleine lessive, ces petites choses, ces regards, sans les yeux, mais dont la présence nous interpelle, nous saisit et nous pénètre. Car c’est bien dans ces regards, qui deviennent nôtres, que nous savons qui nous sommes.

Maman n’a jamais eu de machine à laver le linge, et de toute sa vie a fait sa lessive à la main. Ce paquet, que je tenais entre mes doigts, était le dernier qu’elle avait tenu et voilà pourquoi il sortait de la banalité et que momentanément il arrêtait le temps. Je décidais de l’économiser au maximum, comme pour moi aussi avoir du pouvoir sur le temps, sinon sur le souvenir.

Le fait de continuer à agir ainsi, à l’heure du tout vite fait, était comme une résistance à l’épuisement, une pause à cette frénétique course d’un monde qui se dit moderne. Si maman avait pu continuer de vivre au solaire, elle l’aurait sans doute fait.

Dans ces gestes simples, qu’elle m’avait transmis sans que je n’aie eu besoin de les apprendre, se concentrait encore la prunelle de ses yeux, bleus comme une mer calme qui vous porte à bon port.

Nous naissons et grandissons sous et par le regard de ceux qui nous aiment, et quand ils partent, que leurs yeux se ferment sur notre monde, leurs regards continuent de transporter jusqu’à nous ces petites choses qui viennent habiller nos souvenirs de tendresse et de nostalgie.

 

 

 

 

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