Une drôle d’histoire…

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Alexandre Jardin.

 

Après lecture de cette lettre, un souvenir m’est revenu…

Il y a des clefs qui ouvrent des portes et des histoires qui ouvrent sur d’autres histoires.

il y a des hasards qui n’en sont pas et qui portent le nom étrange de synchronicités…

Mais de cela je l’ai appris beaucoup plus tard. À l’époque, très loin de moi étaient les travaux de C.G Jung et de son ami physicien Pauli, comme d’ailleurs l’homme Superlumineux de Régis Dutheil. Quant au chat de Schrödinger il était et restera pour moi une énigme.

Je n’avais pas encore eu de ces grands malheurs qui, en vous coupant en deux, fracassent aussi nos mondes et les dédoublent.

Nous venions d’emménager dans un immeuble récent, bâti sur un terrain entre deux propriétés anciennes, et qui devait lui aussi, dans un temps plus ancien, abriter une de ces maisons bourgeoises qui font le charme d’un quartier.

Mon frère ne tenait pas encore son magasin d’antiquités, mais aimait à chiner dans les salles des ventes où il dégotait parfois de bonnes affaires. C’est ainsi qu’il se porta acquéreur d’un lot contenant divers objets ayant tous appartenus à la même personne.

Il y avait de nombreux livres dans ce lot: des cahiers de musique, livres de photos, de cuisine, et mon frère me fit cadeau de quelques uns et aussi d’un petit médaillon que j’ai toujours en ma possession.

Je m’en veux encore d’avoir jeté un de ces livres. C’était un vieux livre de cuisine, avec des recettes aux repas à ne plus finir et aux mets si copieux que nous ne pourrions plus les digérer aujourd’hui.

Un jour de grand rangement et probablement d’énervement, il est parti bêtement à la poubelle…

Avec le recul c’est comme si j’avais fait une faute, presque un sacrilège.

Certainement à présent, j’aurais porté une plus grande attention à l’étrangeté de la chose, pourtant cela m’avait suffisamment étonnée à l’époque pour que je m’en souvienne

Il arrive que la vie dépasse la fiction…

Quelques jours après que mon frère m’ait fait ce cadeau, j’ai trouvé dans un des livres le nom et l’adresse de sa propriétaire.

L’adresse était la même que la mienne…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un dimanche au temps des cerises…

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« Le temps des cerises »

Quand nous chanterons le temps des cerises,

Et gai rossignol, et merle moqueur

Serons tous en fête !

Jean-Baptiste Clément.

Se souvenir des déjeuners sur l’herbe, au bord de la route, quand le Tour de France doit faire étape dans la région et ainsi passer à quelques mètres d’où les familles se sont installées pour la circonstance.

Devenir supporter d’un jour…

– Vas-y Bobet !

Faire une table de la nappe de cuisine à grands carreaux et s’asseoir autour.

Du coffre de la 4 CV Renault ou de la deudeuche (cette dernière bien pratique avec son siège avant démontable),sortir son panier d’osier contenant : poulet en gelé,camembert, teurgoule, cerises et cidre bouché du pays.

Garder quelques cerises pour les accrocher à ses oreilles.

Se confectionner un chapeau de fortune avec le dernier Ouest-France.

Entonner le temps des cerises au dessert avant de sortir le jeu de cartes pour une belotte à quatre.

S’amuser de voir se précipiter grands et petits quand la caravane publicitaire distribue casquettes et bonbons.

Crier : attention ! après les enfants qui courent sur le bord de la route derrière les premiers cyclistes.

Se dire que le père gardera les marques du Marcel quand il quittera son maillot de corps.

Espérer rentrer à temps à la maison pour ne pas manquer « Les misérables » retransmis par le théâtre de la sur le petit écran.

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Le Docteur C.

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Être malade n’était pas si désagréable en ce temps-là…

Cela présentait même de nombreux avantages…

Comme de ne pas aller à l’école, avoir son déjeuner et dîner au lit, friandises à disposition et le dernier « Mickey » ou « Tintin » afin d’atténuer un peu les désagréments de la maladie.

Une brusque fièvre avait entamé son ascension durant la nuit. L’édredon ajouté à la couverture ne calmait en rien les frissons, vint à leur suite une alternance de congestions et suées, puis le matin arriva enfin dans la chambre suivi d’un rayon de jour de derrière les persiennes et de maman avec son thermomètre à la main.

Le vieux thermomètre à mercure s’affolait. Maman avait beau le secouer frénétiquement, dans un mouvement de balancier de devant en arrière, à chaque nouvelle prise il grimpait davantage vers le rouge.

La situation demandait une prise en main efficace.

Le médecin appelé, toute l’attention de maman se tournait vers moi. S’en suivait une toilette de chat pour la malade et un grand nettoyage de printemps pour la chambre. Je savais déjà que j’aurai droit au grand lit des parents, le temps de l’aération de la chambre et du changement des draps de mon lit. Ensuite, je pourrai revenir me glisser dans les draps frais et regarder maman astiquer la grande armoire: la glace à l’alcool à brûler et le bois des portes à la cire d’abeille. Je me souviens encore de l’odeur particulière du mélange. Il n’y a pas que les temps qui changent, les maisons ne sentent plus cela désormais.

C’est fou comme propre de partout on se sent déjà mieux.

Mais ce qui me faisait surtout aller mieux, c’était de le voir arriver… lui. Je ne me souviens ni des traits de son visage ni de sa voix, sauf peut-être que cette dernière était douce, mais c’est surtout son allure générale, son élégance, sa prestance, son maintient naturellement fier( sans pour cela être prétentieux), qui ont marqué mon souvenir et mes jeunes années.

Le docteur C. faisait son entrée.

Maman m’a souvent dit que nous étions ses premiers patients. Il s’en était suivi un attachement réciproque et le bon docteur revenait me voir autant qu’il le fallait, suivant ma guérison de très près. Mais à la réflexion, il devait faire cela avec tous ses patients.

Je le regardais de mes grands yeux admiratifs pendant qu’après avoir déposé sa mallette de cuir, il venait s’asseoir au bord du lit pour commencer l’auscultation.

Il portait le plus souvent un costume de flanelle, gris à fines rayures ou un prince-de-galles.

Il ne manquait jamais de faire ce geste, qui tient particulièrement à la gent masculine, de pincer légèrement le pli du pantalon tout en le relevant, de quelques centimètres, sur le dessus du genou, afin de ne pas marquer le tissu chaque fois qu’il avait à s’asseoir.

Pour la gorge, maman avait prévu une cuillère à soupe, au plat du manche assez large pour aplatir suffisamment la langue ; un grand A de ma part accompagnait le mouvement.

Le docteur C. avait de longues mains très fines qu’il utilisait pour la palpation. Après avoir recourbé ses doigts, il pratiquait la percussion sur tout le thorax et l’abdomen. C’est seulement après qu’il sortait son stéthoscope pour écouter le cœur. Je me souviens très bien de la différence entre les mains fraîches sur la peau chaude et le froid métallique du stéthoscope.

Venait ensuite le temps de l’ordonnance qu’il rédigeait, toujours assis sur le bord du lit, mais là, ses grandes jambes étaient croisées et il balançait la jambe du dessus, dans un mouvement ample et lent qui semblait suivre les courbes de son écriture.

Après les recommandations d’usage et une pichenette à ma joue, le docteur C. repartait, laissant derrière lui une petite fille qui allait déjà beaucoup mieux et une maman rassurée.