Comme elles sonnaient fort les cloches de mon enfance.

granville juillet 2011 014

La lumière et la sonnerie des cloches de l’église St Paul emplissaient la chambre, c’est ainsi que nous nous réveillions, mon frère et moi, après avoir fait le tour du cadran, en ce dimanche pas tout à fait comme les autres.

 C’était Pâques chez ma grand-mère.

 Les parents viendraient un peu plus tard et nous resterions postés à les attendre une partie de la matinée depuis la fenêtre donnant sur la rue Couraye ; fenêtre d’où nous pouvions observer la circulation, jusqu’à percevoir, avec soulagement, leur voiture ralentir au tournant en épingle à cheveux, puis suivre le sens unique et la descente qui rejoint le Cours Jonville. À ce niveau nous perdrions la voiture de vue.

Le jeu consistait à être le premier à discerner l’auto, et nous tendions pour se faire notre cou par-dessus le chéneau de zinc, où s’agrippaient nos mains d’enfant.

D’ici là, il y avait à faire… St Paul et ses cloches nous rappelaient à l’ordre.

Mémé, dans un silence quasi religieux, vaquait à ses occupations. Sa frêle silhouette semblait glisser sur le temps, sans aucune perturbation autre que le souci du petit déjeuner qui nous attendait, de la table déjà dressée pour le déjeuner et de son fricot, comme elle disait, mijotant sur le coin du feu. Nous faisions donc partie de ce tableau riche en couleurs, en senteurs, fait de bonheur simple et de foi, de ces choses qui ne s’expliquent pas et que l’on ne peut pas nous retirer parce qu’elles sont le socle où s’est constituée, pour une grande part, notre personnalité.

Ainsi immergés dans ce cocon familial, comment aurions-nous pu avoir peur que cette vie-là ne s’échappe ? Le monde se contenait dans notre monde, et notre monde était fait de l’insouciance propre à l’enfance.

Fin prêts, habillés de dimanche, redingote noire cintrée à la taille pour la grand-mère, chaussures neuves et socquettes blanches pour les enfants, nous partions avec une légèreté de pas et de coeur vers St Paul.

Jusqu’à la maison qui rutilait un air de fête.

Un matin de Pâques.

 

 

 

Publicité

4 réflexions sur “Comme elles sonnaient fort les cloches de mon enfance.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s