Divagation sur le temps…

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Le temps frappe à ma porte. il est arrivé comme ça, un jour d’hiver, sans avoir été invité.

Je l’avais abandonné, laissé en d’autres mains, autres matins ; il était devenu trop pesant. Besoin d’oublis, de retrouver l’insouciante jeunesse quand le temps ne compte pas, qu’il est si loin qu’on peut à peine le distinguer.

Pourquoi donc faudrait-il s’encombrer du temps et de tout ce qu’il traîne avec lui comme ennuis, regrets, souvenirs, instants présents « pas du tout stables », vous en conviendrez, et peut-être le pire de tout, peur de l’avenir, de la maladie, de la souffrance, de la mort. Son leitmotive étant par définition de passer, pour d’ un jour à l’autre nous laisser choir à la grande porte de l’infini, du sans temps.

Donc, je l’avais abandonné…

À ma décharge, je n’avais pas avorté du temps, non, non, je souhaitais juste l’oublier, fermer le robinet temps, le laisser à sa propre marche, dans son couffin peau d’âges. Quel meilleur parent que l’infini pour le temps m’étais-je dit alors? Il saura le bercer, le ralentir ou encore l’accélérer selon ses besoins de croissance.

Pour que personne ne me voit faire cette action, somme toute pas très courageuse, j’étais allée très loin pour déposer mon temps emmailloté dans son lange déjà bien usagé.

Parfois, je le voyais me chercher de loin, à certaines dates, comme celles des anniversaires, des fêtes sur les calendriers ou aux changements de saisons, il en venait à avoir presque son mouvement perpétuel. Il fallait casser la mécanique du temps! Tout me le rappelait. Il n’est pas aussi aisé, qu’on pourrait le croire de prime abord, de se débarrasser du temps. Les fleurs qui se ferment la nuit pour s’ouvrir de nouveau au matin me parlaient de lui ; si j’allais à la mer, c’est la marée qui me le versifiait de son rythme impeccable. Tout me disait le temps!

Penser qu’il pouvait m’oublier ou glisser sur moi était pure utopie.

Et voilà qu’il frappe à ma porte! Il a même griffé ma joue, lui laissant sa marque. J’ai ri, j’ai pleuré, et ça avait l’air de l’enchanter. Et plus je riais et pleurais et plus il investissait mes joues, le contour de mes yeux. Au début, il chercha à revenir de façon légère, presque de manière insidieuse, histoire de se faire bien voir, de gagner du terrain. Il se présenta donc simple visiteur, pour finalement s’installer, en conquérant de ma maison et de la peau de mon visage. Parfois, je le renvoyais d’un revers de main. Il y eut comme cela pas mal d’aller et retour. Le temps c’est un boomerang, quand tu le lances au loin, il te revient toujours.

Je le trouvais d’ailleurs assez vicieux quand il prenait des moyens détournés pour se rappeler à moi. Quoi de plus facile au temps que de vous renvoyer votre image, de manière assez sournoise au demeurant, en se glissant dans le figé d’une photo, le reflet d’un miroir ; il me narguait, même si je lui montrais mon meilleur profil !

Ainsi donc, le temps nous rattrape toujours, quoi que nous fassions, nous ne pouvons l’abandonner pas plus qu’il ne nous abandonne. il est le gardien de nos jours et son horloge bat pendant toute la durée de notre vie, dans une indéfectible union.

Quelques haïkus sur le temps :

Remonter le temps

Cette impuissance à le faire

Me coupe les jambes.

 

Âme inconsolable

Immarcescible semence

Le temps sans emprise.

 

Le temps nous devance

Complexe et mystérieux

Et nos vies le suivent.

 

Le temps perd son temps

Là où l’homme gesticule

Le désert avance.

 

Paroles enlisées

Dans un désert de silence

Aux portes du temps.

 

 

 

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